Centre Soner Yurdakul évoque sa nouvelle vie, loin du ballon rond.

Soner Yurdakul a accepté de répondre au traditionnel "Allô, tu fais quoi". Une page qui va sans doute raviver l’ire de certains supporters de l’Olympic. Pourtant, dans l’aventure, l’homme a simplement assumé son rôle auprès de son groupe. Il a sans doute commis des erreurs. Mais il a aussi et surtout concentré la colère de tous. Pourtant, il a tout de même décroché le tour final avec les Dogues. Il a également fait partie de la belle époque avec Tibor Balog. Entretien avec un philosophe du football.

Soner Yurdakul, que faites-vous de vos journées ?

"Le football a été placé entre parenthèses, si c’est votre question. Je relâche un peu la pression. Je m’occupe de mes enfants, de ma famille. Je prends également du temps pour moi. J’ai même repris la course à pied. Je n’ai plus assisté à une seule rencontre, depuis la fin de la défunte saison."

Vos enfants jouent-ils au football ?

"Non. Le plus grand n’aime pas cela et il n’est pas doué pour le ballon rond. Le second aime bien. Mais il est encore jeune. Je le laisse grandir. Par contre, j’ai voulu leur donner de bonnes bases physiques. Ils font de l’athlétisme. Je prends du plaisir à les suivre. Quand je les dépose, j’en profite pour courir durant 45 minutes, avant d’assister à la fin de leur entraînement."

Quand on est dans le football depuis plus de 35 ans, non-stop, cela doit laisser un grand vide…

"C’est ce que tout le monde me disait. Mais, moi, cela me fait du bien. Depuis l’âge de 6 ans, je joue au football. J’ai mené une belle carrière jusqu’à mes 34 ans, au moment de débuter mon rôle d’entraîneur. J’ai enchaîné, tout en passant mes diplômes. Je n’ai jamais arrêté. C’est un travail à temps plein. Quand tu rentres chez toi, tu penses encore au football. Tu te mets à la place de tes joueurs. Tu réfléchis à des solutions. Tu dialogues. Cela n’arrête jamais."

Cette coupure est donc bénéfique ?

"Je ne pense plus au football. Je me concentre sur d’autres choses. Je ne sais même pas si je vais reprendre un jour. Pour l’instant, ce n’est pas une question que je me pose."

Des clubs vous ont-ils contacté ?

"Au terme de la saison dernière, j’ai reçu quelques propositions, en P1, notamment. Mais j’ai été franc. Je ne voulais pas m’engager dans un projet, sans être à 100 %. La saison dernière fut éprouvante. J’ai également reçu une offre, il n’y a pas longtemps, à un très bon niveau. Mais j’allais m’embarquer dans une nouvelle aventure comme celle de l’Olympic. Je n’ai plus envie de jouer les pompiers de service."

Vous regrettez cette dernière saison ?

"C’était celle de trop. Je sortais d’un bon exercice, malgré un petit noyau. On avait trouvé le moyen d’accrocher le tour final. Je n’aurais pas dû rester à l’Olympic. J’en avais parlé avec le président, à l’époque."

Le défaut de Soner

 Soner Yurdakul a conservé de bonnes relations, avec son ancien groupe. “J’ai régulièrement Nicolas Meo au téléphone”, explique l’intéressé. “On se donne des nouvelles. J’ai la même relation avec Kaminiaris ou encore Diakhaby. C’est agréable de les voir évoluer.”

Mais de son propre aveu, l’homme précise : “Je ne suis pas du genre à décrocher mon téléphone pour contacter les gens. C’est dans ma nature. C’est la même chose avec ma famille. Cela ne veut pas dire que ces personnes ne sont pas dans mon cœur ou dans ma tête. Mais c’est mon défaut.”

“JE ME SUIS FAIT HUER, APRÈS DEUX MATCHS…”

L’expérience n’a pas toujours été simple pour Soner Yurdakul. Il est important de l’écrire, car cela fait partie du contexte. Soner Yurdakul a catalysé la haine de nombreux supporters la saison dernière. Sur les réseaux sociaux, aux abords du stade, l’homme était pratiquement détesté de tous.

Le football n’est pas un monde de Bisounours. Mais le contexte fut plutôt difficile pour faire évoluer un groupe. Malgré tout, l’homme ne joue pas les Calimero. “Cela fait partie du rôle de l’entraîneur d’être soumis à la critique”, explique l’intéressé. “Je n’ai pas de souci avec cela. Par contre, avec l’Olympic, alors qu’on réalisait un bon match face à Walhain, j’ai entendu des ; ‘Soner, démission’. À 1-1, au cours de la deuxième rencontre de championnat, c’est un peu dur à encaisser…”

Soner Yurdakul a parfois perdu son sang-froid, alors qu’il est plutôt un homme correct dans la vie. “Heureusement pour moi, je ne suis pas sur les réseaux sociaux. Pour moi, c’est un outil de lâche. Quand tu as quelque chose à dire à quelqu’un, tu dois aller le trouver. Il faut de la discussion dans la vie. Moi, je ne suis pas pour les conflits. J’aime chercher des solutions.”

Malgré tout, l’ancien joueur de Couillet garde un œil bienveillant sur l’Olympic. “Je souhaite au club de réussir. Il y a des gens qui s’investissent corps et âme dans ce projet. Ils méritent d’avoir un retour positif. Je suis les résultats. Je suis content quand les Dogues gagnent. C’est bien pour la région, pour les joueurs et les supporters. Tout le monde n’est pas mauvais dans le football. Il faut aussi parfois se tromper, avant de réussir. Je prends l’exemple du Sporting de Charleroi. Le club a connu l’enfer avec la descente en D2, aujourd’hui, il joue régulièrement les premiers rôles.”