Tout commence dans un tout petit village du Népal, près de la capitale Katmandou. Là-bas, les jours s’écoulent immuablement depuis des centaines d’années. Quelques maisons de torchis et au toit en paille sont dispersées dans un paysage de collines. Les familles qui les occupent possèdent quelques poules, parfois des chèvres, et essaient de tirer du lopin de terre alentour de quoi se nourrir et éventuellement un petit surplus qu’on ira alors vendre au marché de la petite ville la plus proche.

C’est là que, en 1988, naît la petite Mira, deuxième enfant d’une fratrie de cinq, dont le dernier numéro du magazine Zatopek, qui vient de sortir, dresse un large portrait. Elle en est aussi la première fille et, à ce titre, doit seconder sa mère dans les tâches ménagères : préparer les repas, aller chercher de l’eau à la rivière, s’occuper des animaux L’école, elle y va parfois. Pas souvent. À 12 ans, sa famille est surtout soucieuse de lui trouver un mari.

Des armes à la découverte du sport

Pourtant, Mira n’est pas une petite fille comme les autres. À peine adolescente, elle se rebelle et s’engage dans une organisation paramilitaire népalaise, l’Armée maoïste de libération. "J’ai dit à ma mère que j’allais camper", raconte-t-elle. "Je ne suis revenue au village que deux ans plus tard."

Grâce aux rebelles, elle entrevoit une chance d’échapper à son destin. Trop jeune pour se battre, elle apprend néanmoins à manier les armes et, surtout, découvre le sport : football, volley-ball, course à pied ou encore karaté. Cette période d’itinérance prend fin en 2006 avec les accords de paix entre les rebelles et le gouvernement. Mira est renvoyée auprès de sa famille. Seulement, elle a vécu trop d’expériences intenses pour renouer avec sa vie d’avant. À 17 ans, elle veut continuer le sport pour lequel elle démontre d’évidentes prédispositions.

La future championne décide de quitter son village natal pour rallier Katmandou et participer à ses premières courses sur route. Petit à petit, elle se rend compte qu’elle est plus performante à mesure que les distances augmentent. Elle s’entraîne plus longtemps, plus intensément, mais éprouve mille difficultés à trouver assez de nourriture pour compenser cette débauche d’énergie. Et c’est au moment où, à 25 ans, elle envisage plutôt de travailler dans une usine en Malaisie qu’une rencontre va changer son existence.

Le premier rendez-vous

En 2014, alors qu’elle s’entraîne dans un parc national près de Katmandou, elle sympathise avec deux militaires népalais, également coureurs et très impressionnés par son niveau athlétique. Les deux amis lui proposent de les rejoindre le samedi suivant. Elle accepte. Seulement, elle ignore que ce rendez-vous qu’elle voyait comme une simple séance d’entraînement prendra en réalité la forme de son premier véritable trail : une épreuve sur 50 bornes appelée Himalayan Outdoor Festival.

"C’est seulement sur place que j’ai réalisé : ‘Oh mon Dieu, c’est une cours e !’ "

Mira ne savait même pas que des courses sur de telles distances existaient. Pour corser le tout, la météo est catastrophique ce jour-là. Il pleut à verse. Il tombe même des grêlons. Mira n’y comprend rien. Elle se pointe tout de même au départ, sans boisson ni nourriture, avec pour tout bagage une paire de baskets à trois dollars, un pantalon de survêtement et un vieux t-shirt en coton. À mi-parcours, elle doit emprunter 50 roupies (moins de 0,50 euro) à un autre coureur pour acheter des nouilles et un carton de jus d’orange. Ragaillardie, elle reprend la route et, contre toute attente, termine en tête du classement féminin - il est vrai qu’elle était la seule participante - mais, surtout, en deuxième position du classement scratch. Les organisateurs sont époustouflés. Ils sont aussi sous le charme de cette jeune femme qui irradie littéralement tellement elle est heureuse d’avoir trouvé son sport : ce sera le trail !

Des succès jusqu’au Mont-Blanc

"Je lui ai demandé ce dont elle avait le plus besoin", se souvient le Britannique Richard Bull, organisateur de l’événement avec son association Trail Running Nepal. "Elle m’a dit : ‘Juste d’un peu d’argent pour me payer à manger.’"

Une quête improvisée auprès des personnes présentes sur place débouche vite sur la constitution d’un petit fan-club qui lui permettra de s’aligner ensuite sur les plus grandes compétitions internationales. Avec notamment un succès sur le 80km du Mont-Blanc en 2015 ou encore le Ben Nevis Ultra en 2017.)