La science et l’aventure : les chercheurs de l’ULB, l’ULg et l’Observatoire royal de Belgique derrière Nanok Expedition

Un triathlon au Groenland ? C’est le défi de Gilles et Nathan, deux aventuriers belges. Les deux amis avaient à cœur d’apporter une dimension scientifique aux projets et ainsi contribuer à la recherche sur le climat. L’ULB, l’ULg et l’Observatoire royal de Belgique rejoignent l’aventure.

Alexandre Buslain

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Gilles et Nathan, deux Belges, débutent aujourd’hui leur expédition hors du commun. Ils se sont lancés le défi fou de réaliser un triathlon au Groenland combinant expédition polaire, kayak de mer et escalade sur une durée de 5 mois, en autonomie totale.

Dans le cadre de ce projet hors norme, les deux aventuriers avaient à cœur d'ajouter une dimension scientifique. C'est ainsi qu'ils ont débuté une collaboration avec l'ULB, l'ULg et l'Observatoire royal de Belgique, et plus particulièrement avec les chercheurs Nadine Mattielli (ULB), Sibylle Boxho (ULB), Steeve Bonneville (ULB), Pascale Defraigne (ORB), Bruno Bertrand (ORB), Nicolas Bergeot (ORB) et Xavier Fettweis (ULg). Une équipe de professionnels du milieu réunie pour la protection de notre planète.

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©Nanok Expedition


« Le projet Nanok est quelque chose qui donne du sens à ce qu'on fait. On utilise nos compétences du domaine public pour de la recherche. On utiliser notre expertise dans des domaines originaux pour apporter quelque chose d'inédit. » déclare Bruno Bertrand, responsable du bureau de l'heure à l'Observatoire royal de Belgique.

« Il est clair qu'on va vers une fonte de la calotte du Groenland. Mais si le modèle surestime ou sous-estime l'accumulation de la neige, ça pourrait fortement impacter la hausse du niveau des mers. On a évidemment besoin de données de validation pour valider le modèle. Ça c'est l'intérêt scientifique que je vois dans l'expédition Nanok. » développe Xavier Fettweis.

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« Je pense que Nathan et Gilles cherchaient à avoir un volet scientifique pour leur expédition. Je trouve que c'est vraiment quelque chose qui nous manque, d'avoir des gens qui s'impliquent dans la science. Nanok est un super projet parce que mené par deux explorateurs pleins de dynamisme, et c'est vraiment un chouette projet à la fois sportif mais aussi scientifique. La synergie est vraiment très intéressante parce qu'ils permettent d'atteindre des régions très difficiles d'accès, qui sont préservées et donc pour lesquelles il ne faut pas arriver à 30 sur le terrain. Il faut vraiment bien les protéger. » déclarent Nadine Mattielli et Steeve Bonneville.

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Quel est l’intérêt d’une expédition comme le projet Nanok ?

« Dans le Groenland, on s'est aperçu qu'il y avait une zone très sombre au niveau des imageries satellitaires. On a vu qu'elle avait tendance à s'étendre. Et on a vu qu'un des processus qui fait que cette zone devienne de plus en plus sombre, et bien c'est les croissances algaires. En fait, quand on a une tache sombre sur de la glace, ça la fait fondre en accéléré. Cette tâche est vraiment énorme. C'est une zone qui fait à peu près 400km sur une centaine de kilomètres de large. Voilà, on est à peu près sur la même taille que la Belgique. Ce qui nous intéresse dans le cadre de Nanok, c'est de comprendre un peu mieux les processus qui gouvernent cette tâche sombre, et voir un peu l'influence des poussières, des dépositions atmosphériques. En fait, ces poussières sont ce qui amène le fuel de ces algues et gouverne leur croissance. Comprendre les processus par lesquels la déposition influence la croissance des algues, ça nous donne de meilleurs moyens pour prédire l'évolution de cette zone. » développe Steeve Bonneville.

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« On a besoin de mesure au sol. Les explorateurs sont sur le terrain, ils peuvent faire des prélèvements d'échantillons. Donc on a besoin d'aventuriers. Et nous en fait, si on veut monter ce genre d'expédition, ça prend énormément de temps. Alors que là, on peut avoir des résultats assez rapidement. Evidemment, ils ont un grand rôle à jouer parce que ce sont les seuls qui ont l'audace, l'énergie, et la possibilité d'aller mettre des instruments de mesure dans des milieux assez difficiles. Ils vont faire parler d'eux et par là, amener aussi la recherche scientifique au grand public qui sera peut-être plus attiré par le côté aventure, mais qui entendra par la même occasion le côté science qui est derrière et pourra par-là s'éveiller plus à la science. » expliquent les chercheurs de l'Observatoire royal de Belgique.

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« Les seules mesures que nous avons au niveau du Groenland, ça se limite à des données satellites qui sont sensibles aux nuages et ainsi de suite, ou alors une trentaine de stations météos répartis sur une superficie qui fait 4 à 5 fois la France, donc évidemment, ce n'est pas une trentaine de stations météos qui vont représenter le climat là-bas. Et donc les aventuriers vont aller dans des zones où la plupart du temps, il n'y a encore personne qui est allé. On a évidemment besoin de données de validation pour valider le modèle. Ça c'est l'intérêt scientifique que je vois dans l'expédition Nanok. » développe Xavier Fettweis.

« En utilisant les outils qu'on a mis au point, on va pouvoir comprendre les processus de dépositions de poussières. Et les processus de dépositions de poussières nous donnent une idée de la paléo-circulation atmosphérique. Quand on revoit des grands changements climatiques, en fait, l'étude des poussières nous donne une idée de la position des vents, et à partir de là, de comment le climat a réagi à des variations climatiques brutales. » continue Steeve Bonneville.

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Qu’allez-vous réaliser dans le cadre de cette collaboration ?

« C'est pour nous l'occasion de faire de la science un petit peu autrement, d'avoir des mesures vraiment de terrain qui nous sont offertes sur un plateau d'argent. Alors sur place, on va utiliser notre expertise en matière de système GPS, Galileo, … pour des déformations du sol. Il faut savoir que les seules mesures qu'on a pour la topographie du sol dans ces régions-là sont des mesures de satellites. Donc ici, on va avoir des mesures du terrain et donc on va pouvoir comparer cela avec les modèles qui sont faits à partir des satellites, et contraindre ces modèles à ce moment-là puisqu'on a des vraies mesures faites sur le sol. A partir du moment où on peut contraindre des modèles de satellites avec des mesures faites sur le sol, après, pour les futures données satellites, on pourra utiliser les contraintes qu'on a données. Et donc, les variations du niveau des glaces par exemple dans ces régions polaires, on va pouvoir les améliorer grâce aux observations faites sur le sol. » expliques les 3 chercheurs.

« Ce que vont faire Nathan et Gilles c'est prélever des échantillons de neige qui s'est accumulée pendant l'année. Et puis on va récupérer ces échantillons et analyser ces particules, et la chimie de ces particules. En fait, on peut faire tourner des algorithmes qui nous permettent de déterminer la source de ces particules. Est-ce que ça vient d'Europe, d'Amérique du Nord ou de plus loin ? Par exemple, on sait qu'une partie des poussières au Groenland peuvent venir du désert du nord de la Chine et parfois aussi du Sahara. » explique Steeve Bonneville

« Cette neige échantillonnée, on va la faire fondre tout doucement. Ça va nous permettre de faire passer cette neige fondue sur un filtre et c'est sur ce filtre qu'on va récolter nos poussières. Et alors, l'autre analyse qu'on va aussi effectuer sur ces filtres, c'est d'analyser les concentrations en phosphores. Le phosphore étant un élément qui nourrit les possibles algues ou bactéries ou autres organismes au Groenland. Et notre but est de savoir s'il y a déjà des nutriments et si ça vient par les poussières. » développe Sibylle Boxho.

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Un fort intérêt éolien au Sud du Groenland :

« Au sud du Groenland, le vent synoptique moyen (issu des dépressions et des anticyclones) soufflent dans la même direction que le vent katabatique qui est un vent local descendant des calottes polaires à cause du poids de l'air froid à la surface des calottes qui est plus lourd que l'air environnant. La conjonction de ces 2 vents soufflant en moyenne dans la même direction permet d'avoir des rendements éoliens jamais égalés en Europe. De plus, le vent au Sud du Groenland et anticorrelé avec celui en Europe ç-à-d s'il n'y a pas de vent en Europe, le vent au Sud du Groenland souffle à son maximum. Connecter ces sources inépuisables d'énergie renouvelable à l'Europe permettrait de contrecarrer le côté "intermittent" de la production des éoliennes en Europe. » explique Xavier Fettweis.

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©Nanok Expedition

Les aventuriers de Nanok Expedition vont également vous assister dans ce cadre ?

« Et du coup, pour valider notre modèle parce que, de nouveau, il y a aucune observation sur le terrain, il n'y a pas de villages ni de stations météo là-bas, il n'y a rien du tout. On est allé installer quelques stations météos dans cette région-là. Le problème c'est qu'il y a tellement de vent que nos stations météos sont tombées par terre, les panneaux solaires se sont fait emporter et ainsi de suite. Et du coup, on doit maintenant envoyer régulièrement des gens pour les remettre en route, et évidemment, comme ici vous allez passer par là dans le cadre de l'expédition, ce sera l'occasion d'aller voir si nos stations météos sont toujours bien en route. » développe le climatologue Belge.

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Un mot pour finir ?

« Aujourd'hui on se rend compte qu'il y a de plus en plus de décalage entre ce que le public entend par géologie et ce qu'on enseigne réellement ou ce qu'on y fait réellement. Je crains que jusqu'à ce jour, il y ait vraiment un parallélisme qui se fait entre la géologie, et le fait que ça sert uniquement à exploiter des mines, à rechercher du pétrole. Mais ce que l'on fait réellement, en sciences de la Terre, en géologie, on est là pour étudier et comprendre les processus de la Terre. Et c'est fondamental pour la protéger. Et ce projet-ci est vraiment une très bonne vitrine pour que cet aspect plus négatif justement de la géologie soit un peu mis sur le côté, et qu'on comprenne aussi que cette géologie est vraiment importante et que les jeunes ont vraiment toutes les compétences pour pouvoir étudier dans ce domaine-là et enrichir vraiment leur capacité à s'approprier, de manière plus durable, l'environnement. » conclut Nadine Mattielli.

« Le point que j'ai envie de mettre en avant c'est que, évidemment on est super ravi de collaborer avec des gens qui vont sur le terrain même en milieu difficile, mais que malheureusement, la science aujourd'hui ne nous donne même pas les moyens de mener à bien ce genre de mission. » développe Pascale Defraigne.

« Ce qui me dérange un peu dans la recherche actuellement c'est ce que j'appelle la contractualisation de la science. C'est-à-dire que tout devient des projets de recherche sous contrats. On doit écrire un projet, cela nous prend quelques mois, et on doit dire ce qu'on va faire pendant les 4-5 prochaines années. Donc cela veut dire qu'on sait déjà ce qu'on veut avoir comme résultat final. Donc pour moi, ce n'est pas de la recherche ça ! Le projet Nanok est vraiment un endroit où on peut s'exprimer au niveau de la recherche. » explique Nicolas Bergeot.

« Dans le cadre de l'intercomparaison internationale de modèle simulant les conditions de surface au Groenland (https://tc.copernicus.org/articles/14/3935/2020/), il a été mis en évidence une grande incertitude à propos de la quantité des chutes de neige qui tombent au Sud-Est du Groenland où il n'y a quasi aucune observation. Cette collaboration avec Nanok Expedition permettrai d'en savoir un peu plus sur cette région où la calotte accumule de la masse chaque année. En ce qui concerne mes recherches, j'étudie principalement les variations récentes des changements de masse en surface au Groenland et comment les récents changements de circulations atmosphériques en été ont impacté ces changements. Je fais aussi des projections futures pour les rapports du GIEC. » conclut le Professeur Fettweis.

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©Nanok Expedition

Nanok Expedition ?

De nombreuses démarches scientifiques ont été lancées afin d’apporter une dimension d’utilité publique au projet, et surtout, apporter l’expérience du terrain tant nécessaire aux scientifiques.

Pour ceux qui n’ont pas encore entendu parler de ce projet atypique, Nanok Expedition est un exploit sportif prenant vie au Groenland. Un triathlon atypique et unique en son genre combinant successivement une traversée de

· 600 km à ski le long du Cercle Polaire Arctique

· 1000 km en kayak de mer

· 1 km vertical d’escalade pour l’ouverture d’une voie ‘big wall’ en terrain d’aventure.

Un projet ambitieux, innovant et passionnant. Vous désirez vous aussi participer d'une manière ou d'une autre à l'expédition ? Particulier, Entreprise, Expert aventurier ou tout simplement curieux, c'est possible ! Rendez-vous sur leur site pour plus d'informations : https://www.nanokexpedition.be/

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©Sylvain Crasset


Le projet Nanok est accompagné par l'agence Clyde and Bonnie et par le photographe Sylvain Crasset

Clyde and Bonnie, alias Nicolas Hubin et Charlotte Creplet, accompagnent des entrepreneurs depuis plus de 10 ans dans le développement de leur projet. Le projet Nanok était un défi de plus que Clyde et Bonnie voulait relever.

Site: https://clydeandbonnie.be/

Instagram : @clyde.and.bonnie_adventure

Passionné de photos et d'aventures depuis toujours, Sylvain était le photographe reporter parfait pour immortaliser les précieux instants de ce projet hors normes.

Instagram : @sylvain_crsst

Sponsors du projet

  • @solvaygroup
  • @bluewatershipping
  • @marmot_mountain_europe
  • @lecomte.alpirando
  • @freeride_by_dhlessports
  • @kokatatusa
  • @lepivits
  • @clubalpinbelge

Partenaires logistiques

  • @greenlandnet
  • @alfasko
  • @_domainew
  • @garmin_belux
  • @Gopro
  • @hny.water.

Partenaires scientifiques

  • ULB
  • ULg
  • Observatoire Royal de Belgique
  • Geological Survey of Denmark and Greenland.

Films et communication

  • @sioux.productions
  • @clyde.and.bonnie_adventure
  • @alexbuslain
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