Grete Waitz est née à Oslo, en Norvège, le 1er octobre 1953. Très jeune, elle pratique la course à pied avec enthousiasme et sans autre arrière-pensée. À l’époque, les jeunes filles ne songeaient pas au sport professionnel. Surtout pas en course à pied alors que le statut amateur restait la règle pour les athlètes et que, en plus, les courses auxquelles les femmes étaient admises se comptaient sur les doigts d’une main. Qu’importe ! Elle galope par monts et par vaux pour suivre ses deux frères aînés. Elle se découvre alors un talent inné pour ce sport et s’essaie à la piste, où elle vole de succès en succès.

En 1974, Grete Waitz décroche sa première médaille de bronze sur 1 500 mètres au championnat d’Europe d’athlétisme à Rome. En 1975, elle fait mieux encore avec un nouveau record du monde sur 3 000 mètres (8 minutes, 46 secondes et 6 centièmes). Le 3 000 mètres constituait encore la distance de référence à l’époque. Elle battra à nouveau ce record du monde un an plus tard (8 minutes, 45 secondes et 4 centièmes). En 1978, elle complète son palmarès sur piste avec une autre médaille de bronze, sur 3 000 mètres, aux championnats d’Europe de Prague.

Grete Waitz est alors âgée de 25 ans et envisage à cette époque d’arrêter le sport. "Je vais me consacrer désormais à mon métier d’enseignante et faire des enfants", disait-elle.

Les choses ne se sont pas du tout passées comme prévu.

Le marathon, une révélation

En 1978, sous l’insistance de son mari, Grete accepte une invitation de l’organisateur de l’épreuve de New York, Fred Lebow, et participe à son premier grand marathon. Une révélation ! "Vers la fin de la course, je ne comprenais pas pourquoi les gens m’encourageaient si fort."

En fait, elle était en tête de la course féminine et, surtout, elle se trouvait, sans le savoir, en passe de battre de 2 minutes le record du monde de la discipline. Incroyable ! Elle termina la course complètement épuisée et jura qu’on ne la reprendrait plus à accepter une telle folie. Au plus profond d’elle-même, elle réalisa cependant qu’elle était faite pour ce genre d’épreuves et le prouva en remportant neuf des dix éditions suivantes de la course et en battant le record du monde à plusieurs reprises.

Le 21 octobre 1979, elle boucla notamment le parcours en 2 heures, 27 minutes et 32 secondes, ce qui fit d’elle la première femme à passer sous la barre symbolique des 2 h 30. Le genre de distinction qui dure à jamais !

Une vie sans enfant

Tout au long de sa carrière, Grete Waitz a dû combiner son boulot de professeure de gymnastique et les entraînements. En revanche, elle n’a jamais eu d’enfants.

"Je ne me sens pas compétente pour avoir un bébé", disait-elle au faîte de sa gloire en 1985. "La vie que je mène n’est pas appropriée. De plus, je ne ressens aucun instinct maternel."

Elle exprimait ainsi un conflit intérieur qui ronge beaucoup de coureuses. "Certaines personnes me disent que je changerai d’avis le jour où je tomberai enceinte. Mais je ne suis pas demandeuse de ce genre d’expériences. Pour moi, la vie consiste à faire des compromis. Or, je pense qu’il est impossible de travailler, poursuivre une carrière de sportive professionnelle et être mère en même temps. Personnellement, je ne peux me concentrer que sur une seule chose à la fois. S’il suffisait de s’entraîner une fois par jour pour rester au sein de l’élite, on pourrait imaginer combiner ces fonctions. Mais le haut niveau actuel exige qu’on s’entraîne deux fois par jour. À partir de là, il devient impossible de faire autre chose."

Sa vie aurait-elle été différente sans la première victoire inattendue au marathon de New York en novembre 1978 ? Sûrement. Aurait-elle été plus longue ? C’est possible !

Grete Waitz est morte le 19 avril 2011, voici presque dix ans, d’un cancer du sein. Elle n’avait que 57 ans. Or, on sait l’importance de la parturition et de l’allaitement dans la genèse de la maladie. Aurait-elle été aussi passionnante ? Rien n’est moins sûr !