Toni Turi, directeur général de la Raal, est le deuxième invité de notre série "Mes solutions pour le foot amateur"

A l'arrêt depuis la mi-mars, le football amateur voit tout doucement la lumière au bout du tunnel. Un plan de déconfinement concret est en cours avec la perspective d'une reprise des entraînements dans des conditions presque normales dans le courant du mois de juillet. Avant le retour des championnats prévus le week-end des 5 et 6 septembre.

Les défis qui attendent le foot amateur n'en restent pas moins nombreux. Outre la crise sanitaire, le foot dans nos régions doit se réinventer pour continuer à vivre sur le plan financier et à séduire sur le plan populaire.

En compagnie de dirigeants de clubs, nous passons en revue tout au long de ce mois de juin les défis qui attendent nos clubs et les idées de ceux-ci pour les relever au mieux dans une série intitulée "Mes solutions pour le foot amateur".

Toni Turi, directeur général de la Raal qui compte à nouveau jouer un rôle en vue en D2 amateurs, est notre deuxième invité.

© Dumont

L’axe économique : "Il ne faut pas faire de folies pour un joueur"

"Je penche pour un maximum d’organisation dans les clubs. Ceux-ci ne doivent pas vivre au-dessus de leurs moyens. Nous restons dans le football amateurs. Parfois, les salaires demandés sont véritablement excessifs et, de ce fait-là, les clubs se mettent alors une grosse pression difficile à soutenir. Les dirigeants ne méritent absolument pas ça. Il ne faut pas faire de folies pour un joueur. Nous, nous tendons vers le foot plus professionnel. Mais les "petits" clubs sont aussi nécessaires. Ils sont cependant parfois mis à mal par une concurrence déloyale au niveau des joueurs. Il est aberrant de voir un joueur gagner 700-800€ par mois en provinciales. Cela instaure une pression malsaine, qui induit une absence d’investissement dans les infrastructures. 

Chez nous, concernant les salaires, nous avons instauré des plafonds au sein de différentes catégories au sein desquelles les joueurs sont intégrés en fonction de certains critères. Et nous n’y dérogeons pas. Même si nous avons reçu un subside régional pour notre site, nous investissons majoritairement sur fonds propres. C’est primordial pour la survie d’un club de ne pas compter que sur une seule personne pour insuffler de l’argent. Nous, on veut que le club s’auto-gère, s’auto-finance. On veut que dans 30 ans, 100 ans, il soit encore là.

Du point de vue des cotisations, nous n’envisageons pas de diminution mais nous pouvons accorder, le cas échéant, une facilité de paiement. De façon générale, les parents ne nous ont pas interpellés sur cette question car ils voient clairement où va l’argent. 

Le changement de statut des bénévoles est aussi une déception parce que c’était une bonne chose selon moi pour les coups de mains qu’on pouvait recevoir pour la buvette ou autre. Ca va pousser les gens à se mettre hors la loi. Depuis trois ans, on est en perte et on espérait, via notre plan financier, être en équilibre ou légère perte pour la saison qui arrive mais, en raison de la crise, ce ne sera pas le cas."

L’axe sportif : "Adapter le tarif des entrées"

"Pour rendre plus attractif le foot amateur et attirer plus de monde, il faut que les spectateurs puissent s’identifier à un club. Et ça passe par des joueurs locaux. Evidemment à partir d’un certain niveau, c’est plus compliqué. La concurrence avec les heures de matches du foot pro peut aussi influencer l’assistance. Mais surtout la tarification des entrées est peut-être à revoir par moments. Nous avons de notre côté fixé le prix à 8€ pour un grand stade alors que parfois, les clubs demandent 12€ pour mettre les supporters dans un pourtour non couvert… Il ne faut pas s’étonner s’il n’y a plus personne qui vient alors que pour 15€, vous pouvez déjà aller voir un match à Lille ! Pour nos abonnements, nous réfléchissons à une politique qui serait plus en adéquation avec la situation actuelle. On est tout à fait conscient des difficultés rencontrées à cause de la crise sanitaire.

Pour l’aspect purement sportif, on a scindé le foot amateur et le foot pro avec des critères professionnels minimum à satisfaire pour les amateurs. Pour certains clubs, ce n’est pas possible. Limitons donc cela aux clubs qui s’en sentent capable. Quand on voit que deux clubs de D2 amateurs seulement avaient fait la demande d’une licence pour la D1 amateurs… Cela peut fausser l’intérêt d’un match en raison de l’absence d’ambition ou de volonté d’aller plus haut d’un club. Reste que le principe des licences est une bonne chose. Cela permet un minimum de sérieux dans la gestion, notamment au niveau des infrastructures."

L’axe sanitaire : "Distribuer des masques aux bénévoles"

"En tant que club, on suit évidemment attentivement toutes les recommandations à chaque nouveau Conseil national de sécurité. On a de ce fait commandé environ 300 masques à l’effigie du club. Certains seront vendus mais nous en distribuerons à nos bénévoles. Ils seront portés quand la distanciation physique ne sera pas possible. On va aussi installer de nombreux gels hydroalcooliques et on insistera sur le lavage des mains. On va d’ailleurs multiplier les messages dans ce sens au complexe. Tout doit se faire dans le bon sens évidemment. Déjà actuellement, le site de Saint-Julien à Bracquegnies a été organisé avec un fléchage, une seule entrée et une seule sortie. Pendant les sessions de l’académie en place depuis quelques semaines, les parents ne peuvent pas rentrer et accompagner les enfants. Toutes ces mesures seront appliquées tant que cela sera nécessaire. Pour la buvette, nous sommes toujours en réflexion pour mettre en place un plan pratique. La Ville est déjà venue voir et a été satisfaite de ce que nous avions mis en place."