Le football belge a perdu l'une de ses grandes figures. International belge à deux reprises, Henri Dupireux a surtout marqué les grands clubs belges des années 60 et 70, faisant notamment les beaux jours du RFC Liège, du Standard et du RWDM.

En novembre 2020, le Sorcier Blanc nous avait accordé une dernière interview, évoquant sa longue carrière de n°10 et d'entraîneur. Retrouvez-la ci-dessous:


Henri Depireux, d’abord comment allez-vous et comment vivez-vous cette période ?

"Ça va, même si, nous les anciens, quand on se téléphone, on se dit que l’on a vécu au paradis. En totale liberté dans la vie de tous les jours et une époque de rêve au niveau foot en clubs car on rivalisait avec les grands pays."

Remontons le temps pour vous retrouver effectuant vos premiers pas pros avec le RFC Liège, votre club de cœur ?

"Indiscutablement. Mes parents étaient des acharnés des Rouge&Bleu. D’autant qu’ils travaillaient à la buvette derrière la tribune assise. Je me suis entraîné avec l’équipe première dès mes 15 ans pour disputer mon premier match, contre Berchem, à 16 ans et 2 jours. Mes parents étaient très fiers et, d’ailleurs, la carte de convocation que l’on recevait à l’époque est dans un cadre."

Quand le talent est là, peu importe l’âge, il faut faire jouer ces jeunes joueurs. Êtes-vous d’accord avec cela ?

"Et comment, même s’il faut être bien conscient qu’un joueur n’est pas au sommet de son art aussi jeune. Il devra encore mûrir et être entouré."

De Rocourt, vous passez à Sclessin. Où trois titres de champion de Belgique vous attendent.

"Sportivement, il s’agit de ma meilleure période avec un coach comme Michel Pavic qui savait construire une équipe. On avait même les qualités pour devenir champions d’Europe, surtout après avoir éliminé le Real Madrid. Mais on s’est peut-être vus trop beaux…"

Un sacré exploit que d’écarter les Merengue !

"On avait gagné les deux manches (1-0 et 2-3). j’avais marqué à Santiago Bernabeu et aujourd’hui encore on m’en parle. Je suis fier d’avoir, l’espace de quelques minutes, rendu les Belges heureux. Après trois saisons, Roger Petit m’a vendu au Racing White. C’était un grand président, qui avait le nez fin pour amener des joueurs de talent (Galic, Takac…) pour les revendre une fois au sommet de leur art !"

Vous avez d’ailleurs joué de mauvais tours aux Rouches…

"On les recevait d’entrée de compétition et j’avais marqué le but de la victoire à Bruxelles. Au retour à Sclessin, j’avais aussi inscrit un goal et délivré deux assists sous les sifflets du public."

Venons-en à l’équipe nationale. Seulement deux sélections. Comment l’expliquer ?

"Pour faire court, Raymond Goethals m’avait fait jouer ailier gauche contre l’Écosse (3-0). Avant d’enchaîner avec la Yougoslavie, il m’a dit que je jouerais une mi-temps et Denul l’autre. Je suis resté sur le banc tout le match, je n’ai pas apprécié et j’ai envoyé une lettre relatant mon opinion. Je n’ai plus joué qu’un match contre le Mexique lors de la coupe du Monde 1970. Puis il y avait du monde en numéro 10 ! Van Himst et Polleunis pour ne citer qu’eux."

Aujourd’hui, les Diables vous apportent-ils du bonheur ?

"Autant la qualité du championnat belge est lamentable, autant je prends beaucoup de plaisir à regarder notre équipe nationale. Tout le monde nous craint et leur première place au ranking FIFA est méritée. Les Belges doivent se rendre compte du caractère exceptionnel de ce classement !"

Comme coach, on peut vous qualifier de globe-trotter, vous que l’on surnommait le Sorcier Blanc en Afrique.

"Je pourrais vous narrer des milliers d’anecdotes (la maman de Lukaku était venue me voir quand j’entraînais le Congo, on me doit encore plusieurs centaines de milliers d’euros…). Avec le Cameroun, on avait une équipe exceptionnelle… qu’il ne fallait même pas coacher tant elle était forte. Lors de ces voyages, j’ai aussi été nommé trois fois entraîneur de l’année : à Belenenses, à Bellinzona et au Maroc où j’ai aussi été décoré par le Roi."

Comment étiez-vous comme entraîneur ?

"Dur et juste, j’ai toujours considéré mes joueurs comme mes fils. 80 % d’entre eux m’appellent papa."

Lors de l’été 2019 est survenu le décès de Robert Waseige, un de vos proches.

"Robert, c’était mon ami. Nous avions tenu tellement de conversations pointues sur le foot. L’âge avançant, chaque semaine voit disparaître un ami. Je me considère un peu comme un rescapé."

Éprouvez-vous des regrets ?

"Je suis un visionnaire, notamment avec Luigi Pieroni. Je regrette que l’on ne se serve pas de mon expérience, comme Lucien (D’Onofrio) a su en profiter. Je ne pense pas qu’au pognon, je pourrais encore transmettre mon vécu. Je n’ai plus l’âge de m’asseoir sur un banc, mais bien celui de me mettre en tribune comme conseiller ou directeur sportif."

En quel joueur vous retrouvez-vous aujourd’hui ?

"Neymar. Il est plus fort que moi, il imagine et exécute ce que j’imaginais. C’est pour de tels artistes comme lui ou Mbappé que l’on va au stade. Si le Standard et le PSG jouent en même temps, mon choix est vite fait !"