Qu’elles viennent de Belgique, de France, d’Australie ou des États-Unis, les conclusions des études sont toutes congruentes. Les enfants sont dans une forme physique de moins en moins bonne ! Un chiffre résume la situation mieux que n’importe quel long discours : en 1971, les enfants de 9 à 16 ans mettaient en moyenne 3 minutes pour courir 600 mètres. Aujourd’hui, ils mettent une minute de plus !

Cette dégradation est déjà très inquiétante et on redoute que, à l’avenir, elle ne s’accélère encore en raison, notamment, de la suspension saisonnière pour cause de coronavirus de la plupart des activités sportives.

Certes, on comprend la nécessite d’observer des règles sanitaires strictes. Il n’empêche qu’il est tout de même désolant de voir que le sport de haut niveau poursuit ses activités presque normalement (Tour de France, Roland-Garros, championnat de foot) alors que le sport amateur est soumis à un tas de contraintes qui rendent sa pratique très compliquée et parfois même impossible.


Du sport pour élites

Prenons l’exemple du dernier marathon de Londres. Il s’est disputé le 4 octobre dernier dans le parc Saint-James, interdit au public pour l’occasion. En lice, on ne trouvait que les représentants de l’élite : 29 hommes et 18 femmes. En revanche, pas de trace cette année des dizaines de milliers de participants qui font habituellement la splendeur de l’événement. Ceux-là avaient été invités à courir chacun près de chez lui avec possibilité de faire authentifier la performance et d’intégrer les classements en téléchargeant une application dédiée. Un triste pis-aller pour lequel il fallait débourser près de 28 euros tout de même.


Nous ne sommes pas égaux face au sport

Les enfants ne sont pas en excellente forme physique, disions-nous. Cela dépend aussi beaucoup de leur appartenance sociale. Dans les familles riches, le problème se pose avec moins d’acuité. Les parents aisés conduisent leurs enfants au foot, au hockey, à l’équitation. Ils se soucient de leur nourriture. Ils veillent aussi à ce qu’ils ne restent pas trop longtemps devant les écrans et bénéficient d’une quantité suffisante de sommeil. Par comparaison, on voit plus d’enfants livrés à eux-mêmes dans les milieux précarisés. Ceux-ci participent moins aux activités parascolaires. Ils ont souvent une alimentation déséquilibrée et passent des heures devant la télévision ou les jeux vidéo.

Bien entendu, on doit se méfier des généralités. Au cas par cas, on trouvera évidemment un tas de contre-exemples. Mais le constat demeure et tous ceux qui travaillent au contact d’enfants des classes défavorisées savent bien dans quel état de santé déplorable certains se trouvent parfois : surpoids, mauvaise coordination, manque de force.

Les spécialistes évoquent même le spectre d’une forme d’analphabétisme moteur qui est en train de frapper très durement cette tranche de la population. On ne s’en rend pas encore très bien compte. Mais c’est un basculement historique auquel nous sommes en train d’assister. Autrefois, les enfants pauvres étaient plutôt plus actifs et plus en forme que ceux des classes bourgeoises. À présent, c’est l’inverse et le sport est en train de recréer ses anciennes barrières de classes. Peu de choses sont aussi dommages que celle-là.