Running

Aujourd’hui, on organise des ekidens partout dans le monde, comme ce samedi à Bruxelles. Mais aucun n’atteint la popularité qu’on leur connaît au Japon.

L’ekiden est une formule de course-relais sur de longues distances. C’est d’ailleurs exactement ce que signifie son nom puisque "eki" signifie "étape" en japonais et "den", l’action de transmettre quelque chose. En l’occurrence, on se passe un bout d’étoffe appelé "tasuki". Au Japon, ces courses ont un immense succès. Il faut dire qu’au Pays du Soleil-levant, les accomplissements collectifs priment sur l’exploit individuel et la course à pied elle-même est souvent considérée comme un sport d’équipe. De plus, le succès de l’ekiden doit aussi beaucoup aux circonstances exceptionnelles de sa naissance.

De gare en gare

Nous sommes en 1917. Au Japon, on s’apprête à célébrer le 50e anniversaire de la désignation de Tokyo comme nouvelle capitale. Pour fêter dignement l’évènement, le grand quotidien Yomiuri Shimbun a imaginé une épreuve hors du commun : une course relais de trois jours entre Tokyo et l’ancienne capitale impériale, Kyoto. Soit 508 kilomètres !

Pour cela, les coureurs devaient emprunter une partie de la mythique tokaido, une route japonaise très fréquentée sous l’ère Edo (1603-1868), et les relais devaient être pris dans les anciens postes de gare. D’ailleurs, "eki" veut aussi dire "gare" en japonais. La course connut un si grand succès que, trois ans plus tard, un autre ekiden a été créé sous la forme d’un aller-retour entre Tokyo et Hakone, une ville thermale au sud de l’île d’Honshu. Les deux cités étant distantes d’un peu plus de 100 kilomètres, la course se déroule sur deux jours. Le premier, cinq coureurs se relaient pour traverser d’abord la zone urbaine de Yokohama puis contourner ensuite la baie de Sagami et sa vue imprenable sur le sommet enneigé du mont Fuji pour faire escale à Hakone. Ensuite la course repart en sens inverse avec de nouveau cinq relayeurs et une arrivée qui se juge en face du siège du Yomiuri Shimbun à Tokyo. Cet ekiden, qui existe toujours, est réservé à des équipes universitaires composées exclusivement de garçons.

La première édition en 1920 n’avait réuni que 4 écoles. Elles sont désormais plus de 20 à concourir, un droit qui se conquiert de haute lutte ! Il faut dire que cet ekiden est probablement l’événement sportif le plus important de l’année au Japon. L’ekiden entre Tokyo et Hakone est même retransmis en intégralité à la télévision, soit près de deux fois douze heures d’antenne : un spectacle très peu passionnant qui engrange pourtant plus de 30 % de parts d’audience. Énorme !

Des enjeux multiples

Les équipementiers sportifs ont eux aussi très bien compris l’importance de cet évènement. Sur son site internet, Nike Japon se vantait récemment de chausser 40 % des participants de la dernière édition, dépassant ainsi ses rivales adidas, Asics et Mizuno. Il n’en fallait pas plus pour que New Balance monte aussi au créneau et déclare, par la bouche d’un de ses ingénieurs, Hitoshi Mimura, que les semelles épaisses qui sont la marque de fabrique de Nike ne conviennent pas du tout aux chevilles fragiles des Japonais.

On l’a compris, cette course universitaire recouvre aussi de gros enjeux financiers. Pour les coureurs, l’intérêt est ailleurs. Chez eux, la motivation n’est pas pécuniaire, ils se battent pour l’honneur de leur institution et aspirent tous à décrocher - ô bonheur suprême - le prix Kanakuri du coureur le plus méritant. En 2019, cet honneur revint à Yohei Komatsu (21 ans), 8e relayeur de l’université Tokai qui s’imposa pour la première fois de son existence. Le concours de Yohei fut en effet décisif puisqu’il reçut le "tasuki" avec 4 secondes de retard sur le leader et le rendit avec plusieurs minutes d’avance !


L'Ekiden de Bruxelles ce samedi

Plus d’un millier d’équipes se sont inscrites à la 16e édition de l’Adecco Brussels Ekiden qui a lieu ce samedi. Le plus grand marathon relais au monde est l’événement de teambuilding par excellence. En compagnie de 5 collègues, membres de la famille, partenaires de club ou amis, boucler la distance mythique de 42,195 km constitue pour beaucoup le grand moment sportif de l’année. Mais aussi l’événement sportif le plus agréable de l’année. A l’issue de la course, les discussions vont également bon train avec un en-cas et une boisson à la main au Stade Roi Baudouin.

Départ sur le coup de 13h, une heure après le format réservé aux enfants de 4 à 12 ans