Nos ancêtres préhistoriques emportaient-ils de l’eau avec eux lorsqu’ils partaient pour de longues journées de chasse dans la jungle africaine ? La question divise les spécialistes.

Pour certains, Homo erectus pouvait chasser entre cinq heures et cinq heures et demie sans boire. Une belle performance ! Trop belle peut-être. D’autres spécialistes soutiennent que les gourdes étaient absolument nécessaires et donc déjà connues et utilisées à l’époque des chasseurs-cueilleurs. Sans doute ces premiers humains se servaient-ils de coquilles d’œufs d’autruche.

Pour éviter que ce poids supplémentaire ne constitue un handicap au moment de courir, il se pourrait d’ailleurs que ces œufs aient été préalablement déposés en des endroits stratégiques pour permettre de s’hydrater sans abandonner la traque. Aujourd’hui encore, on connaît des coureurs qui planquent des bouteilles d’eau sur les lieux habituels d’entraînement de façon à pouvoir s’hydrater sans perdre de temps et sans se coltiner de surpoids.

Les porteuses d’eau

Depuis l’époque des œufs d’autruche, les matériaux dans lesquels on fabrique les gourdes ont un petit peu changé. Nos aïeux avaient également compris que des calebasses évidées, après séchage au soleil, constituaient d’excellents récipients. Quel autre nom donne-t-on en français à la calebasse, ou Lagenaria siceraria, qui appartient à la famille des cucurbitacées ? La gourde, précisément.

Au fil des siècles, d’autres matériaux furent testés pour leur confection : terre cuite, bois, bronze, verre, étain, etc. Lorsqu’il s’agissait d’objets précieux, il arrivait qu’on les enterre avec leur propriétaire comme on l’a découvert dans des tombes à Chypre datant du XIVe avant notre ère.

"Si certains de ces objets sont des joyaux d’orfèvrerie à but décoratif et ostentatoire, la gourde d’usage champêtre, fabriquée dans une matière peu onéreuse, est employée par toutes les composantes de la société", détaille l’archéologue Pierre Mille dans son livre Quelle gourde ! Histoire d’un récipient singulier.

Les prémisses du camelback

Malheureusement, ces gourdes de fortune n’étaient pas destinées à traverser les siècles. Faute d’exemplaires suffisamment bien conservés, on ne sait pas précisément à quoi elles ressemblaient. Enfin, on trouve encore d’anciennes gourdes en cuir souple qui ressemblent à s’y méprendre aux camelbacks qu’affectionnent aujourd’hui les traileurs. On pouvait se les attacher dans le dos ou à la ceinture. Le tuyau de plastique qui relie la poche d’eau à la bouche est sans doute d’invention plus récente mais, en dehors de ce détail, l’objet semblerait familier pour nos ancêtres.

Il est amusant d’ailleurs de se dire que, face aux défis posés par la vie, qu’il s’agisse de chasse ou de compétitions pédestres sur de longues distances, l’ingéniosité s’enclenche de la même manière et produit parfois… les mêmes réponses.

Un article du Zatopek actuellement en kiosque explore ces questions passionnantes et, à sa manière, nous rapproche de nos ancêtres préhistoriques à l’intelligence desquels nous devons d’être là !

Les gourdes et les couleurs

Les gourdes sont redevenues très à la mode grâce à l’ambition de plus en plus partagée de remplacer les bouteilles en plastique. Les experts estiment que le marché mondial de la gourde devrait continuer de croître de 3,9 % par an jusqu’en 2025. Les modèles métalliques se taillent la part du lion. Ces gourdes-là sont solides et gardent les liquides au frais sans les dénaturer.

Revers de la médaille : leur fabrication est aussi très énergivore. On a calculé que la gourde métallique ne présentait un meilleur bilan énergétique que les bouteilles jetables en plastique qu’à la condition de les utiliser pendant un minimum de trois ans. Paradoxalement, la gourde en plastique réutilisable est moins polluante à la fabrication. Mais pas à la consommation ! À l’instar des bouteilles jetables, elle finit par libérer des particules fines potentiellement cancérigènes.

Restent les gourdes en verre dont la fabrication sera rentabilisée au bout de deux mois seulement.

Le saviez-vous ?

Les consommateurs d’eau en bouteille ingèrent 90 000 microparticules de plastique chaque année. Soit plus du double des personnes buvant l’eau du robinet.