Julien Chorier, traileur professionnel français, a eu l’occasion de gambader avec cet ovni qu’est la nouvelle TenNine d’Hoka One One.

Voici un peu plus de trois mois, la marque Hoka One One sortait un véritable ovni dans la masse des chaussures de running disponibles. Une godasse intitulée TenNine se distinguant par une impressionnante extension au niveau du talon. Ajoutez à cela 33 mm d’amorti sous l’arrière du pied (pour 29 à l’avant) et 2,5 cm de largeur en plus de la tige de la chaussure et vous obtenez un modèle qui ne passe pas inaperçu. Le tout pour 250 euros.

Beaucoup ont rigolé, voire crié au fou, en découvrant ce modèle ultra-typé. Car n’imaginez pas l’utiliser pour faire votre footing dans un parc de Bruxelles, ce n’est absolument pas le but. Non, cette innovation a été pensée pour faciliter la vie des traileurs dans les longues descentes, grâce à une amélioration de la stabilité et de l’absorption de l’énergie.

La marque franco-californienne, fidèle à son ADN, n’a en tout cas pas peur d’innover, c’est à souligner dans un marché relativement conformiste. Et elle n’en restera pas à ce coup d’essai puisque cette excroissance, dans des proportions moindres, sera reprise dans les prochaines Clifton Edge, annoncées comme les chaussures "les plus innovantes jamais créées par Hoka One One".

Julien Chorier, traileur professionnel français victorieux de la Diagonale des fous (deux fois) ou de la Hardock, a eu l’occasion de faire quelques sorties avec ces chaussures. L’occasion d’en discuter.

Julien Chorier, quel fut votre premier ressenti avec ces TenNine ?

"La première impression est visuelle. Quand tu ouvres la boîte, c’est impressionnant. Tu as l’impression qu’on t’a fourni une chaussure avec quatre pointures de trop (rires) . Aux pieds, c’est tout autre chose. À la marche, elle pousse à atterrir sur l’avant-pied, sans quoi on tape le sol plutôt avec l’extension du talon. Idem sur un petit footing. Quant aux montées où je déroule sur l’avant du pied, l’extension ne m’a pas gênée."

Quid dans les descentes, terrain de jeu pour lequel elles ont été pensées ?

"J’avoue que j’avais peur que l’extension, relativement molle, soit déstabilisante. Mais j’ai pu tester ça sur une longue descente pas trop technique de 10 km à 7-8 % près de chez moi et j’ai vraiment pris mon pied. C’est comme si on pouvait descendre en VTT en lâchant les freins. La chaussure, vu ses caractéristiques, encaisse tout. C’est assez surprenant mais intéressant. Cela permet d’avoir une foulée qu’on n’aurait pas habituellement. De mon impression, l’extension de la chaussure provoque une phase d’appui plus longue, qui permet à la fois d’accompagner le mouvement plus longtemps tout en aidant à dérouler le mouvement et en absorbant mieux les chocs. C’est surtout sur un terrain de jeu pas trop technique, avec de bons appuis, que cela peut s’exprimer le mieux."

Vous pourriez imaginer un jour embarquer ces TenNine sur une course ?

"Disons qu’elles seraient utiles sur certaines portions bien spécifiques. Mais c’est compliqué d’emporter des chaussures sur les sommets… Après, c’est comme choisir un vélo plus rigide ou plus léger ; tout dépend des spécificités du parcours. Mais je vois plutôt ces TenNine comme des chaussures atypiques, avec une utilisation ludique, à l’entraînement. Je ne les mettrais pas tous les jours mais bien pour aller m’éclater sur quelques descentes et découvrir de nouvelles sensations."

Justement, vous avez l’impression de vivre une nouvelle expérience ?

"Ça oui ! Des sensations nouvelles, que je ne connaissais pas. Comme quand j’ai couru pour la première fois avec une lame de carbone par exemple. Si on ne veut qu’une chaussure dans son armoire, ce n’est certainement pas celle à avoir, car c’est loin d’être la plus polyvalente. Mais c’est certainement la plus atypique et la plus ludique que j’aie eu l’occasion de chausser."