Aux sources de l’épreuve la plus populaire de Californie


Le premier arrivé a gagné !" Qui n’a jamais lancé cette phrase à la cantonade ? Une façon de pimenter l’ascension d’une côte, de tout donner pour parvenir au phare, à l’arbre, à la ligne d’arrivée ou tout simplement de terminer au sprint une sortie d’entraînement.

Lorsqu’on fixe ce genre de défi, on s’adresse généralement autant aux autres qu’à soi-même, histoire de se motiver pour atteindre les plus hautes intensités d’effort et de monter encore davantage dans les tours. Les balbutiements de ces petits paris naissent souvent dans les cours d’école. Ensuite, ils peuvent nous accompagner tout au long de notre existence en prenant des tournures parfois imprévisibles comme ce fut le cas pour la Dipsea Race, l’une des plus anciennes courses à pied des États-Unis.

À l’origine, rien de bien extraordinaire. Deux baroudeurs des bois, Alfons Coney et Charles Boas, se défient d’être le premier à rejoindre en courant un nouvel hôtel que l’on venait de bâtir sur la côte de l’océan Pacifique à 12 km de là. Nous sommes au tout début du XXe siècle. Routes et chemins sont tracés sommairement. Pour faire la jonction, ce ne sera pas une partie de plaisir ! Un dernier coup d’œil sur la carte avant de se lancer. Il leur faudra d’abord emprunter les longs escaliers qui grimpent à flanc de montagne sur le mont Tamalpais. Ils devront ensuite traverser une superbe forêt (Muir Woods National Monument) à l’ombre de séquoias géants. Enfin, ils pourront rejoindre la baie californienne par les sentiers étroits et escarpés qui mènent à l’hôtel flambant neuf, objet du défi.

L’histoire ne dit pas qui de Coney ou de Boas est arrivé en premier. On sait seulement qu’après avoir rejoint l’arrivée, la polémique battait bon train : les deux hommes ne parvenaient pas à se mettre d’accord quant à l’identité du vainqueur. De fait, ils n’avaient pas suivi exactement le même parcours. Ils décidèrent alors d’organiser une 2e édition de la course l’année suivante. Puis encore une autre l’année d’après. Et encore une. Et voilà comment ces chemins devinrent petit à petit le terrain d’entraînement le plus prisé des différents cercles athlétiques de la région puis, progressivement, l’épreuve la plus célèbre de Californie.

Restait à lui trouver un nom. L’hôtel s’appelant le Dipsea Inn, elle fut logiquement baptisée la Dipsea race. On sait que lors de la première édition en 1905, les coureurs étaient un peu plus de 100 à se présenter au départ. Un siècle plus tard, ils sont dix fois plus nombreux. Aujourd’hui, l’événement est devenu très populaire et sa participation est limitée à 1.500 coureurs. Comme chaque année, le départ est programmé le 2e dimanche de juin. Qui se lancera le défi ?


Les dames à l’honneur

La Dipsea Race fut aussi le premier événement sportif américain à s’ouvrir à la participation féminine. C’était en 1918. Il y a tout juste 100 ans. Cette année-là, les organisateurs décidèrent de mettre sur les rails une "Women’s Dipsea Hike" qui leur serait exclusivement réservée. Il fallait oser à une époque où une très large majorité considérait encore que l’anatomie féminine était incompatible avec des efforts de longue haleine. Pour célébrer ce centenaire, une randonnée hommage sera organisée ce 21 avril sur le parcours de la Dipsea. Avis aux amatrices !