L’histoire de la corde à sauter est indéfectiblement liée à celle du boxeur américain Sonny Liston. L’ex-champion du monde des poids lourds (1962-1964) fut en effet celui qui mit le saut à la corde au goût du jour, alors qu’il était considéré auparavant comme un simple jeu pour fillettes.

L’engouement remonte très précisément au 6 octobre 1963 et au passage de Liston dans l’émission de télévision la plus populaire de l’époque, The Ed Sullivan Show. Le champion du monde des lourds fit alors une démonstration de saut à la corde tout en grâce et souplesse au rythme de la chanson The Night Train interprétée par James Brown. On peut voir ces images sur Internet. L’histoire nous est aussi racontée dans un article du nouveau numéro de Zatopek actuellement en kiosque.

En quelques minutes de sautillement, Sonny Liston mit des millions de téléspectateurs sous le charme de son entraînement, aussitôt copié par plusieurs générations de sportifs célèbres. Des boxeurs, bien sûr. Mais aussi des basketteurs, des footballeurs, des joueurs de tennis.

L’engouement s’est peu à peu estompé au fil des ans, avant de connaître un étonnant rebond à la faveur de la crise du Covid.

Parle à mes pieds

Pour les spécialistes de l’effort, le saut à la corde présente plusieurs avantages et s’inscrit dans une école d’entraînement connue sous les initiales HIIT, pour "High Intensity Interval Training". Une séance HIIT consiste à reproduire régulièrement des exercices très courts et très intenses. C’est très efficace.

Il y a quelques années, une étude menée aux États-Unis avait montré que dix minutes de corde correspondaient à trente minutes de course à pied. La corde à sauter permet de brûler dix à vingt calories par minute. Mais ce n’est pas son seul avantage.

L’exercice renforce aussi une qualité tout à fait essentielle à la course et que les entraîneurs désignent souvent par l’expression "qualité de pied". Lorsqu’on rebondit sur un sol dur un très grand nombre de fois, il importe que les muscles du mollet et de la cuisse soient mis en tension avant même le contact avec le sol. Le cerveau doit donc apprendre à maîtriser cette phase de pré-excitation.

En clair, il doit envoyer aux muscles l’ordre de se contracter alors même qu’il ne rencontre aucune résistance. Si on attend l’impact de la réception, les quelques millisecondes perdues suffisent pour qu’on donne l’impression de s’écrouler sur ses appuis et le mouvement perd toute légèreté.

Or on considère aujourd’hui que la pré-activation des muscles extenseurs de la jambe constitue la clé de voûte de l’efficacité athlétique. Il est même probable qu’en course à pied, la fatigue qui s’installe au fil des kilomètres soit due à la baisse de sensibilité des petits mécanorécepteurs chargés de transmettre les informations et donc à une altération progressive du geste, qui deviendrait ainsi de plus en plus coûteux sur le plan énergétique. Grâce au saut à la corde, on renforce cette fameuse qualité de pied, on éloigne le spectre de dégradation et on peut donc courir plus vite, plus longtemps.

La minute la plus longue

Attention ! Même s’il ne paie pas de mine, le saut à la corde est traumatisant pour les muscles et les tendons. À chaque phase de réception, ces structures subissent un étirement violent alors qu’elles sont déjà sous contrainte. C’est le principe de la pliométrie.

Il faut donc y aller très prudemment pour éviter les blessures. Au début, on recommande de ne pas faire plus de cinq minutes de corde par jour en alternant trente secondes d’effort et trente secondes de récupération. Si l’on s’en tient à ces cinq minutes par jour, on sera gagnant sur tous les tableaux : tonus, posture, muscles, perte de poids. Ensuite, on pensera à allonger progressivement les durées et se fixer des petits objectifs comme une minute sans s’arrêter. Le record sur 24 heures est détenu par le Japonais Hijiki Ikuyama qui a aligné 151 409 sauts avant de… s’évanouir.