Jean-François Lenvain, récent vainqueur de la Piste des Oasis, est considéré comme l’un des meilleurs Européens dans le sable.

Jean-François Lenvain (39 ans) a donc réussi son pari. Après plusieurs années d’absence en compétition suite au décès tragique à ses côtés de son ami non voyant Salvatore Notarrigo dans le désert indien, il avait remis fin novembre un dossard lors de la Piste des Oasis, le prestigieux ultra-marathon sur trois jours dans le désert marocain. Et il a gagné l’épreuve.

Jean-François, quelles sont vos premières impressions quelques jours après votre succès ?

"Je suis vraiment heureux et soulagé ! Ce retour était très symbolique pour moi. Je voulais tellement que cela se passe à nouveau bien. Alors c’est clair que, en plus, pouvoir remporter une si belle épreuve, je ne pouvais pas rêver mieux."

Quelles ont été les difficultés principales ?

"Elles étaient à la fois d’ordre physique et mental. Vu que le parcours était très varié, il ne suffisait pas de bien courir dans le sable et de franchir des dunes, ce qui est ma grande spécialité. Il y avait aussi des parties casse-pattes, comme des rochers et des rocailles, ou des descentes dans des falaises. Là, je devais faire attention à ne pas tomber. C’était usant d’être lâché par les autres dans ces tronçons, et de devoir les rattraper dans le sable, pour ensuite prendre de l’avance. J’ai bien dû gérer mes courses."

D’où vient cette facilité de courir dans le sable ?

"Le sable est mon terrain de jeu préféré. C’est là que je suis le plus efficace. Je cours sur la pointe des pieds. C’est un énorme avantage dans le sable, mais c’est un désavantage dans les parties techniques, où je devais garder toute ma concentration. Le plus difficile est de bien gérer ses forces. Dans une course d’un jour, on peut tout donner. Mais ici, il fallait garder dans un coin de sa tête qu’il te restait un jour 2 et 3, avec quatre heures d’efforts par jour. J’ai bien étudié le parcours pendant les briefings avant chaque course, pour savoir où étaient les difficultés, et où je pourrais refaire mon retard."

Quels sont les prochains objectifs ?

"Tout d’abord, je savoure à fond cette victoire. C’est bizarre de s’être entraîné pendant 6 mois pour une épreuve qui s’est terminée en 3 jours. Je suppose que chaque sportif de haut niveau connaît ce sentiment. Ma victoire démontre que je ne suis pas encore usé, malgré mon âge. Mais il faut dire que 39 ans, ce n’est pas très vieux pour un ultra-marathonien. Je veux surfer sur la vague. Je dois récupérer pendant quelques semaines, mais j’ai déjà repris les entraînements ce week-end." (rires)

Vous avez une nouvelle épreuve en tête ?

"Pas encore. De toute façon, je ne suis pas un professionnel (NdlR : Lenvain s’occupe du développement de sportifs de haut niveau comme Mbokani, Mpoku et son frère Sambi, Saelemaekers mais aussi des athlètes et des cyclistes) . Donc, je ne peux pas me permettre de faire plus d’une compétition par an. J’ai déjà gagné la Desert Cup en Jordanie, les Routes de la Soie en Chine, j’ai gagné à Cuba et maintenant au Maroc. Cette dernière victoire va m’ouvrir des portes dans cette partie du monde. Suite au contexte géopolitique, les épreuves ont moins lieu dans des pays comme la Tunisie ou l’Algérie. Par contre, le Qatar et l’Arabie saoudite organisent de plus en plus de grandes compétitions sportives. Je vais étudier chaque proposition qu’on me fera. Je vais voir si je me relance un défi en 2020 ou si j’attends 2021."