Le Français, ultratraileur professionnel, effectue des sorties jusqu'à - 25 degrés


Sébastien Chaigneau. 47 ans. Deux podiums sur l’UTMB (2009 et 2011), un autre sur la Diagonale des Fous (2005) et de multiples victoires de par le monde en ultra. Voilà pour l’aspect "résultats".

Au-delà, il y a un amoureux de l’outdoor, formé à l’école du cyclisme (débuts dans le club de Sylvain Chavanel), passé très jeune à l’athlétisme et passionné de montagne (il a fait les chasseurs alpins et peut évoluer en alpinisme sur des parois de niveau 7b +). C’est également quelqu’un qui s’est intéressé à l’optimalisation des aspects "diététique" et "habillement" de ses pratiques sportives.

"Je sors jusqu’à - 25 degrés", fait-il en guise de préambule. "La première question que je me pose porte sur la présence de neige sur le parcours que j’envisage. Cela va influencer le choix de mes chaussures pour l’accroche."

Il distingue trois éléments distincts à prendre en compte au moment d’envisager une sortie dans un contexte hivernal. Des conseils qui pourraient tous nous concerner au cours de l’hiver à venir.

Le bas du corps

"Pour le bas, s’il fait juste froid, je mets un 3/4 et des chaussettes de compression", indique le Français au sujet de cette première "zone". "S’il fait très froid, je mets un collant complet. Au-delà de moins 20, je choisis un collant avec une fine couche polaire à l’intérieur. Il faut vraiment songer à protéger les muscles des cuisses du froid. Sinon, la course ou l’entraînement deviennent galères… Pour affronter la neige en croûte, je mets souvent des bas de compression sous le collant. Enfin, toujours s’il fait vraiment froid, je conseille un slip avec du mérinos dedans, histoire de protéger… ce qui doit l’être."

Le haut du corps

Sébastien Chaigneau reste dans le classique pour la partie supérieure du corps, avec la multiplication des couches.

"C’est l’aspect le plus délicat", explique-t-il. "Il ne faut pas avoir froid tout en évitant de se retrouver dans une baignoire, tant on transpire sous ses vêtements. Moi, en premier, je mets la Thermo 3D de chez Compressports. 50 grammes, sèche à toute vitesse et qui fait vraiment le job. Ensuite, un t-shirt technique manches longues. Là-dessus, une veste. Pour le moment, c’est la FutureLight de chez The North Face, sortie en octobre. Très ventilée. Et évacuant super bien la transpiration."

Les accessoires

Il y a encore une multitude de détails. Mais tous importants. "Les zones de grosse déperdition d’énergie sont la tête, l’entrejambe et sous les aisselles", ajoute ce véritable amoureux de la montagne et de la nature. "J’ai toujours un buff avec moi. Été (pour éviter la sueur dans les yeux) comme hiver. Lorsqu’il fait très froid, j’en mets deux. Je place le deuxième pour protéger l’arrière de la tête et juste sous le nez, histoire d’éviter de respirer de l’air glacial. Ensuite, je suis aux petits soins avec mes mains. Je souffre du syndrome de Raynaud (arrêt de la circulation sanguine temporaire au niveau des extrémités). J’ai déjà remarqué que cela pouvait se déclencher après une séance, quand je traîne un peu trop dans la maison avant de prendre une douche. Du coup, directement en rentrant, je fonce me laver et me changer. J’ai entendu parler d’un traitement médicamenteux, avec des injections au bout des doigts. Il y a des chances que je le tente. Les chaufferettes que l’on trouve dans le commerce ? Je n’utilise pas, non…"

Enfin, toujours pour les accessoires, il y a le tube de crème labiale ("La plus grasse possible, pour protéger contre les crevasses, hiver comme été, dans des conditions de chaleur extrême"), ainsi que des lunettes spéciales. "En 2012, sur l’UTMB, j’ai abandonné à Argentières, pas loin de l’arrivée. Mes deux cornées étaient gelées. Depuis, je porte les mêmes lunettes que celles utilisées par les basketteurs pour se protéger des doigts dans les yeux…"

© dr


"Même quand il gèle, il ne faut pas oublier de s’hydrater"

L’habillement n’est pas la seule chose à prendre en considération lorsqu’on envisage de s’entraîner par temps froid. "La chose à laquelle il faut veiller, c’est l’apport hydrique", explique Sébastien Chaigneau. "Souvent, l’hiver, il y a une perte de motivation pour ce qui est de boire. Il faut se forcer. Après, deux choses à éviter : la boisson qui gèle ou l’eau qui arrive glacée dans l’estomac, ce qui n’est pas bon. Je propose une flasque que l’on peut glisser dans une ceinture, au plus près du corps. On peut également mettre une boisson chaude dans celle-ci, qui sera une petite source de chaleur parfois bienvenue…"

Même "réflexe" à avoir pour les gels et autres barres. "Avant, c’est bien simple, il m’arrivait d’avoir des gels qui ne sortaient pas du tube, tant ils avaient durci. Gardez-les le plus près du corps. Pensez aussi aux gels plus liquides que l’on peut trouver aujourd’hui. Avec ceux-ci, je n’ai plus de souci."