Au début du XXe siècle, les entraîneurs déconseillaient de boire durant l’effort. L’eau était même frappée d’interdit. "Si tu veux gagner, donne à boire à ton adversaire", disait-on même à l’époque.

Le changement survint dans les années soixante, lorsque des chercheurs américains eurent l’audace de transgresser le dogme et de développer une boisson spécifique destinée aux sportifs afin de les réhydrater et de leur apporter surtout, sous forme de sucres, le carburant nécessaire à la poursuite de l’effort. Ces premières boissons furent d’abord réservées aux membres d’une équipe universitaire de football américain, les Gators (diminutif pour "alligators") de l’Université de Floride. D’où ce nom qui allait bientôt devenir mondialement célèbre : Gatorade !

Le sucre, la solution et le problème

Dans les années qui suivirent, cette mode des boissons de l’effort se répandit dans les autres disciplines. Et d’autres marques se lancèrent sur le marché, comme Lucozade au Royaume-Uni, qui commercialisait déjà un mélange similaire à l’attention des personnes dénutries et alitées.

Combien fallait-il diluer de sucre par volume d’eau ? En 1977, la marque Isostar crut mettre tout le monde d’accord en proposant des boissons dites "isotoniques" où la concentration en sucre équivalait à celle des autres fluides organiques. Dans l’esprit des concepteurs, cela garantissait une meilleure digestibilité. Les recherches se poursuivirent néanmoins et, avec le recul, on s’aperçoit qu’elles achoppaient toujours sur le même problème. À chaque fois, on observait en effet que les performances en endurance et les teneurs en sucre de la boisson étaient corrélées jusqu’à un apport d’environ 60 grammes par heure d’effort. Au-delà de cette limite, les courbes se désolidarisaient et on risquait l’inconfort digestif.

En jouant avec différents sucres (maltose, dextrose, glucose, fructose, sucrose), on a bien réussi à retarder ce décrochage autour de 90 grammes par heure. Mais guère plus. Or, la nouvelle boisson de la marque suédoise Maurten, notamment utilisée par Kipchoge lors de son record du marathon, se targue de monter le curseur encore un petit peu plus haut.

Enrobé, c’est pesé !

Pour bien comprendre la particularité de la solution trouvée par Maurten, on conseille la lecture du dossier qui lui est consacré dans le magazine Zatopek actuellement en kiosque. En résumé, l’astuce consiste à enrober les sucres dans un agent gélifiant comme l’alginate (tiré des algues) ou la pectine (tirée des pommes), ce qui lui donne un aspect de ponte d’œufs de grenouille.

Sous cette forme mi-liquide, mi-solide, le sucre passe plus facilement la barrière de l’estomac sans déclencher les habituelles réactions de cadenassage. Ensuite, ce bol gélifié descend dans l’intestin où l’acidité est moindre. Il s’y dissout et libère alors facilement les sucres qui peuvent finalement passer dans le sang.

Voilà le principe des boissons de l’effort hydrogels commercialisées par Maurten. Une belle trouvaille théorique. Mais sont-elles réellement plus efficaces que celles des autres marques ? Plusieurs recherches ont été menées sur le sujet, à la fois sur le terrain et dans les laboratoires. Leurs résultats, pleins de surprises, sont analysés dans le dernier magazine Zatopek. Avec, en guise de réponse, un débat qui reste ouvert aux yeux de la science quant à l’aspect révolutionnaire de cette nouvelle boisson d’effort. S’il est difficile de trancher, disons alors que les conclusions partent dans tous les sens !