Considéré comme le meilleur joueur de tous les temps, Waldner défie la Villette ce soir avec Fulda

CHARLEROI La silhouette est un peu plus rebondie. La vitesse de jambes et le tranchant du coup droit un rien moins impressionnant, mais la technique, elle, est demeurée intacte.

En accueillant ce soir (20h au Spiroudome ) Fulda Maberzell pour le compte de la cinquième journée du groupe B de cette Ligue des Champions, c’est un monument que la Villette s’apprête à recevoir, LA légende du tennis de table. Aujourd’hui retraité du circuit international, Jan-Ove Waldner (45 ans) poursuit sa carrière en club, pour le plaisir de pratiquer une discipline pour laquelle il est né.

E. T., le martien, l’extraterrestre, le Mozart du tennis de table, les surnoms dont les suiveurs ont longtemps affublé Jan-Ove Waldner laissent rapidement deviner que le Suédois a, durant plus d’une décennie, habité une autre planète que celle sur laquelle vivaient ses adversaires et rivaux de l’époque.

“Il est certes très difficile de comparer les époques, mais je pense que l’on peut dire sans trop se tromper qu’il est le meilleur joueur de tous les temps”, juge, après réflexion, Patrick Chila, le coach français du club de Levallois (avec lequel il a défié Fulda cette année) consultant de Be TV et d’Eurosport. “J’estime que son niveau technique n’a jamais été égalé tant son toucher de balle était merveilleux. Mais, selon moi, son grand mérite est également d’avoir décomplexé toute une génération de joueurs européens jusqu’alors soumis à la domination de la Chine et de l’Asie.”

Parmi ceux-ci figurent, bien évidemment, Jean-Michel Saive. “Sa main n’avait pas d’égale”, juge le joueur de la Villette. “Il avait l’art de sortir un coup venu d’ail-leurs au moment où son adversaire s’en méfiait le moins grâce à un génie et une vision du jeu hors du commun. On ne devient pas vice-champion d’Europe à 16 ans (NdlR : c’était en 1982) sans être un surdoué...” (rires)

Si sa palette de coups était d’une incroyable richesse, c’est assurément le service de Waldner qui a le plus marqué tant Chila que Saive.

“C’est bien simple, si vous étiez dans un mauvais jour et que vous ne parveniez pas à lire ses mises en jeu, la sanction était immédiate”, juge le Belge. “Sa longévité est un autre point remarquable. Il a gagné son premier Top 12 en 1984 et se classait encore 4e aux JO 2004. J’admirais beaucoup son jeu tout en sachant que nos deux manières de fonctionner étaient totalement antagonistes : lui s’appuyait sur son talent quand moi je faisais avec ma rage.”

Parfois décrié pour une certaine forme d’indolence, Waldner était pourtant bien loin de cette image qu’il se plaisait à entretenir. “Pour l’avoir côtoyé en stage, je vous garantis que c’était un vrai bosseur”, précise Chila. “C’est tout de fois un personnage atypique mêlant deux termes contradictoires : charisme et timidité.”



© La Dernière Heure 2010