Lorsqu’on analyse précisément l’ADN d’un être humain et celui d’un chimpanzé, on constate peu de variations. Les bases s’enchaînent les unes aux autres dans le même ordre, sauf pour 1,23 % du code.

C’est très peu et, pourtant, cela suffit pour produire un tas de différences : la forme du corps, les traits du visage, la pilosité de la peau ou la taille du cerveau. Bref, nous ne nous ressemblons pas beaucoup, les singes et nous, alors même que nous partageons l’essentiel de notre patrimoine génétique.

Comment est-ce possible ? C’est tout simplement que les gènes ne sont pas tous égaux en importance. Certains sont plus déterminants que d’autres et il suffit parfois d’une petite mutation au bon endroit pour changer complètement d’apparence.

Le temps des mutants

Le numéro de Zatopek actuellement en kiosque attire l’attention, au travers de l’un de ses articles, sur une de ces mutations tellement lourdes de conséquences. Elle concerne le gène CMAH qui code pour la fabrication d’acide sialique, une molécule très précieuse qui se trouve en périphérie de nos cellules et sert de point d’ancrage pour interagir avec l’environnement.

L’article de Zatopek, intitulé "Comment nous sommes devenus coureurs" et à la lecture duquel on ne se regarde plus dans la glace tout à fait de la même manière, va plus loin dans le détail. Contentons-nous ici de dire que la mutation de ce gène CMAH, survenue il y a 2,5 millions d’années, a doté l’espèce humaine de caractéristiques tout à fait uniques dans le règne animal. Elle aurait effectivement permis le développement de notre capacité respiratoire et une meilleure irrigation des muscles.

Grâce à elle, nous serions donc devenus de meilleurs athlètes, capables de courir sur de longues distances, ce dont sont incapables les autres grands singes.

La découverte du professeur Varki

Pour le chercheur Ajit Varki, de l’Université de Californie, cette mutation n’aurait pas seulement affecté notre aptitude à la course. Elle aurait aussi été l’élément clé dans l’avènement d’Homo Sapiens et aurait transformé notre manière de manger, de vivre et même de réfléchir. Le gène CMAH aurait ainsi favorisé l’augmentation de la taille de notre cerveau grâce à une croissance plus longue que chez les singes.

Cela dit, cette mutation si précieuse possède aussi un côté sombre. Le professeur Varki la soupçonne d’être à l’origine d’autres évolutions moins louables, comme la diminution de notre acuité auditive, la baisse de fertilité ou notre propension à faire des pathologies comme le cancer ou le diabète alors que les autres animaux sont le plus souvent épargnés.