On estime qu’en Europe, une personne sur deux environ désire perdre du poids. Le sport figure au premier rang des activités recommandées. Surtout la course à pied.

Mais il existe d’autres pistes et notamment celle de porter sur soi et en permanence une surcharge de quelques kilos, comme on peut le découvrir dans le Zatopek actuellement en kiosque. Cette méthode relativement efficace a été trouvée un peu par hasard par le chercheur italien Carmelo Bosco (1943-2003) de l’Université de Rome qui menait des études sur le renforcement musculaire des sportifs. En leur faisant porter en permanence une veste lestée, il voulait leur muscler les jambes et le tronc. Parallèlement, il menait aussi des expériences sur des rats en leur attachant une sorte de petits sacs à dos qui représentaient 20 % de leur poids de corps.

Après quelques semaines, il fut très surpris de constater que les rongeurs de l’expérience avaient gagné un peu de muscles, certes. Mais surtout, qu’ils avaient perdu beaucoup de poids.

Comment l’expliquer ? Était-ce lié à la seule augmentation de la dépense calorique en raison de la plus forte pesanteur ? Non ! La réponse est venue des travaux d’une autre chercheuse, Stravoula Kousteni (Université Columbia), qui mit en évidence l’importance du tissu osseux. On savait déjà que, sous l’effet de la contrainte, le squelette était capable de s’adapter. Cela explique notamment pourquoi les os des sportifs sont plus solides que ceux des personnes sédentaires.

Kousteni découvrit que les cellules osseuses étaient aussi capables d’influencer l’appétit en produisant des messagers chimiques inhibiteurs à destination du cerveau. Lorsqu’on porte pendant toute la journée un surpoids sous la forme d’une veste lestée, on stimule les cellules osseuses qui mettent alors en branle ces filières dites anorexigènes. Bref, on mange moins. Sans se priver pour autant. On a simplement moins faim que d’habitude.

La veste qui amaigrit

Petit hic : Kousteni avait mené ses expériences sur des animaux, sans certitude que cela se passe à l’identique chez les humains.

Le chercheur suédois John-Olov Jansson (Université de Göteborg) a alors décidé de faire porter des vestes lestées à un groupe de personnes obèses pendant trois semaines pour des résultats très encourageants. Voilà comment les choses se sont passées : une partie des volontaires devaient porter une charge représentant 11 % de leur poids de corps. C’est beaucoup ! Cela représentait plus de dix kilos à transbahuter. L’autre moitié des volontaires ne devaient porter que 1 % de leur poids de corps.

Après trois semaines, les résultats furent sans équivoque. Les sujets du groupe le plus lourdement lesté avaient perdu près de 1,6 kg contre 300 grammes seulement pour le groupe des vestes légères. Qui plus est, l’amaigrissement était entièrement attribué à une diminution de la masse grasse, ce qui est très important ! La plupart du temps, quand une perte de poids est aussi rapide, comme après un régime sévère, on perd autant de muscle que de graisse. Ce n’était pas le cas dans l’étude de Jansson.

Il en conclut comme Kousteni que le port de ce surpoids faisait en sorte qu’on mangeait moins et qu’on allait de ce fait puiser dans ses réserves de graisse pour compenser la baisse des apports énergétiques.

Quand il a fallu nommer cette étrange découverte, on a choisi le mot "gravitostat" qui associe "gravité" et "pondérostat" (régulation du poids).

Gare à l’excès

Faut-il pour autant en conclure que porter en permanence du lest est une bonne solution pour maigrir ? Non. Les chercheurs suédois s’abstiennent de franchir ce pas. Leurs expériences ont montré que notre squelette dispose de mécanismes adaptatifs qui lient l’appétit aux contraintes, certes, mais cela ne se fait pas sans mal. En effet, au cours de l’expérience, près de 40 % des volontaires ayant porté les vestes lourdes se sont plaints de maux articulaires ou musculaires qui sont venus s’ajouter à des douleurs déjà présentes et souvent causées par un terrain inflammatoire particulièrement propice.

En conclusion, le gravitostat est intéressant, mais à consommer avec modération !