Crise sanitaire aidant, de nombreux challenges "à distance" ont été mis sur pied ces derniers mois pour récolter des fonds et participer tout de même à des entreprises collectives en dépit des règles strictes de distanciation sociale. La plupart de ces challenges faisaient appel à une application appelée Strava. Déjà très populaire par le passé auprès des coureurs à pied, qui ont suivi une mode venue des pelotons cyclistes, elle est devenue pour ainsi dire omniprésente.

Le fonctionnement de ce réseau social des sportifs d’endurance ne recèle donc aucun mystère pour un très grand nombre de coureurs. Et pour les autres ? Disons qu’il s’agit d’une application qui permet d’enregistrer un tas de données pendant ses compétitions ou ses séances d’entraînement : distance, vitesse, moyenne, dénivelé, temps intermédiaires… Et, surtout, de les partager !

Son utilisation est relativement simple. Elle implique de posséder un smartphone ou une montre connectée. On télécharge gratuitement l’application, qui se décline également dans une version payante à 5 euros par mois qui offre encore plus d’analyses et de statistiques.

Si vous optez pour le mode "public", le monde entier peut ainsi savoir après chaque sortie combien de temps exactement vous avez mis pour boucler le tour du lac à côté de chez vous. Ce qui permet à la course aux kudos, l’équivalent des "likes" sur Facebook, de démarrer.

Tout le monde veut prendre sa place

En un peu plus d’une décennie, Strava a transformé la planète en un immense terrain de jeu. Grâce au partage des données, on peut par exemple se situer dans le classement de tous ceux qui empruntent les mêmes routes que vous. De nombreux segments, même dans la campagne profonde et idéalement sur des difficultés, sont créés par les coureurs afin de se mesurer aux autres.

Reprenons l’exemple du bonhomme qui court autour du lac. Peut-être sera-t-il curieux de comparer son temps avec les dizaines, les centaines, peut-être les milliers de personnes qui s’entraînent là aussi.

Quant aux plus ambitieux, ils désireront sûrement figurer en haut de ce classement et décrocher le "KOM" (pour King of Mountain, dénomination qui date de l’époque où ces segments concernaient avant tout des ascensions de grands cols par les cyclistes), une expression qui désigne la personne la plus rapide sur cette portion spécifique.

Notez que les gestionnaires du réseau ont créé un équivalent féminin du "KOM", baptisé "QOM" pour "Queen Of the Mountain", même si les femmes sont généralement moins friandes de ce type de défis. Les classements masculins sont infiniment plus fournis !

Jamais sans mon Strava

Ainsi beaucoup d’adeptes de Strava sont véritablement devenus accros à son utilisation et ne sortent plus que dans le but d’améliorer leurs chronos. Ce qui est loin d’être idéal, rappelons-le, dans une optique de progression et de santé. Il existe d’ailleurs des "Chasseurs de KOM" qui passent leur temps à repérer des segments sur l’application pour signer des records. Certains scrutent même la météo pour bénéficier de meilleures conditions, comme un fort vent dans le dos par exemple.

Lorsqu’un record est battu sur un segment, son ancien détenteur reçoit un message pour lui signifier qu’il a été détrôné. Il n’aura de cesse alors de récupérer son titre. Pour certains, cela tourne à l’obsession et il arrive que cette chasse aux records soit la cause d’accidents graves pour des coureurs à pied et des cyclistes prêts à prendre tous les risques pour améliorer leur chrono de quelques secondes.

Strava en chiffres

  • Depuis sa création en 2009, Strava a enregistré plus de 3 milliards d’activités, dont 1 milliard entre janvier 2019 et février 2020.
  • Dans le monde, 20 activités sont chargées toutes les secondes.
  • Plus de 1 100 athlètes pros sont sur Strava.
  • Avant la crise du Covid, 1 million de nouveaux athlètes s’inscrivaient tous les 30 jours.
  • Plus de 50 millions d’athlètes Strava issus de 195 pays ont enregistré des activités.
  • 4,9 milliards de kudos ont été échangés entre athlètes en 2019.
  • Plus de 4 millions de photos sont partagées toutes les semaines.