Le jogging est à la mode. Le yoga aussi. Des personnes tentent de coupler les deux. Zatopek est parti à leur rencontre

En quelques décennies seulement, le yoga a fait une entrée magistrale dans la société occidentale, au point que l’on trouve désormais des cours de yoga spécialisés pour les femmes enceintes, pour les enfants, pour les personnes âgées, les handicapés et même pour les chiens (dogyoga).

Dans cette mouvance du yoga pour tous, les sportifs ne pouvaient décemment pas rester sur le bord du chemin. Petit à petit, ils ont, eux aussi, succombé aux charmes de la discipline en prenant exemple sur le footballeur Ryan Giggs, le tennisman Novak Djokovic ou encore le basketteur LeBron James. Mieux encore ! On a vu fleurir de nouvelles disciplines qui se targuent de rencontrer les besoins spécifiques des pratiquants dans des sports comme l’escalade, le golf ou les arts martiaux. Et la course à pied ? Bien sûr ! Les chantres de la méthode assurent que le yoga permet d’améliorer la respiration à l’effort et, à vitesse égale, de dépenser moins d’énergie. On dit qu’il facilite la récupération et qu’il prévient les blessures. Grâce à lui, on devient un meilleur coureur en somme ! C’est le credo de Bénédicte Opsomer et de Pascal Jover qui animent des stages pour Running Yogis (*). Le programme se compose d’une série de postures, exercices de respiration, techniques de course et étirements. On y parle nutrition, récupération et stratégie de course. Son objectif ? Apporter l’esprit du yoga aux coureurs afin qu’ils améliorent leur gestuelle et leur économie de course.

Ahimsa, ahimsa, écoute-moi

En quoi consiste l’esprit yoga concrètement ? Pas facile de répondre ! Car le yoga n’est pas un sport. Ce n’est pas une religion. Ce n’est pas non plus une gymnastique. Ou alors c’est tout cela à la fois ! En sanskrit, le terme yoga signifie unir. Les yogis recherchent par cette pratique la fusion du physique et du psychique, celle du corps et de l’esprit. Son origine reste très mystérieuse. Ils disent s’inspirer d’un vieux recueil védique nommé yogasutras dont l’origine demeure mystérieuse : les historiens le situent entre 200 avant J.-C. et 500 après J.-C. En guise de texte, il s’agit plutôt d’une compilation de 195 aphorismes (les sutras) qui évoquent l’enfermement des êtres et le pouvoir qui leur est octroyé, par le yoga, de se libérer spirituellement. On joue beaucoup sur la respiration ("quand le souffle devient long et subtil, le mental automatiquement s’apaise") et sur l’équilibre ("par le juste effort et le relâchement, la posture mène à la méditation sur l’immuable").

Pour Pascal et Bénédicte, ces yoga-sutras sont parfaitement déclinables au milieu de la course à pied. Pour commencer, ils enseignent aux nouveaux venus le principe ahimsa, qui signifie littéralement "ne pas nuire". Déjà, cela contrevient assez radicalement avec la culture d’un sport où l’on est plus friand d’expressions comme se défoncer, se détruire ou se mettre la gueule de travers. Une vraie révolution ! À la place, ils proposent des concepts tels que l’écoute de soi et l’intention dans l’effort. On remplace la puissance physique par la souplesse et, surtout, on ne se focalise plus sur le volume d’entraînement, mais plutôt sur l’approche énergétique. Le yoga implique par exemple de se placer dans une position inconfortable qui permet de corriger ses habitudes posturales, mais l’inconfort ne doit pas franchir le seuil de la douleur. Il faut subtilement doser l’effort, un peu à la manière d’un cuisinier épiçant un plat. Ni trop, ni trop peu. Le yoga doit ainsi permettre de reconnaître ses faiblesses corporelles afin de travailler en collaboration avec elles. En douceur et progressivement. "Dans la vie, il y a des deux chevaux et des Ferrari", disent certains professeurs de yoga convertis à la modernité. "Mieux vaut être une superbe deux chevaux qu’une Ferrari déglinguée."

Voilà pour la théorie. Ne restait plus qu’à l’appliquer à la course à pied. Avec la difficulté consubstantielle que celle-ci se pratique en mouvement. Les travaux pratiques sont à lire dans le numéro en cours du magazine Zatopek.

Aurore Braconnier

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