Le foot féminin est en plein essor dans le Hainaut. À l’image de la GFA Academy de Monceau, exclusivement réservée aux filles.

Il y a tout juste un an, Giovanni Dolore lançait une académie de foot féminin, en compagnie de Karine Van Waetermeulen. Un projet plutôt osé dans la région qui devait s’appuyer sur les modèles de Tertre et surtout de Chastres. Un an plus tard, le concept est un succès. Entretien avec le responsable.

Giovanni Dolore, comment se porte votre académie ?

"On compte 117 filles, avec les joueuses de l’équipe première. C’est trois fois plus que ce que l’on espérait au départ. Quand on a lancé le projet, on pensait avoir une quarantaine de filles. C’est ce qu’on a eu au premier entraînement."

Vous avez déjà lancé un recrutement pour l’année prochaine ?

"En l’espace de neuf jours, on a eu 18 nouvelles filles. Il y a donc une véritable demande dans la région."

Vous allez compter plus de 300 filles, à ce rythme-là ?

"Ce n’est pas possible. Malheureusement, nous manquons de place. Le site des Tourterelles nous permet à peine de caser 50 filles dans les deux vestiaires. On doit trouver des solutions pour le futur. Je sais que le club a obtenu la création de son synthétique et que nous pourrons bientôt récupérer le site du Parc. C’est une bonne nouvelle."

Comment fonctionnez-vous ?

"On a développé une structure professionnelle pour toutes les équipes. On a des entraîneurs qualifiés, des préparateurs physiques et des coachs spécifiques. Le but est d’être proche de chaque groupe. Il y a une véritable relation de confiance chez nous. Une fille, c’est mille fois plus mature qu’un garçon."

Vous avez des équipes dans toutes les catégories ?

"On a des U6 qui permettent aux enfants d’avoir un premier contact avec le ballon. On a également un groupe U8 et un U9. On dispose de deux équipes U12 dont une qui est alignée dans le championnat des garçons. Depuis six semaines, elle ne cesse de gagner ! Pour le reste, on a créé un groupe de filles entre 14 et 18 ans, car il n’existe pas de passerelles pour elles vers l’équipe première. On a donc organisé un championnat fictif avec d’autres clubs pour leur permettre de s’aguerrir. Notre équipe première va pouvoir disputer le tour final de P2 pour intégrer la P1."

Vous avez un rêve fou ?

"Rejoindre la D1, c’est tout à fait possible. Je pense que notre groupe U12 a toutes les qualités pour être la génération dorée de notre structure."

Olympic au féminin

 L’année prochaine, l’Olympic de Charleroi sera rejoint par Gosselies en P1. Monceau pourrait également intégrer cette série. “Ce serait formidable pour les derbies, lance Karine Van Waetermeulen. Il y avait plus de trois cents personnes lors du match au sommet entre Gosseliennes et Moncelloises.” Cette dernière est à la tête de l’équipe première de l’Olympic. “Elle milite en P1. On a fait table rase du passé. On évolue avec huit filles qui ont 14 ans. On occupe une belle place dans le ventre mou. J’ai la chance de pouvoir compter sur Franco Cocciolone, qui est également un pan du football féminin dans la région.” L’Olympic dispose d’une équipe U13. “On essaye d’amener progressivement ces filles vers l’équipe première. L’année prochaine, on aimerait développer une U13 et une U14.”

La Raal s’y est mise aussi

 Dans le Hainaut, on ne présente plus Tertre-Hautrage. Véritable locomotive du foot féminin, le club évolue en D1. Cette année, c’est la Raal La Louvière qui a lancé son projet 100 % filles dirigé par Nicolas Baquet et mené par l’ancienne joueuse de D1 Émilie Vanardois. “Pour les filles s’intégrer dans une équipe de garçons n’est jamais simple, expliquait en janvier Nicolas Baquet. Ici, elles ne sont vraiment qu’entre elles, c’est très important pour leur développement. L’année prochaine, on inscrira trois équipes d’âges et l’objectif est qu’elles se forment au style de la Raal, qu’elles adoptent la mentalité et qu’elles deviennent les représentantes du football féminin dans la région.”

Karine Van Waetermeulen © D.R.

Karine Van Waetermeulen: Le foot, sa passion

Passée par Gosselies – qui vient de remporter brillamment le titre en P2 –, Karine Van Waetermeulen est actuellement la manager de la GFA Academy de Monceau. Elle dirige également l’équipe féminine de l’Olympic de Charleroi. “C’est plus de 30 ans de ma vie, ce sport”, lance l’intéressée. “J’ai joué à Goutroux, avant de m’occuper des jeunes. Ensuite, j’ai mis cela entre parenthèses pour m’occuper de mon fils.” Avec Giovanni Dolore et d’autres passionné(e)s, elle se bat pour développer le football féminin. “Quand je me suis rendu à la Ville pour déposer mon projet, personne n’y croyait. Mais je savais qu’on avait l’expertise nécessaire pour le mener à bien. Un an plus tard, je peux constater le chemin parcouru.” Mais ce n’est qu’une étape. Il y a encore des préjugés à balayer. “Quand je m’aligne avec les U13 de l’Olympic contre des garçons, certains arbitres me disent encore : ‘Vous savez que vous jouez contre des mecs ?’ Je leur réponds : ‘Vous savez que le football n’est pas exclusivement masculin…’ Les stéréotypes ont la vie dure. “Pour qu’un projet féminin fonctionne, il doit être une structure indépendante de la masculine. Sinon, on n’est jamais qu’une toute petite pièce du puzzle. Il faut se concentrer exclusivement sur les filles. C’est essentiel pour obtenir des résultats.”

Pays Vert © D.R.

“Au même niveau que les autres équipes adultes”

Le Pays Vert inscrira une équipe senior féminine la saison prochaine. La saison prochaine, le Pays Vert va créer son équipe féminine adulte. Un projet qui était déjà dans la tête des dirigeants depuis de nombreuses années, comme nous l’indique Didier Dubois, le vice-président du club. “À la création du club d’Ostiches, nous pensions déjà créer une équipe de ce type. Lorsque le Pays Vert s’est créé en 2015, nous avons décidé de relancer ce projet qui débutera donc dès la saison prochaine.”

Pour ce faire, le club athois va recevoir l’aide du club de Dergneau, qui possédait deux équipes féminines, l’une en P1 et l’autre en P2. “Le club de Dergneau n’a pas d’endroit fixe depuis quelques années. Les dirigeants nous ont dès lors demandé si cela nous intéressait de reprendre leur équipe de P1. Les filles joueront donc avec le nom du Pays Vert la saison prochaine, mais devront redémarrer du bas de l’échelle, c’est-à-dire en seconde provinciale”, nous explique Didier Dubois.

Le but est également de favoriser la formation des filles au sein du club athois, déjà fortement réputé pour son école des jeunes. “Nous comptons à l’heure actuelle une vingtaine de filles dans nos équipes d’âge. Nous en possédons même une complète en U9. Le problème est que, lorsque ces filles atteignent un certain âge, elles doivent changer d’horizon pour pouvoir continuer à pratiquer leur loisir dans un club. Il n’y en a pas dans la région d’Ath en ce moment. L’occasion est donc très belle pour nous d’ouvrir cette équipe adulte au sein de la grande famille du Pays Vert.”

Les filles du Pays Vert seront directement mises dans le grand bain et au même niveau que les autres équipes premières. “Les filles auront elles aussi droit aux nouveaux équipements qu’aura également l’équipe A en D3 amateurs la saison prochaine. Nous voulons vraiment les mettre au même niveau que nos autres équipes adultes.”

Des projets fleurissent déjà dans les têtes des dirigeants athois. “Nous souhaiterions atteindre d’ici cinq ans la nationale 2 avec cette équipe, tout en promouvant la formation de jeunes, comme toujours. Je pense que c’est vraiment faisable comme projet si nous nous appuyons sur une bonne structure, comme c’est le cas actuellement en jeunes et dans nos équipes premières.”

Quinze filles sont déjà inscrites pour l’année prochaine, mais le club fait encore un appel à candidature pour étoffer cette nouvelle équipe.