Dans le Zatopek actuellement en kiosque, on découvre le témoignage d’Olivier, maître de conférences en physiologie du sport et féru d’efforts physiques en tous genres.

En octobre 2019, il s’est inscrit à la Diagonale des fous sur l’île de la Réunion, un des trails les plus redoutables du monde avec ses 164 kilomètres de difficultés diverses et ses presque 10 000 mètres de dénivelé positif. Il a renoncé la veille du départ lorsqu’il apprit qu’en chemin, il lui faudrait aussi franchir une volée de ponts étroits, très sûrs bien entendu, mais situés au-dessus d’un gouffre profond. Ces quelques dizaines de mètres en étant suspendu dans le vide eurent raison de son enthousiasme alors qu’il s’était déjà acquitté des frais d’inscription, d’hébergement et de transport !

Tout ça à cause de cette satanée acrophobie !

Acropho-quoi ?

Dans tous les sens

Pour tenir en équilibre, nous nous appuyons sur trois sources d’information : la vision, la proprioception et le système vestibulaire (oreille interne). Quand une de ces sources cesse soudain d’être opérante (définitivement ou temporairement), on arrive en général à compenser le manque en s’appuyant sur les deux autres.

La plupart du temps, cela ne pose pas trop de problèmes. En revanche, on supporte très mal que ces sources se contredisent. Par exemple, si l’oreille renseigne des mouvements que l’œil ne perçoit pas. C’est ce phénomène qui est à l’origine du mal de mer, du mal de voiture ou encore du mal de l’espace.

La peur du vide qui paralyse certaines personnes lorsqu’elles se trouvent en situation de surplomb résulte d’un phénomène similaire. Notre proprioception nous dit que le sol est juste sous nos pieds alors que la vision nous laisse croire qu’il est bien plus bas.

Déboussolé, notre cerveau a tendance, si on ne le contrôle pas, à vouloir réconcilier ces signaux discordants en nous incitant à tomber dans le vide. À moins d’être suicidaire, on résiste à cette tentation mais avoir été animé, même une seconde, du "besoin" de tomber de très haut vers une mort certaine est une expérience traumatisante qui reste gravée dans la mémoire, d’autant qu’elle s’accompagne souvent de tétanie, de paralysie, de sensation de tête qui tourne ou encore de tremblements.


La panique apprivoisée

La peur du vide n’est pas une tare tant qu’elle s’exprime dans les situations vraiment dangereuses. Quand elle devient phobique et qu’elle empiète sur notre liberté, comme chez Olivier, on conseille vivement de s’en débarrasser.

Pour cela, on n’a pas trouvé de meilleur remède que le déconditionnement par l’habituation. Grosso modo, on apprend à s’exposer progressivement à l’objet de son effroi. Si l’on est arachnophobe, on regarde d’abord le dessin d’une araignée. Puis une photo, une vidéo. Puis on observe une personne qui joue avec une araignée derrière une vitre, on retire la vitre. Et ainsi de suite jusqu’à ce que l’ancien phobique prenne lui-même une tarentule dans les mains.

Pour soigner la peur du vide, on peut se soumettre à des protocoles comparables : on simule d’abord la situation grâce à des images de synthèse, puis on fait des exercices de plus en plus concrets.

On ne fait pas plus élémentaire. Mais ça marche ! Jusqu’à boucler un ultratrail.



Des phobies qui disparaissent en course

Les crises de phobie surviennent lorsqu’un individu se retrouve confronté à l’une de ses peurs : parler en public, marcher au cœur d’une foule, manipuler un couteau, etc.

Mais cela n’a rien d’automatique. En situation de très grosses fatigues, par exemple, la réaction de panique risque moins de se produire.

Voilà ce qui vaut aux traileurs de faire parfois une curieuse découverte. Pris par la course, ils empruntent des sentiers escarpés sans même remarquer que ceux-ci les conduisent parfois au bord du vide. Pas de vertige, donc. Alors qu’ils l’éprouveront parfois violemment s’ils repassent par ces mêmes endroits quelques jours plus tard en mode balade.