Posez-lui une question sur l’UTMB et il vous sera difficile de l’arrêter. Un discours cadré et réfléchi mais toujours empreint d’honnêteté et de sympathie. Catherine Poletti est intarissable quand on lui parle de son bébé, qu’elle a lancé tel un pari fou avec son mari Michel Poletti en 2003. 722 coureurs avaient alors pris le départ de ce qui allait devenir le sommet mondial du trail. Ils furent 42 000 à solliciter un dossard pour la dernière édition en date, en 2019. Face à ce succès, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc a dû se réinventer, annonçant récemment la naissance de l’UTMB World Series, circuit mondial ayant pour objectif dès 2022 d’apporter plus de lisibilité quant à la manière de pouvoir prétendre à un jour rejoindre Chamonix pour accomplir, notamment, ce défi de 170 km pour 10 000 mètres de D + autour du Mont-Blanc.

Confidences, en trois points, à deux mois de l’édition 2021.

Le succès

"On savait qu’il y avait un potentiel ici. Il y a toujours eu beaucoup de coureurs ou de randonneurs autour du Mont-Blanc. Par le passé, il y avait d’ailleurs une course en relais par équipes de 7 organisée au départ de Chamonix. Mais l’incendie dans le tunnel du Mont-Blanc en 1999 coïncida avec sa fin. Avec mon mari, nous étions tristes de voir ce symbole d’amitié entre ces trois régions de France, Italie et Suisse ne plus avoir lieu. On s’est alors dit qu’on allait le faire. Pour la première, nous espérions 300 personnes, maximum 500. Ils furent 722. Et l’intérêt n’a cessé de grandir. En 2008 déjà, ce fut complet en 8 minutes à peine ! On ne pouvait bien sûr pas imaginer cela, mais on a en tout cas toujours travaillé avec l’idée de faire le maximum. Nous avons un passé d’entrepreneurs et nous avons directement pensé et travaillé comme des professionnels, car on ne peut jouer avec la vie et la santé des coureurs sur un terrain de jeu comme celui-ci."

Ses valeurs

"Je peux vous assurer que nos valeurs et notre philosophie sont les mêmes qu’au début, en 2003. Et il n’est pas question qu’il en aille autrement. Le succès n’est jamais un problème. C’est simplement une question d’organisation, de choix. Les valeurs, ce n’est pas du vernis. Il ne suffit pas de les dire. Il faut les vivre et puis les partager. C’est notre philosophie qui nous anime tous encore aujourd’hui. Il y a bien sûr un aspect économique important autour de l’UTMB. Mais ce n’est pas un gros mot. Il faut savoir faire la part des choses entre la passion, le plaisir et les valeurs et, d’un autre côté, la structure, les obligations et les services. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons complètement restructuré l’entreprise. Au lieu d’être à deux, puis à 9 jusqu’en 2018, il y a maintenant 40 personnes qui travaillent toute l’année autour des événements de l’UTMB."

© Zoom

Son souvenir

"2003, incontestablement, est l’édition qui m’a le plus marquée. C’était la première. L’épreuve s’appelait d’ailleurs à ce moment The North Face Ultra Trail International du Mont-Blanc. Un long parcours, donc un long nom (rires). Nous n’étions sans doute pas les rois du marketing à l’époque. Je n’oublierai jamais cette édition-là car, au sein de l’équipe de 9, j’étais la seule à ne pas courir. Une minute après le départ donné à 4 heures du matin, je me suis retrouvée seule sur mon petit bureau, avec quelques notes et un thermo de café. Je pensais que j’allais juste devoir attendre jusqu’au retour des coureurs. Mais ce fut loin d’être le cas. Seule, j’ai dû tout faire, même speaker à l’arrivée. Après avoir annoncé l’arrivée du premier coureur à Vallorcine, je me souviens avoir dû meubler deux heures durant. Une situation vraiment cocasse, surtout qu’il pleuvait assez fort. Le tout entouré d’officiels, de personnalités et de personnes que je ne connaissais pas et qui m’écoutaient alors que je n’avais rien de réellement intéressant à dire. Ce fut beaucoup d’adrénaline et, au final, un énorme souvenir."

"Il ne faudra pas parcourir le monde pour espérer obtenir un dossard"

La dimension prise par l’UTMB est bien loin du contexte quasi intimiste de la première édition. Aujourd’hui, tout amateur de longue distance rêve, dans un coin de sa tête, de s’aligner un jour au départ de Chamonix ! "La naissance de l’UTMB World Series découle d’ailleurs de ce constat", reconnaît Catherine Poletti. "Il nous fallait trouver une solution face à une demande devenue trop importante pour nos courses à Chamonix."

Résultat, des courses étiquetées UTMB partout à travers la planète dès 2022. Dont 40 au moins (le calendrier complet sera dévoilé à l’automne) offriront des "Running Stones" correspondant à autant de chances de décrocher un dossard pour l’UTMB Mont-Blanc. "L’objectif est d’aller vers les coureurs plutôt qu’ils viennent systématiquement à nous, pour éviter notamment de parcourir le monde pour simplement espérer se rapprocher de l’UTMB. Il y aura des courses partout où il y a de nombreux coureurs. Donc, il y en aura de nombreuses en Europe, par exemple."