La course à pied ne connaît pas la crise. L’engouement pour la pratique du running, dans le sens populaire du terme, ne cesse de se confirmer. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil dans les parcs envahis par les coureurs en cette première semaine ensoleillée de l’année. Besoin de liberté, de se défouler ou de performer, toutes les raisons sont bonnes pour enfiler ses baskets.

Un contexte favorable à certains acteurs sur ce marché. C’est le cas de la chaîne de magasins spécialisés Trakks. Créée en 2012, elle continue à faire des petits avec l’ouverture, le 15 mars, d’un cinquième magasin à Liège (Rocourt) avant un sixième dès le 1er juillet à Charleroi (Gosselies), après Bruxelles (Uccle et Schuman), Namur et Gand. Entretien avec son fondateur et CEO, Christophe Thomas.

Christophe Thomas, en renforçant votre offre en Wallonie, vous continuez à surfer sur la vague de la popularisation toujours plus importante de la course à pied ?

"Il y a plusieurs raisons qui expliquent ces deux ouvertures en 2021. Cela fait plusieurs années que nous souhaitions poursuivre notre expansion. Mais il fallait évidemment trouver les solutions financières ainsi que les équipes, élément indispensable dans notre stratégie basée sur les conseils et les services aux clients. Il y a aussi, c’est impossible de le nier, cette vague de la recherche du bien-être et de la santé à travers la pratique du sport. Et la crise du coronavirus a servi d’amplificateur, en rappelant à tous l’importance d’être en bonne santé tout en amenant un nouveau public, privé de son sport, vers le running. Tout ceci est bien plus qu’un simple effet de mode, il y a un vrai changement dans les mentalités."

Vous constatez cela au quotidien ?

"Il y a par exemple de plus en plus de coureurs débutants qui franchissent nos portes, en attente de conseils. J’en suis ravi car c’est avant tout pour eux qu’on existe. On peut apporter énormément à ces nouveaux coureurs qui ont tout à découvrir, là où le marathonien confirmé a souvent déjà un gros bagage derrière lui. C’est une évolution d’autant plus satisfaisante qu’on a longtemps eu une image de chaîne réservée aux spécialistes."

Quelles sont les autres grandes tendances que vous constatez ?

"Il y a deux bulles dans la bulle running. D’abord celle de l’intérêt toujours plus important pour le trail. Cela représente aujourd’hui 35 % de notre chiffre d’affaires. En tant qu’ultra-traileurs, nous sommes bien sûr très présents sur ce secteur. L’étiquette qui nous colle à la peau de spécialistes du trail, je la prends d’ailleurs avec plaisir. Mais nous sommes évidemment bien plus que ça. L’autre bulle est celle de la place, toujours plus importante, des femmes. Elles représentent aujourd’hui près de 40 % de notre clientèle. C’est énorme en comparaison avec la situation d’il y a quelques années. Quand je vois certaines femmes qui prennent conscience de l’importance de bouger et la force qu’elles mettent pour commencer à courir, je trouve ça fantastique."

C’est ce dont vous êtes le plus fier ?

"Oui, faire découvrir la course à pied à quelqu’un et recevoir en retour des remerciements pour les conseils, c’est ce qui nous fait avancer et exister. Permettre, à travers Trakks, de créer de l’emploi est évidemment aussi mon autre énorme fierté."

© GUILLAUME JC

La concurrence des plateformes en ligne ne vient pas compromettre cet emploi et ce développement ?

"Non, car nous avons les outils pour avoir une bonne lecture de ce qui se passe et être un réel acteur sur ce terrain de jeu. Si notre premier magasin est né il y a neuf ans, notre site existe depuis six ans déjà. Avec une croissance à deux chiffres chaque année et un boost colossal depuis mars dernier qui ne se dément pas. Magasins physiques et site internet se nourrissent mutuellement. Certains vont se renseigner sur notre gamme sur le site avant de venir acheter en magasin. Et inversement."

Vous serez bientôt le principal acteur belge sur ce secteur, avec une présence sur les trois régions et six magasins. Vous arrivez au bout d’un processus de croissance ?

"La demande était énorme sur Liège et Charleroi. Mais il n’est pas impossible, à l’avenir, que Trakks grandisse encore. Notre expertise doit nous permettre de nous établir sereinement dans d’autres grandes villes en Belgique. En plus de Gand, nous aurions notamment notre place en Flandre, avec une offre complémentaire à celle de Runners’Lab. Mais, au-delà de six magasins, je ne le ferai pas seul. Ce ne sera plus uniquement avec moi comme propriétaire."