Il y a 40 ans environ, l’homme le plus craint d’Autriche était… Ronald Reagan. Enfin, pas vraiment. Disons plutôt que l’ennemi public national n°1 de l’époque était un braqueur de banques et un meurtrier qui commettait ses méfaits en dissimulant son visage sous un masque à l’effigie de l’ancien président des États-Unis. D’où son surnom dans les médias : Pumpgun Ronnie (Ronald, le fusil à pompe).

Le magazine Zatopek n’aurait probablement jamais relaté son existence si ce malfrat, appelé Johann Kastenberger, n’avait été aussi un excellent coureur à pied. De ce fait, la rédaction a décidé de lui consacrer un article dans le numéro actuellement en kiosque, à la lecture duquel on ne peut pas s’empêcher de penser que cette histoire ferait sûrement un bon scénario de film ! Ce qui fut le cas, en 2010, avec The Robber, largement inspiré de cette histoire

Sept ans de malheur

Dès l’enfance, Johann Kastenberger fait montre d’un caractère difficile. Jeune homme, on le décrit comme instable, irascible, individualiste, imprévisible. Ce portrait n’est pas flatteur. En revanche, on lui reconnaît un réel talent pour le sport. Il tente d’abord sa chance dans le football. Compte tenu de sa difficulté à se plier aux règles, il opte ensuite pour un sport solitaire : la course à pied.

Commence alors pour lui une double carrière qu’il mène dans le sport et dans la délinquance. Ses premiers forfaits, il les commet avant même d’avoir 18 ans. Au début, il se contente de cibles modestes. Il braque un chauffeur de taxi. Il dévalise un supermarché. Puis, le 25 janvier 1977, il passe à la vitesse supérieure et s’attaque à l’agence bancaire de Pressbaum, une petite ville proche de chez lui. Le coup est très mal préparé. La police a tôt fait de lui mettre le grappin dessus. Jugé, condamné, il est envoyé au pénitencier de Stein où il restera sept ans.

À sa sortie de prison en 1984, il semble s’être calmé et vit avec sa jeune épouse, Veronika. Il a aussi renoué avec le sport jusqu’à s’illustrer au plus haut niveau des compétitions nationales. Il s’impose ainsi parmi les meilleurs coureurs de montagne grâce à une taille modeste (1,70 mètre) et à ses cuisses puissantes. En 1988, il remporte le marathon de Kainach disputé dans les montagnes de Styrie (une région d’Autriche), battant du même coup le record de l’épreuve (3 heures et 16 minutes). Une performance qui tient encore aujourd’hui. Côté face, il donne parfaitement le change. Le côté pile est beaucoup plus sombre. En réalité, Johann Kastenberger n’a aucune intention d’opter pour une vie bien rangée.

Un assassin en culottes courtes

Le week-end, il s’habille en short et chemisette pour mieux se fondre dans la tribu inoffensive des coureurs de fond. En civil, il rêve de revanche sociale et son assaut raté de Pressbaum lui trotte toujours en tête ! Conscient des erreurs qu’il a commises, il sait qu’à l’occasion de ses prochaines attaques il lui faudra faire preuve de plus de sang-froid. Première leçon : ne pas viser trop gros. Avec la complicité de Veronika, qui lui invente des alibis, il attaque une station-service, tuant au passage la gérante qui avait fait mine de lui résister.

Ensuite tout s’enchaîne ! Pumpgun Ronnie est lâché. Plus rien ne pourra arrêter la cavalcade meurtrière de ce couple maudit, sorte de Bonnie and Clyde en version autrichienne.


Quand les coureurs rattrapent les malfrats

On connaît des athlètes qui, à l’inverse de Kastenberger, ont préféré se servir de leur vélocité pour réparer les torts plutôt qu’en causer. Le plus fameux parmi eux restera notre compatriote Roger Moens, l’ancien détenteur du record du monde du 800 mètres devenu haut gradé de la police judiciaire belge et qui, au début de sa carrière, rattrapait en deux foulées quiconque tentait de lui échapper (*). Et il a des successeurs !

En décembre dernier à Séville, des voleurs à la tire ont dérobé un sac contenant 3 000 euros avant de s’enfuir en voiture. Pris en chasse par la police, ils ont préféré continuer à pied. Mal leur en a pris : un des agents les a poursuivis sans leur laisser la moindre chance. Il s’agissait de Sergio Repiso Gutiérrez, membre de l’équipe espagnole championne du monde 2018 de relais 4x400 mètres dans la catégorie d’âge 40-45 ans ! En 300 mètres, leur sort était scellé.

Lire "Le policier qui courait plus vite que les voleurs " dans Zatopek n°52, nov. 2019.