Brixhe, Danesi, Qerimi, Vancosen : les quatre fantastiques francophones des Red Wolves au Mondial

Repris dans la sélection belge pour le Mondial de handball, les quatre Liégeois participent au tournoi historique de la Belgique.

Patrice Sintzen
Nathalie Dumont

Les Red Wolves réalisent un super Mondial en Suède pour leur toute participation et peuvent en partie remercier les Liégeois. Au total, le sélectionneur a repris sept joueurs originaires de la province dont quatre sont francophones : Pierre Brixhe (24 ans), Sébastien Danesi (22 ans), Arber Qerimi (32 ans) et Yves Vancosen (31 ans). Les trois autres Liégeois sont germanophones (Kedziora, Kötters, Braun) car c’est l’une des particularités de l’équipe : toutes les composantes linguistiques sont représentées.

Le programme du deuxième tour du Mondial

On dresse le portrait des quatre francophones de l'équipe.

Vancosen – Danesi : Equipiers de 5 heures à 22 heures

Yves Vancosen et Sébastien Danesi sont collègues la journée et équipiers en soirée avec le HC Visé et les Red Wolves.
Yves Vancosen et Sébastien Danesi sont collègues la journée et équipiers en soirée avec le HC Visé et les Red Wolves. ©Patrice Sintzen

Yves Vancosen et Sébastien Danesi travaillent ensemble et ont dû prendre congé en même temps pour pouvoir aller au Mondial.

Éléments importants du staff de la Belgique au Mondial de handball, Yves Vancosen et Sébastien Danesi se côtoient tous les jours en dehors de leur passion. En Suède où ils sont basés pour le tournoi, ils ont l’occasion de ne se focaliser que sur le handball. Une première pour eux qui travaillent ensemble dans la vie de tous les jours.

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Yves et Sébastien sont, en effet, collègues pour l’entreprise CET Power, une multinationale basée à Wandre, entre Liège et… Visé. Elle fabrique et installe des composants électriques pour le monde de l’entreprise. Sébastien a rejoint Yves dans cette société depuis quelques semaines. Et depuis quelques semaines, le demi-centre et le pivot visétois font aussi équipe dans la vie professionnelle. Chaque jour, ils se côtoient pratiquement non-stop de 5 heures du matin à 22 heures. “Je passe plus de temps avec Séba qu’avec ma femme et mon fils”, rigole Vancosen.

Pour être prêts à jouer avec la Belgique au Mondial, ils ont mis les bouchées doubles depuis des semaines.

Car c’est ça la vie de Red Wolf : des journées à rallonge pour pouvoir combiner le plaisir du jeu à sept et un salaire qui permette de vivre décemment. Sans parler de la vie de famille. Yves Vancosen en sait quelque chose puisqu’il a maintenant un fils et une compagne qui vient de reprendre du service au Fémina Visé. “Organiser nos journées et nos soirées, c’est un sacré casse-tête”, dit-il. “Ça fait des semaines que je repousse toutes les invitations à février.”

Chaque jour, le réveil sonne à 4h05 (3h50 pour Danesi, qui habite Sprimont). Moins d’une heure plus tard, la camionnette démarre vers le chantier, qui peut être partout en Belgique. À 14h30, ils repartent vers Liège. Le temps de décharger et de rentrer chez eux, il est entre 16h et 16h30. Et quatre fois par semaine, il y a entraînement de handball. “Le mardi soir, on s’entraîne tard : il est minuit quand on rentre. Avant, je faisais parfois des siestes mais maintenant, il faut aller chercher le petit à la crèche”, dit Vancosen.

"Yves, il est au boulot comme sur le terrain: un vrai capitaine et le meilleur dans son domaine."

- Danesi

Heureusement, au niveau de l’organisation de son travail, le capitaine visétois est assez autonome et le patron est compréhensif. “Il aime le sport. Il a été sponsor du HC Visé et il soutient des joueurs de tennis ainsi que des pilotes automobiles. Il ne m’a jamais empêché de prendre des jours de congé (parfois sans solde, comme pour l’équipe nationale) pour le handball. En même temps, j’essaye d’être cool au niveau des horaires et je suis très rarement malade.”

Ça fait dix ans que Vancosen travaille pour la même firme. D’abord comme câbleur puis comme installateur. Désormais, il est chef d’équipe. “S’il est très apprécié, c’est parce qu’il est au boulot comme sur le terrain : un vrai capitaine et le meilleur dans son domaine”, dit Sébastien Danesi, qui avait déjà fait un remplacement chez CET Power avant le covid et vient d’être engagé sur proposition de Vancosen. “Travailler avec lui, c’est un luxe. Comme c’est un boulot assez physique par moments, il me donne des conseils sur la façon de bien gérer la journée et les temps de repos pour rester performant sur le terrain car mon objectif reste de devenir le meilleur au handball.”

Qerimi, le retour au bon moment

Arber Qerimi est l'un des cadres des Red Wolves.
Arber Qerimi est l'un des cadres des Red Wolves. ©Jure Erzen / kolektiffimages/IHF

S’il n’est plus capitaine, un brassard qu’il laisse volontiers à Tom Robyns, Arber Qerimi reste l’un des éléments les plus expérimentés de la sélection. Sa montée au jeu apporte souvent quelque chose à l’animation belge et il a aussi participé à la toute première victoire de la Belgique pour le Mondial. Un résultat historique auquel il rêvait depuis ses débuts en équipe nationale il y a plus de 10 ans.

”Clairement, c’était un rêve à l’époque qui nous poussait à aller plus loin”, répond le demi-centre. Le numéro 34 de la meute a pourtant déjà connu les grands rendez-vous comme les grandes soirées de Ligue des Champions contre le PSG notamment. “Participer à un grand tournoi pour nous, c’était l’objectif ultime. Mais d’un autre côté, c’est aussi une récompense car tout le monde de ma génération, ou presque, est parti à l’étranger, est devenu professionnel à un moment donné. Ça a donc augmenté le niveau. Et aujourd’hui, c’est une récompense pour tous ceux qui prennent des congés pour ça.”

À un moment, Arber avait pourtant pris ses distances avec le groupe pour revenir il y a quelques mois. Au bon moment. “Je n’avais pas forcément peur de ne pas pouvoir vivre un tel truc”, souffle-t-il. “Car en principe, on avait toutefois plus de chances de ne pas y arriver.”

Si les chances belges de jouer les quarts se sont envolées après la défaite contre l’Egypte, les Belges entendent bien continuer à suivre le processus d’apprentissage avec les matchs qui restent. “On peut toujours s’améliorer”, affirme-t-il. “Retourner à l’étranger ? On verra de quoi l’avenir sera fait. Je ne ferme jamais aucune porte mais l’essentiel est d’abord d’être à son niveau pour le reste du tournoi.”

Brixhe, le petit nouveau

Pierre Brixhe a découvert la sélection des Red Wolves il y a un an. Il dispute désormais le Mondial.
Pierre Brixhe a découvert la sélection des Red Wolves il y a un an. Il dispute désormais le Mondial. ©Jure Erzen / kolektiffimages

À 24 ans, Pierre Brixhe est un des plus petits du noyau mais aussi un des “moins expérimentés”. Il y a un an, le joueur de Visé était appelé par Yérime Sylla pour la première fois et tout s’est emballé. “Au départ, je ne pensais pas être repris pour le Mondial. Je ne devais rester seulement qu’une semaine”, sourit-il. Il espère que cette première participation ne sera pas la seule de sa carrière. “Pour moi, c’est une chance incroyable. Je ne m’attendais pas à ça. Rejouer de gros matchs comme ça, devant des milliers de personnes, je signe tout de suite.”

Depuis, il prend de la bouteille et s’est amusé à scorer dans ce Mondial. S’il n’a pas joué contre l’Egypte, il devrait rapidement retrouver place sur la feuille de match. “Grâce aux Wolves, j’ai pu gagner en maturité et en expérience.”

Cette expérience d’un tel niveau, Pierre Brixhe la mettra au service de Visé en Beneleague, une fois de retour au pays. L’idée d’une aventure à l’étranger pourrait lui plaire. “Le Mondial est en tout cas une belle vitrine. Une belle performance pourrait aider.”

Belgium's pivot Yves Vancosen vies during the Men's IHF World Handball Championship Group H match between Denmark and Belgium in Malmoe, Sweden on January 13, 2023. (Photo by Andreas HILLERGREN / TT NEWS AGENCY / AFP) / Sweden OUT
Yves Vancosen contre le Danemark.

Le professionnalisme, une notion très relative

Aucun des quatre n’est professionnel à 100 %. Yves, Sébastien et Arber (recrutement dans la comptabilité et la finance) travaillent alors que Pierre est étudiant pour devenir éducateur spécialisé (il a le statut d’étudiant sportif).

Yves Vancosen est considéré comme le meilleur pivot de BeNeLeague mais tout ce qu’il a acquis, il l’a obtenu à force de travail et d’un courage qui force l’admiration, tout en vouant une fidélité quasi d’un autre temps à ceux qui l’ont soutenu, notamment au club du HC Visé et à son président Arthur Hoge. N’a-t-il jamais songé à devenir professionnel ?

”Bien sûr que si mais dans la vie, tout est parfois question d’opportunités”, dit-il. “En Belgique, ce n’est pas intéressant. Lorsque j’étais encore jeune, sans boulot et sans vie de famille, cette possibilité ne s’est pas présentée. Par la suite, j’ai eu des offres en France, notamment par l’intermédiaire de Thomas Cauwenberghs. À Sélestat, je n’avais plus qu’à signer mais je n’ai pas osé. Ma femme est kiné indépendante et j’ai un bon boulot : est-ce que ça valait la peine de laisser tomber tout ça pour un an ou deux de professionnalisme ?”

L’histoire de Sébastien Danesi est différente. Il avait à peine 20 ans lorsqu’un club de D2 française lui a proposé un contrat pro. Il a saisi sa chance mais les blessures et une adaptation difficile l’ont fait changer d’avis et revenir à Visé un an plus tard. Il rêve cependant toujours de faire du handball son métier. “Je ne fais certainement pas une croix sur le professionnalisme mais, si je repars un jour, ce sera dans d’autres conditions”, dit celui qui a marqué neuf buts contre l’Egypte jeudi soir. “Pour le moment, en combinant handball et boulot, je gagne mieux ma vie que quand j’étais à Pontault. Mais c’est beaucoup plus dur, aussi. Surtout quand, comme moi, on n’est pas du matin.”

Sebastien Danesi a marqué neuf buts contre l'Egypte.
Sebastien Danesi a marqué neuf buts contre l'Egypte. ©Anze Malovrh / kolektiff

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