Certains coureurs sont de véritables guépards, des diables de la vitesse, des bolides intrinsèques. D’autres sont plutôt des gazelles résistantes, voire d’inusables chameaux.

Si la nature a octroyé des qualités bien différentes aux animaux pour organiser leur survie,

il en est de même, en quelque sorte, concernant les qualités physiologiques d’une autre espèce originale : celle des coureurs à pied ! Nous ne pouvons nier que certains coureurs sont plus doués que d’autres pour une distance donnée. Mais alors, quelle est celle qui conviendrait à chacun et comment la déterminer ? Demandez à deux coureurs invétérés quelle est l’épreuve la plus difficile entre le 1500 m et le semi-marathon, vous aurez potentiellement deux réponses différentes. Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi une telle variété de distances en athlétisme ? Parce qu’il en faut, certes, pour tous les goûts, mais surtout pour tous les profils ! Quel est le vôtre ? Afin de déterminer quelle épreuve vous convient le mieux, du 400 m au marathon, il convient de tenir compte de facteurs à la fois physiologiques, psychologiques et socio-environnementaux.

Une question de fibres

Nous héritons tous d’un certain capital génétique qui détermine en partie nos aptitudes sportives. La vitesse, en particulier, répond parfois cruellement bien à ce qu’on appelle "le talent inné". Aussi n’est-il pas rare de voir un enfant non-entraîné piquer un sprint dans la cour de récréation et devancer largement ses camarades pourtant mieux préparés. Nos performances athlétiques sont en effet déterminées, entre autres, par la qualité et la nature de nos fibres musculaires. Il en existe trois types : type I-contraction lente (slow twitch) ; type IIa-contraction rapide (fast twitch, efforts courts) ; type IIb-contraction rapide (fast twitch, efforts très courts).

En fonction de la dominance de l’un ou l’autre type de fibres présidant son activité musculaire, un individu sera plus effectif dans un type d’effort. Par exemple, les fibres de type I sont sollicitées pour les mouvements nécessitant de l’endurance, comme la marche, par exemple, ou les efforts de longue haleine comme le marathon, car elles peuvent supporter des contractions musculaires sur une longue période. Un coureur présentant une plus large proportion de fibres lentes s’orientera préférablement vers les longues distances, et inversement. La constitution des fibres chez une personne est en grande partie une question d’hérédité. Il est donc très difficile de prendre, par exemple, un marathonien et d’en faire un sprinteur, et vice-versa.

L’idéal pour déterminer la proportion de fibres lentes/rapides consiste à réaliser un test en laboratoire. On prélève un échantillon de fibres pour mesurer la quantité de capillaires, de mitochondrie et de myoglobine en relation avec la taille des fibres.

Attention, ceci ne signifie pas pour autant qu’on pourrait du coup classer facilement les coureurs dans une distance figée en fonction de ce critère : dominance des fibres rapides, direction le sprint ; dominance des fibres lentes, en route pour le marathon ! Non seulement nous mobilisons toutes ses fibres à la fois, mais il est, par ailleurs, possible de transformer progressivement les fibres rapides en fibres lentes, grâce à l’entraînement. Ce n’est pas le cas dans l’autre sens.

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La VO2MAX

Les tests scientifiques prônés par les spécialistes en physiologie du sport s’avèrent évidemment utiles pour déterminer la distance idéale pour chacun. Ils font généralement la part belle à l’estimation de la VO2MAX (Consommation maximale d’oxygène) pour déterminer quelles sont nos aptitudes pour tel type d’effort. Un tel test consiste à courir progressivement de plus en plus vite jusqu’à épuisement afin de faire apparaître une relation entre la consommation d’oxygène et l’allure de course. La VO2 max peut être considérée comme un critère d’évaluation de la performance physique pour les courses de fond. Elle donne une indication du niveau de forme et d’endurance d’un sportif. Plus sa valeur est élevée, plus le sportif est capable de maintenir un effort d’une certaine intensité sur la durée. Si vous possédez une VO2MAX au-dessus de la moyenne (40 ml/min/kg chez une femme et 50 ml/min/kg pour un homme), vous êtes sans doute destiné à des distances moyennes à longues (3000, 5000, 10000 et au-delà).

Cette VO2max s’améliore évidemment avec un entraînement approprié. En augmentant celle-ci, le sportif pourra courir soit plus vite pour une même distance, soit plus longtemps pour une même intensité.

L’endurance et le seuil anaérobie

La consommation maximale d’oxygène n’est toutefois pas le seul critère à prendre en compte pour évaluer la performance. Ainsi, deux sportifs présentant une même VO2max n’achèveront pas forcément une même épreuve avec un chrono identique.

Comme nous l’avons expliqué plus haut, la VO2max indique une puissance aérobie potentielle, puissance qui n’est pas soutenable sur une longue durée. En réalité, c’est le seuil anaérobie qui situe la limite et détermine l’endurance du sportif.

Lors d’un effort de longue haleine comme le semi-marathon ou le marathon, le coureur travaille à une intensité inférieure à sa capacité maximale (VO2max), par exemple, à 80 %-85 %, de manière à pouvoir maintenir son effort sur toute la durée de la course. La limite à ne pas dépasser se nomme le seuil anaérobie, au-delà duquel la production de déchets sanguins, les lactates, dépasse la capacité de l’organisme à les éliminer, ce qui force le sportif à ralentir son allure. Cette capacité à maintenir son effort à intensité optimale le plus longtemps possible s’appelle plus communément l’endurance. À nouveau, un test en laboratoire permet facilement d’évaluer celui-ci. Bien souvent, ce seuil anaérobie se situe entre 80 et 90 % de la VO2max. Il s’agit là d’une donnée intéressante : plus votre seuil se rapprochera de votre VMA, plus vous serez performant sur les longues distances. Concrètement, si un coureur possède une VMA de 20 km/h et que son seuil anaérobie est estimé à 16 km/h, il pourrait potentiellement établir un record de 9 minutes sur 3000 m et sous les 1 h 20 sur semi-marathon. Par contre, si sa VMA correspond à 19.5 km/h et son seuil à 17 km/h, il peinera peut-être à franchir la barre des 9 minutes sur 3000, mais pourra viser sous les 1 h 15 au semi !

À souligner que le seuil anaérobie, comme la VMA, est une filière qui se développe grâce à un entraînement adapté !

Tableau d’équivalence des performances

Mais revenons à la réalité de terrain : il est plutôt rare qu’on bénéficie de la possibilité de réaliser ces tests de manière encadrée et structurée. En lieu et place de ceux-ci, on peut se baser sur un tableau d’équivalence des performances pour déterminer quelle distance nous convient. Celui-ci est censé prédire le temps d’un coureur sur de plus longues distances sur base de sa performance de référence sur une distance plus courte. Si les performances d’un même coureur se détériorent au fur et à mesure que la distance augmente, mieux vaut se concentrer sur les distances plus courtes, et inversement.

Si vous possédez des temps de références sur plusieurs distances, il est peu probable que vos références se situent sur la même ligne du tableau. Mais pas de panique : l’athlétisme est un sport spécifique. Si vous vous préparez plusieurs mois durant pour réaliser un objectif précis sur une distance déterminée, il est logique que votre niveau de performance sur cette distance soit disproportionné par rapport aux autres épreuves. Il faut tenir compte de votre passé, de votre type d’entraînement, de vos dernières courses.

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Écouter son cœur

Au-delà des tests en laboratoire et des estimations scientifiques, la plupart des coureurs peuvent faire confiance à ce qu’ils ressentent dans leurs tripes. L’était d’esprit et la mentalité jouent ici un rôle crucial : instinctivement, on est porté vers la distance sur laquelle on se sent le plus en confort. C’est peut-être en partie une erreur ! Mais c’est un facteur déterminant. Si vous détestez dépasser 1 h de footing et que vous appréciez instinctivement les efforts courts, intenses, à l’issue desquels vous laissez une partie de vos poumons sur la piste, vous devriez trouver votre bonheur dans le 3000 ou le 5000 mètres. Si au contraire, vous savourez les longues sorties au cours desquelles vous surfez paisiblement sur l’allure prescrite et trouvez encore les ressources pour accélérer dans les derniers kilomètres, alors sans doute le marathon est-il fait pour vous.

Il s’agit là "d’écouter son cœur", mais pas en termes de pulsations ! C’est le goût, le plaisir, la passion des sensations qui doivent aussi guider votre choix.

Le temps qui passe

"Monter" de distance au fur et à mesure qu’on vieillit (mûrit ?) est une démarche commune chez les coureurs. Non pas que la vitesse soit l’apanage exclusif de la jeunesse (les jeunes coureurs présentent généralement plus de promptitude à exploiter leur rapidité que leur endurance), ou que nous ralentissions avec notre âge qui augmente, mais nous gagnons de l’expérience, de la maturité à travers l’entraînement et l’approche de l’effort, qui nous rendent meilleurs sur les distances plus longues. D’un côté, nous apprenons à mieux gérer les allures et la sérénité dans la souffrance, et, d’un autre côté, notre squelette et nos muscles se sont adaptés à une charge d’entraînement plus volumineuse au fil des années de pratique. Ainsi un ancien coureur de 800 m, voire de 400 m, se reconvertira peut-être avec succès sur 5 km ou 10 km avec le temps. On conseillera donc évidemment aux jeunes coureurs de travailler d’abord leur vitesse sur des distances courtes (ce qui devient plus difficile et plus dangereux en termes de blessures avec l’âge) avant de s’orienter vers des distances plus longues petit à petit.

Les conditions de vie

Enfin, votre entraînement et vos compétitions doivent pouvoir être en adéquation avec le train de vie que vous menez. Bien souvent, plus la distance à préparer est longue, plus le volume d’entraînement est conséquent, et le temps qui va avec. Aurez-vous le temps d’effectuer des sorties de plus de 2 h pour préparer votre marathon ?

En plus du temps à consacrer, il faut également un environnement propice. Si vous vivez dans un milieu urbain entouré uniquement de bitume, prudence dans les longues sorties ! Une surface plus souple ne serait pas du luxe pour enchaîner les kilomètres afin d’éviter les blessures ! Si, au contraire, la nature vous entoure, on comprendra pourquoi vous vous y évadez longuement chaussé de vos baskets.

Et si vous souhaitez affoler les chronos sur 5 km, soyez assurés de trouver une piste en tartan à proximité, car c’est un passage hebdomadaire quasi obligé.

Le plaisir

En définitive, tous ces facteurs ne doivent jamais éluder l’élément essentiel dans votre choix de distance : le fait d’aimer celle-ci, et la pratique qui la prépare au quotidien. L’américain Jack Daniels, entraîneur célèbre outre-Atlantique, aimait demander à ses athlètes : "Similairement à la question ‘Préfères-tu être un coureur ou un pianiste ?’ Pour déterminer votre épreuve, demandez-vous : ‘Où va mon cœur ? Qu’est-ce qui me paraît être le plus fun ?’"

En dépit de toutes les technologies les plus abouties dont on bénéficie aujourd’hui, c’est sans doute là que vous trouverez votre distance.