Le 15 février 1998, le coureur éthiopien Haile Gebrselassie pulvérisait le record du monde du 2 000 mètres indoor lors d’un meeting organisé à Birmingham en Angleterre. Pour l’occasion, celui que l’on surnommait "Little Big Man" avait demandé qu’on diffuse à plein pot dans la grande salle de sport un air de musique entraînante. Pour être précis, il s’agissait de la chanson "Scatman" du chanteur éponyme Scatman. "J’ai été porté par le beat", dira-t-il à l’issue de la course.

Intrigués par cette confidence, des chercheurs se sont donc intéressés à la nature de ce morceau, moins pour ses paroles ( "Ski Ba Dop Ba D op Bop" ) que pour son tempo qui vaut exactement 135 battements par minute. Il semble que ce soit le rythme idéal pour une performance en course à pied. L’information ne devrait pas trop étonner les nombreux coureurs qui n’envisagent pas de sortie sans écouteurs. Mais possède-t-elle une assise scientifique ?

Quand la science s’en mêle

La musique aide-t-elle vraiment la performance ? De nombreuses études très sérieuses tendraient à le prouver.

"Utilisée avec précision, la musique peut améliorer de 20 % la performance", affirme le docteur Costas Karageorghis, de l’Université Brunel de Londres, qui travaille depuis vingt ans sur le sujet. "En premier lieu, elle a la faculté de réduire l’attention et, par voie de conséquence, de détourner l’esprit des sensations de fatigue. On parle de stratégie dissociative." Autrement dit, la difficulté demeure, mais la perception de cette difficulté est atténuée. "Il faut néanmoins faire la différence selon le type d’effort", tempère Christophe Gernigon, maître de conférences de l’UFR Staps de Montpellier I. "En cas d’exercice intense, ce sont les indices physiologiques qui déterminent le niveau de performance comme le débit sanguin ou la force des muscles. La musique ne changera pas grand-chose. Si l’on se situe dans le cadre d’un effort long et à intensité modérée, les indices psychologiques deviennent déterminants. Et là, oui, la musique peut constituer un avantage."

Des études du même genre furent aussi menées à l’Université de Montpellier. Là encore, elles démontrèrent un effet ergogène de la musique, quand bien même elle ne change rien à l’exécution du geste et donc à la dépense calorique.

"En revanche, la musique induit effectivement une meilleure tolérance à l’entraînement en endurance, de l’ordre de 30 % de charge supplémentaire", résume Stéphane Perrey, maître de conférences et responsable de l’étude.

Attention toutefois au choix des morceaux. Autrement dit : il faut que cette musique soit évocatrice de bons souvenirs. Pour une utilisation optimale, il convient donc de choisir parmi ses tracks préférées. Avec un tempo aux alentours de 135, si possible. Ski Ba Bop Ba Dop Bop !