Plutôt que des trophées ou de la bière, le duo aux 800 succès aimerait au moins pouvoir rentrer dans leurs frais…


Des coupes et des trophées en tous genres, Fabrice Pasque et Sébastien Mahia en ont. Parfois jusqu’à l’excès. "Dans ma maison à Couillet, j’avais rangé mes coupes dans le grenier. J’en avais tellement que le plafond a commencé à lâcher", sourit Fabrice Pasque, papa de trois enfants.


Peu attaché à ce qu’il estime être des ramasse-poussières, ce grand format dans le milieu de la course (1m88 pour 86 kg) a fait le tri. "J’ai démonté toutes les coupes pour ne garder que les socles, que j’ai mis dans des mannes. Au fond de moi, j’ai l’idée de faire un mur, voire une œuvre, avec ces socles. C’est mon côté artiste, loufoque, diront certains. Quant aux coupes en elles-mêmes, je les ai portées chez le ferrailleur. Ça m’a permis de m’offrir 2-3 dossards…"

De tout, sauf de l’argent

Sébastien Mahia, enseignant en arts plastiques à l’école Jean Bosco de Chastre, a lui décoré son appartement avec ses plus belles récompenses. "Ça ne fait que quelques mois que j’ai quitté la maison de mes parents. J’ai pris tout mon bordel avec moi. (rires) J’ai hésité à jeter mes coupes. Finalement, je les ai prises pour faire la décoration, sans verser dans le kitch. Il y en a dans ma cuisine, au-dessus de certaines armoires. Mais je ne les garde pas toutes."


Car plutôt que des coupes ou encore des bières des quatre coins du pays, ils aimeraient recevoir un peu plus de soutien financier. Histoire, au moins, de rentrer dans leurs frais. "Quand je vois ce que certains footeux gagnent dans des clubs amateurs…" râle Fabrice Pasque, 31.27 comme meilleure référence sur 10 km au compteur. "Quand j’ai commencé, c’était différent. On pouvait accumuler les primes et les sponsors étaient plus accessibles. Maintenant, on ne gagne plus que de… la bière. Les 3es mi-temps, c’est sympa. Mais c’est dommage qu’on ne soutienne pas plus les sportifs qui font des sacrifices pour performer."

Même Sébastien Mahia, pourtant jamais le dernier pour en boire une, fait ce constat. "Je ne cherche pas à gagner de l’argent avec la course à pied mais j’aimerais ne plus en perdre autant. (rires) J’adore la bière, mais si on pouvait au moins permettre aux premiers classés de payer leur inscription ou leur déplacement…"


Sébastien Mahia : "Je digère un marathon comme d’autres un 5 km"

Quand on parle du nombre de courses que s’impose Sébastien Mahia certains week-ends, Fabrice Pasque ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire. Lui qui savoure chaque jour la chance qu’il a de pouvoir encore exercer sa passion malgré les kilomètres accumulés. "Mais je ne dénigre pas sa boulimie", coupe celui qui travaille depuis 3 ans dans un centre pour personnes handicapées. "Moi, si je me donne à fond sur un 15 ou 20 km, je suis cassé pendant 3 jours. Il a un métabolisme vraiment particulier et un corps qui s’est bien adapté."

Sébastien Mahia, qui rêve d’améliorer son record sur marathon établi à Paris en 2015 en 2 h 34, confirme. "La première fois que j’ai fait trois 10 km sur un week-end, j’étais encore cassé le mercredi. Aujourd’hui, courir un marathon, je le digère comme un 5 km pour d’autres…"

© JC GUILLAUME