Luxembourg Dix ans et 3 300 km plus tard, le sénateur Claude Lambin siège encore sur le Tor.

Ils étaient huit sénateurs avant le dixième Tor des Géants (330 km). Une appelation qu’on donne à tous ceux qui ont terminé chacune des éditions de l’épreuve disputée dans le Val d’Aoste et dont on fêtait la dixième édition cette année. Ils ne sont désormais plus que six, dont Claude Lambin, de Bellefontaine. Le seul traileur non issu d’un pays montagneux !

Claude Lambin, à 58 ans, vous venez de boucler une 10e fois en autant d’éditions le Tor des Géants. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

"Le dixième, c’est quand même un peu spécial. Dix ans, c’est une sacrée tranche de vie. En plus, j’ai pas mal régressé physiquement. J’ai grimpé les échelles pendant 36 ans quand je travaillais sur les toits. Je travaille désormais chez Décathlon comme vendeur. Avec la peste porcine et l’interdiction d’accès aux bois, je ne m’entraîne presque plus. Même si je fais parfois l’aller-retour de 80 km entre Bellefontaine et Arlon à vélo. J’ai aussi des problèmes d’articulations au genou."

Qu’est-ce que cela vous fait d’encore figurer parmi les derniers sénateurs ?

"On était encore 8 avant la course, 4 Français, un Espagnol, 2 Italiens et moi-même bien sûr. Mais les Italiens n’en sont plus. L’un participait au Tor des Glaciers, et l’a fini d’ailleurs, une épreuve de 450 km organisée pour les dix ans du Tor. Le second a abandonné."

Vous n’avez pas été épargné par les conditions climatiques…

"Effectivement. Dès le premier col, il y a eu de la neige, il faisait aussi froid le premier jour. Le lendemain, il a pas mal plu. Et le dernier jour, il faisait très chaud, même en montagne. Avec l’épuisement, j’avais encore plus envie de dormir. Je me suis imposé deux heures de sommeil par nuit. D’autant que je ne vois presque plus d’un œil à la suite d’un cancer."

Repartirez-vous pour un 11e Tor en 2020 ?

"Est-ce réellement utile d’aller au-delà de dix? Je me pose beaucoup de questions. Cela doit rester un plaisir. Même si j’ai encore pris beaucoup de plaisir cette année. C’est un peu tôt pour répondre. Je vais y réfléchir."



Le premier de madame

Claude Lambin a bénéficié d’un soutien de choix pour terrasser son dixième Tor. “D’habitude, mon épouse me rejoint à l’arrivée. Elle travaille dans l’enseignement spécialisé. Mais cette année, elle avait pris un mois de congés sans solde pour me suivre toute la course, elle m’attendait aussi sur les bases de vie”, confie-t-il.


“On a été ignorés”

Claude Lambin s’attendait à une autre reconnaissance de son statut toujours plus prestigieux de Sénateur, les années passant. “Les Sénateurs s’attendaient à être mis à l’honneur lors de la remise des prix, mais ils ont été ignorés. La plupart a quitté la cérémonie avant son terme. On fait tout de même partie de l’histoire du Tor.”


688 km au Canada ?

“Je retournerai en janvier sur la Montane Spine Race, une course de 268 miles (428 km), en Angleterre, que j’ai déjà faite cette année, prévient Claude Lambin. J’aimerais aussi faire un jour le Montane Yukon Arctic Ultra au Canada, qui fait 430 miles (688 km).”