Karel Sabbe, ultra-runner gantois, a traversé les Alpes en courant cet été, depuis Trieste en Italie, jusqu’à Nice en France. En avalant en 30 jours 2650 km et 152000 mètres de dénivelé positif (soit l'équivalent de l'ascension de la Tour Eiffel environ 500 fois !) Le tout à travers 8 pays (Italie, Slovénie, Autriche, Suisse, Liechtenstein, Allemagne, France, Monaco) et avec, sur la fin, des conditions météorologiques parfois dantesques. Chaque jour, il a accompli un double marathon !

Loin d’être une première pour Karel Sabbe

Cet exploit sportif, accompli en compagnie d’une équipe de proches aux petits soins pour son assistance, constitue un record sur ce sentier de randonnée (FKT, pour Fastest Know Time). Ce n’est pas la première fois que le Belge du Team On Running vient à bout d’un pareil défi puisqu’il avait notamment établi des records sur le Pacific Crest Trail (4280 km !) et l’Appalachian Trail (3500 km!), deux des sentiers de randonnées les plus réputés en Amérique du Nord.

Ce mercredi, dans sa ville natale de Waregem, Karel Sabbe a présenté devant une salle comble le film dédié à cette traversée de la Via Alpina.


Le film



La peur d’une société qui ne s’arrête plus

Plus qu’un énième récit d’une aventure sportive certes extraordinaire et dans des décors majestueux, c’est le cheminement qui pousse un homme, jeune papa et professionnellement bien installé, à relever ce type de défi pouvant paraître surhumain qui est au cœur du film. Karel Sabbe, jeune trentenaire, y confie notamment sa peur de voir les jours défiler sans se sentir vivre et accomplir ce qui lui permet d’être en harmonie parfaite avec lui-même et la nature.

"Solace", le titre du film qui signifie "réconfort", traduit d’ailleurs ce sentiment. Pouvoir relever ces défis, plus qu’une course aux records, est pour Karel Sabbe une source de soulagement, voire même de consolation, lui qui avoue ne pas se sentir à l’aise avec une société qui va toujours plus vite et qui a du mal à vivre avec le concept du "métro-boulot-dodo". "A la fin de mes études universitaires, j’ai eu le besoin de m’évader. Je suis parti en Nouvelle-Zélande. Sans téléphone, sans réseau, avec le moins de contact possible. J’y ai découvert cet amour de l’ultra, de l’aventure."

"Les montagnes, et la nature en général, ont toujours été une source de soulagement pour moi. J'adore me dépasser, vivre des aventures dans la nature", ajoute celui qui a pour prochain projet de retourner en Nouvelle-Zélande pour traverser le pays de part en part, toujours en 30 jours.


Une équipe pour un héros

Mais "Solace", ce n’est pas que Karel Sabbe. C’est aussi une histoire d'amitié, avec une équipe de 8 personnes, dont son épouse, aux petits soins pour son héros 30 jours durant. "Je n’en reviens pas de constater à quel point ils sont capables de repousser leurs limites pour moi", soulignait-t-il lors de l'avant-première.

© D. R.

Des limites que Karel Sabbe a une nouvelle fois repoussées pour rejoindre Nice. En témoignent son regard semblant perdu ou sa foulée lourde et rasante lors des derniers kilomètres ainsi que ses paroles face à celle-ci. "Si je me retrouvais dans pareil état en raison d’une maladie ou d’une souffrance, jamais ma compagne ne me laisserait continuer mon chemin. Mais ici, je me mets dans cet état volontairement. Je souffre, mais c’est moi qui le veux. Toujours. Et jamais je ne me mettrai en danger, peu importe l'objectif. Je dois rester dans les limites de ce qu’un père de famille peut faire. Tout ce que je fais, c'est parce que j'aime le faire. J'en ai besoin. Et je le choisis."

© D. R.