Après l’énorme succès du film consacré à la vie d’Emil Zatopek*, la Tchéquie voulait marquer le coup à l’occasion du centenaire de la naissance de son plus grand champion, notamment quadruple médailles d’or aux Jeux olympiques. Seulement, rien ne s’est passé comme prévu et, pour une fois, on ne peut incriminer personne. C’est seulement le résultat d’un désastreux concours de circonstances.

On reprend le fil ? Emil Zatopek est donc né le même jour que sa femme, Dana Zatopkova, le 19 septembre 1922. Pour célébrer l’événement, la société RunCzech organisatrice du marathon de Prague et d’autres événements sur le territoire tchèque avait prévu une série de commémorations sous le slogan "Z comme Zatopek".

L’idée était marrante. Elle rappelait aussi une vieille série télé qui racontait les exploits d’un vengeur masqué qui, de la pointe de son épée, signait ses exploits "d’un Z qui veut dire Zorro" (air connu).

"Cette saison ne sera rien d’autre qu’une affaire de Z", annonce ainsi une publicité pleine page dans le magazine spécialisé RunCzech.

Seulement, c’était avant l’invasion de l’Ukraine et donc avant que l’on découvre ces "Z" énigmatiques peints en blanc sur les blindés et hélicoptères de l’armée russe. Pourquoi un Z ? On ne sait pas. Cette lettre n’existe pas sous cette forme dans l’alphabet cyrillique (le son Z y est écrit). Elle pourrait renvoyer à l’initiale du président ukrainien Zelensky ou à des termes comme "demilitariZation" et "denaZification" très utilisés dans la rhétorique poutinienne depuis le début de l’offensive. À moins qu’elle ne renvoie tout simplement au Z de zapad qui signifie "ouest" en russe, l’Ukraine étant à la frontière ouest de la Russie, ou peut-être à celui de za pobedy ("pour la victoire").

Cela reste donc très mystérieux. Toujours est-il que cette lettre a changé de statut et qu’elle est utilisée désormais pour signifier son soutien à l’invasion russe. On l’a même vue à Doha en mars sur le maillot du gymnaste russe Ivan Kuliak lorsqu’il est monté sur le podium de la Coupe du monde pour recevoir sa médaille d’argent aux barres parallèles.

Dans un premier temps, RunCzech a tenté de réagir en postant une vidéo en anglais dans laquelle elle opposait les deux "Z". "La lettre Z est malheureusement devenue un symbole de guerre et d’agression, mais le Z de Zatopek est aussi notre façon de dire ‘Soyez courageux et forts. Le monde est avec vous !’"

Mais le déséquilibre des forces était insurmontable et donc l’association a décidé de finalement stopper sa campagne et de retirer son "Z" controversé de toutes les épreuves concernées.