Pendant des décennies, le temps fut le seul paramètre pour doser l’intensité des efforts. Dans l’entre-deux-guerres, armé d’un chrono et de quelques notions de calcul, on pouvait plus ou moins programmer ses séances en fonction des buts recherchés. Dans les années 20, le Finlandais Paavo Nurmi excellait dans ce genre d’exercices, ce qui lui avait valu le surnom d’homme chrono.

La mesure du temps est restée le principal outil d’étalonnage de la performance jusqu’à ce qu’au début des années 80 apparaissent les premiers appareils ambulatoires de monitoring de la fréquence cardiaque qui avaient été conçus quelques années plus tôt pour un usage hospitalier. Une ceinture thoracique et un bracelet-montre permettaient de connaître son pouls en permanence sans qu’il soit nécessaire de relier les deux par un fil. Le cardiofréquencemètre a littéralement révolutionné l’entraînement, avant d’être à son tour détrôné par les capteurs de puissance, comme on le découvre dans un article passionnant du Zatopek actuellement en kiosque.

Fréquence cardiaque, une mesure trop imprécise

Le cardiofréquencemètre est un outil précieux qui possède néanmoins quelques inconvénients. Car, s’il est vrai que le rythme cardiaque augmente avec l’intensité de l’effort, des facteurs comme le stress, la fatigue, la déshydratation, l’alimentation ou encore la température interfèrent dans cette relation. Pour trouver une mesure plus objective, il fallait donc se tourner vers autre chose. La solution est venue du monde cycliste, où se posait là aussi la question de trouver une mesure de référence qui reflète fidèlement l’intensité de l’effort, quelles que soient les conditions climatiques ou la topographie des lieux.

C’est ainsi qu’on s’est rabattu sur les mesures de puissance (P), ce qui allait bientôt permettre de traduire l’intensité de l’effort en watts. C’est beaucoup plus pratique. Car un watt reste un watt, peu importe que le coureur évolue en montée ou en descente, avec le vent de face ou le vent dans le dos.

Encore fallait-il parvenir à mesurer cette puissance instantanée. Les ingénieurs cyclistes se sont basés sur les infimes déformations que subissent les matériaux du pédalier ou le moyeu de la roue arrière lorsqu’on leur applique une énergie mécanique importante. Les premiers capteurs de puissance sont ainsi apparus dans le milieu cycliste professionnel à la fin des années 90 et bouleversèrent les méthodes d’entraînement peut-être davantage que les cardiofréquencemètres, dans la mesure où ils permettaient cette fois-ci de comparer des efforts réalisés dans des conditions très différentes.

Le coup de poker de Stryd

Les coureurs à pied auraient aimé disposer d’un outil similaire. Mais, sans matériau sur lequel mesurer la puissance déployée à chaque foulée, comment faire ?

Le défi technique semblait insurmontable. Plusieurs équipes de chercheurs s’ingénièrent pourtant à le contourner en plaçant des capteurs dans la semelle de la chaussure, ce qui aurait pu constituer une alternative intéressante. À l’usage, on s’aperçut cependant qu’elle posait trop de problèmes de surpoids et d’inconfort.

Finalement, la solution est venue, au début des années 2010, de l’explosion du marché des smartphones et de leur capacité à détecter les mouvements les plus infimes. La société américaine Stryd fut la première à proposer un module à fixer sur la chaussure afin de mesurer précisément les moindres mouvements du pied dans les trois dimensions de l’espace.

Qu’on se comprenne bien ! Des capteurs de foulées de ce type existaient déjà depuis plusieurs années. Seulement, ils se basaient sur des accéléromètres qui utilisaient trois axes de détection. Le modèle de Stryd en utilise neuf. Trois fois plus ! Grâce à cela, rien ne passe inaperçu : ni le moindre millimètre de déplacement ni le moindre degré de rotation de la cheville à chaque foulée. De plus, on ajouta aux prototypes un altimètre barométrique pour connaître avec précision l’influence du relief.

Grâce à un algorithme mathématique qui prend en compte la taille et le poids du coureur, il devient alors possible d’estimer sa puissance avec un grand niveau de précision. Comme jamais auparavant !