Depuis près de 3 ans, les résidents du centre pour demandeurs d’asile de Stockem, en province de Luxembourg se déplacent en nombre sur le challenge des allures libres de Gaume.

Le challenge des Allures libres de Gaume a tiré un trait sur sa saison 2019 dimanche à l’occasion d’un dernier rendez-vous à Habay. Un challenge régional qui, cette année, a vu débarquer sur ses étapes plusieurs sportifs en situation de demande d’asile en Belgique. À Habay, trois d’entre eux, résidents du centre d’accueil pour demandeurs d’asile de Stockem, géré par la Croix-Rouge, sont d’ailleurs montés sur les podiums des deux distances, avec les victoires de Daniel Hamidfagi sur 5 km et de Yasse Mohammed Abaker sur 10 km ainsi que la 2e place de Kidane Tesfankiel sur 5 km. Derrière, une vingtaine d’autres résidents figurait au sein du toujours riche peloton de ce populaire challenge gaumais.

Cette histoire s’est répétée pour ainsi dire sur chacune des 42 manches du calendrier mis sur pied par le club de de l’AC Dampicourt. C’est que les Allures libres de Gaume, c’est sacré pour les pensionnaires de Stockem. Cela fait 3 ans déjà qu’ils courent aux 4 coins de la Gaume. Mais en 2019, le contingent a considérablement gonflé.

"Avant, il n’y avait que des hommes", souligne Anne d’Ouvrier, bénévole de la Croix-Rouge. "Mais depuis juin, lorsqu’une course enfants est au programme, des jeunes se joignent au groupe. Trois jeunes femmes en sont aussi depuis peu."

Avec Thierry Moreau, Christine Grégoire et Nicole Pauquet, trois autres bénévoles de la Croix-Rouge, Anne d’Ouvrier achemine Daniel, Kidane, Yasse Mohammed et leurs camarades sur les différentes courses. "On leur fixe rendez-vous à 8 h 30 et on se rend sur les courses à bord d’un minibus", souligne-t-elle. "Cela leur fait un bien fou de sortir du centre. Sur les trajets, on met de la musique, on chante. Et tant qu’à faire, nous, les bénévoles, courons aussi."

Et à leur arrivée, ils se fondent parfaitement dans la masse des "challengistes". "Ils sont très bien intégrés", insiste Dany Friob, du comité organisateur des Allures libres de Gaume. "Les gens les applaudissent lorsqu’ils gagnent."

Des gestes de solidarité

Preuve de cette belle entente, les autres coureurs ont remué, et continuent à remuer, leur garde-robe. "La Croix-Rouge nous a demandé si nous avions des vêtements ou des chaussures", précise Dany Friob. "À chaque course, quelqu’un dépose un sac avec des équipements. On leur a aussi fourni des t-shirts des Allures libres de Gaume des saisons précédentes."

Daniel, Kidane et consorts se plaisent tellement bien sur les Allures libres de Gaume qu’ils ne sont jamais pressés de remonter dans les minibus. "Après la course, on fait la traditionnelle photo de groupe, en attendant que tout le monde termine. Les plus rapides vont au décrassage, et on prend un verre."

Un scénario qui se répétera en 2020. Tous ont déjà hâte que les Allures libres de Gaume reviennent.

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Un entraîneur olympique

Les résidents de Stockem n’ont pas attendu les entraînements de l’AC Dampicourt, pour se préparer. Chaque mardi, et ce depuis belle lurette, ils s’entraînent sous la houlette de Yonas Kinde. Originaire d’Éthiopie, Yonas Kinde, qui vit au Grand-Duché et a un record de 2 h 17 sur marathon, a pris part aux Jeux olympiques de Rio en 2016. Il avait été sélectionné par le Comité international olympique (CIO), pour concourir pour l’équipe olympique des réfugiés. Actuellement à l’étranger, Yonas Kinde a toutefois les séances du mardi entre parenthèses, pour mettre aussi toutes les chances de son côté pour décrocher son billet pour les Jeux de Tokyo en 2020.


Sur la piste de l’AC Dampicourt

En plus de voir déferler les athlètes du centre de Stockem sur le challenge qu’elle organise, l’AC Dampicourt, le club d’athlétisme phare de la province de Luxembourg, dispense aussi depuis peu à une partie d’entre eux un entraînement hebdomadaire, en compagnie de ses membres.

“On les a vus sur les Allures libres de Gaume et on a discuté au sein du club sur l’éventualité de les intégrer chez nous”, explique Éric Louis, qui les entraîne. “Une fois toutes les deux semaines, ils viennent sur la piste du club, à Saint-Mard. La seconde semaine, je vais à Arlon, où je les entraîne à l’Hydrion. J’essaie aussi de leur proposer un programme d’entraînement à réaliser de leur côté. Je leur ai donné six entraînements jusqu’à présent. On tourne avec une dizaine de coureurs de Stockem.”

Éric Louis insiste sur l’une des valeurs prônée par l’AC Dampicourt. “Avec le sport, on a aussi un rôle social à jouer”, clame-t-il. “Et cela se passe très bien avec les autres coureurs. Par exemple, lorsqu’ils ne comprennent pas un exercice, les gens du club leur expliquent. On est aussi en train de les affilier à la LBFA, pour qu’ils puissent participer aux cross. Deux ou trois coureurs ont vraiment du potentiel, qu’ils peuvent encore développer sur un plan technique surtout.”

Daniel, Kidane et consorts n’ont pas fini de faire parler d’eux !

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Maël Gentgen, vainqueur des Allures libres de Gaume: "Génial l'intégration par le sport"

“La rivalité pour la victoire était très saine avec Daniel Hamidfagi. Daniel méritait d’être sur le haut de la boîte. Mais il ne devait pas louper une course sur les quinze dernières, c’était ardu comme entreprise. Il a été absent à une seule reprise. Il m’a dit qu’il avait eu mal aux dents. En tout cas, cela donne du piment aux Allures libres, avec des gars qui dominent les deux distances. C’est génial l’intégration par le sport.”