La jeune femme a bouclé le parcours du 6 km.

L’histoire de Tatou Ania (née Anne-Catherine en Pologne il y a 27 ans) est tout aussi particulière que le défi qu’elle a relevé ce dimanche pour le traditionnel Jogging de La Louvière.

Née sans jambe droite et adoptée à 19 mois par Dominique et Irma, un couple belge, Tatou Ania (pour "Tu as tout Ania") a besoin de se fixer des objectifs. Poussée durant toute son enfance par ses professeurs ou entraîneurs, pour qui son handicap n’existait pas, la jeune femme rêve des Paralympics de Tokyo. En sprint, sur 100 m.

"Il me reste quelques mois pour atteindre les minima qui sont de 20 secondes pour les Mondiaux de Dubaï en novembre (NdlR : elle pointe à 26 sans avoir la bonne lame) ", sourit-elle. "Cela ne va pas être simple. Si je n’y arrive pas, je remiserai mes ambitions sur 2024 ou sur autre chose."

Tatou Ania est consciente que la mission s’annonce difficile mais abandonner ne fait pas partie de son vocabulaire. La Liégeoise donnera tout pour ne pas regretter. Comme le défi bouclé ce dimanche au Jogging de La Louvière. Elle qui n’avait jamais couru plus de 3,4 km (en faisant des pauses).

"Dans les montées et les descentes, c'était vraiment difficile et pour moi, ça allait un peu trop vite. Maintenant, chaque année, je rajouterai 500 m de plus."

© Dumont

Des débuts en natation

Comme quand elle débuta la natation durant son adolescence et qu’elle récolta rapidement des médailles au niveau belge. "À 15 ans, en raison de l’impact physique sur mon autre jambe, j’ai dû arrêter de courir. C’est là que j’ai commencé la natation, que j’ai finalement arrêtée."

Car ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est courir. En sprint au White Star avec les conseils de François Maingain. Ou en peloton, à son rythme comme dimanche. "Depuis mes 3 ans, je cours. Sur une jambe, jusqu’à mes 15 ans. À l’école, j’étais toujours dans les premiers en cours de gym. Je courais avec les garçons. Jamais, dans les yeux de mes camarades à l’école de Saive, je n’ai vu de malaise me concernant. Même chez moi dans ma chambre, je faisais du sport, je n’en avais jamais assez."

Petit à petit, la détermination l’a poussée à aller plus loin dans ses rêves. Il fallait alors passer par du matériel adapté. "Je n’ai pas tout de suite eu une prothèse, notamment en raison du prix trop élevé (NdlR : 18 000 € pour la prothèse complète). Mon handicap est aussi très particulier. Il a fallu convaincre des prothésistes de m’en fabriquer une parce que je n’ai pas de fémur et pas de muscle. Et surtout, il faut des lames de course adaptées."

Mais c’est un défi que là aussi, elle a relevé. "À 18 ans, le premier était d’apprendre à marcher avec une prothèse. Je n’avais qu’une semaine pour y arriver ! En somme, j’ai dû réapprendre à marcher. Il y a deux ans, je n’ai eu que dix minutes pour courir avec des lames de course."

Sa joie de vivre est aussi intense que sa détermination. Comme quand elle a réussi à retrouver sa famille biologique il y a un an. Là aussi, un défi auquel elle n’a jamais voulu renoncer.

Ce besoin de courir justement, il remonte à l’enfance. "Je suis restée 19 mois quasiment enfermée dans un hôpital. Mon père m’a révélé que quand je suis sortie et que j’étais dans ses bras, rien que sentir le vent sur mon visage m’avait fait réagir. En fait, quand je cours, j’adore cette sensation du vent sur mon visage. Comme quand ils m’ont adoptée. Cela me rappelle la liberté. Maintenant, je cours aussi pour mes deux mamans, Irma et Beata."

© Dumont

"Aider les associations"

Que ce soit dans sa famille adoptive ou dans sa famille biologique, Tatou Ania fait partie de familles nombreuses. En Belgique, la Liégeoise qui s’entraîne au White Star n’est pas la seule de sa famille à faire du sport. Son frère Christopher, trisomique, a d’ailleurs disputé les Special Olympics il y a quelques jours.

"Il joue au football", explique-t-elle. "Je suis allée le voir un jour et ce jour-là, il était intenable, il a marqué trois des quatre buts de son équipe. J’ai une extraordinaire relation avec lui et mes autres frères et sœurs."

Et c’est là que le Jogging de La Louvière lui est arrivée aux oreilles. "J’ai fait la connaissance d’Eric Bauwens (NdlR : membre des Special Olympics et Paralympics). Il est extraordinaire. Tout ce qu’il fait pour les autres... Il m’a alors demandé de courir à La Louvière dans sa délégation de Paralympics. Mon but est aussi maintenant d’aider toutes ces actions qui font avancer les handicaps en s’ouvrant vers l’extérieur."