Leconte est toujours bon...

Serge Fayat
Leconte est toujours bon...
©Demoulin

Le Français, de passage en Belgique, regrette l'évolution du jeu actuel

BRUXELLES Il a toujours l'air aussi joyeux luron. Un grand gamin en quelque sorte, bien qu'il approche la barre des 40 ans. «Je suis né comme ça...», sourit-il tout en dégustant un bon verre de Château Talbot. Henri Leconte, ancien cinquième joueur mondial et finaliste de Roland-Garros en 1988, était de passage à Bruxelles, mardi, pour promouvoir le match exhibition qu'il disputera, le samedi 17 mai au Léopold, contre Ilie Nastase au profit de la Fondation pour adultes handicapés La Maisonnée. Entretien.

Henri Leconte, qu'êtes-vous devenu aujourd'hui?
«Je fais plein de choses... (sourire) Je suis consultant pour France Télévision à l'occasion de Roland-Garros, je continue à assouvir ma passion tennistique en jouant sur le Senior Tour, je me suis lancé dans le vin, ainsi que dans la création d'événements. Je ne m'ennyue pas.»

Qu'est-ce qui vous pousse encore à jouer au tennis? Ce n'est pas que vous devez encore gagner votre vie...
«Non, pas vraiment. Disons, que je joins l'utile à l'agréable. Je me fais plaisir en retrouvant des anciens adversaires dans un tout autre contexte. Et je fais plaisir aux autres. C'est la raison pour laquelle nous avons monté cette exhibition avec Ilie Nastase. J'ai moi-même des enfants et je souhaitais faire quelque chose pour ceux qui souffrent d'un handicap. Je m'entraîne encore pas mal. En fait, je suis comme une voiture. J'ai besoin d'entretien...»

Cela doit vous faire drôle de jouer contre quelqu'un qui n'est pas de votre génération?
«Il n'y a qu'une toute petite différence d'âge... (sourire) Ilie Nastase, vous savez, était mon idole. Il a marqué ma jeunesse. Et puis, cela tombe bien que cela se passe en Belgique. Peu de gens le savent, mais sa première femme était une Belge.»

Ilie Nastase fut, surtout, l'un des plus grands artistes que le tennis ait connu. Vous n'étiez pas mal non plus. Pensez-vous qu'aujourd'hui vous puissiez encore faire partie intégrante du Top 10 mondial?
«Avec le niveau de ma grande époque, celle de la deuxième moitié des années 80, je dirais que oui. Simplement, j'aurais sans doute été un joueur atypique, comme l'aurait été Miloslav Mecir, et comme le sont actuellement des garçons comme Gustavo Kuerten et Fabrice Santoro...»

«Les joueurs actuels sont sans saveur ni odeur»

Comment jugez-vous le tennis moderne. La puissance l'a-t-elle rendu monotone?
«Le tennis est un petit peu comme la mode. Il y a des vagues... Je dirais que nous sommes entrés dans une période similaire à celle du lift développé par Björn Borg et de Guillermo Vilas, il y a 25 ans. La situation est agravée par le fait que les joueurs actuels manquent totalement de charisme. Mis à part Andre Agassi et Gustavo Kuerten, le circuit masculin est sans saveur et sans odeur. L'ATP a tellement cadenassé ses règlements que plus personne ne peut s'exprimer. C'est ce qui explique que les sponsors se montre moins intéressés et que le circuit féminin soit devenu plus attirant.»

Justement, s'il y avait une règle que vous pouviez changer pour rendre le jeu plus attractif, qu'elle serait-elle?
«Je tolérerais quelques excès dans le code de conduite afin de rendre les joueurs plus humains. Et j'allégerais le calendrier, car j'estime que l'on joue trop.»

Vous, Henri Leconte, vous avez toujours eu en vous ce caractère d'amuseur public?
«Tout à fait. Je pourrais faire un procès à ma mère, mais le problème, c'est qu'elle était comme moi! (sourire)

Quitte à passer parfois pour un rigolo?
«Je ne sais pas si c'est vraiment cela. Je crois que les gens m'ont plutôt vu comme quelqu'un de prétentieux et d'arrogant, alors qu'en fait, j'étais très nature. Simplement, j'étais différent des autres.»

C'est ce qui explique votre relation amour-haine avec le public français...
«Je pense sincèrement qu'il y a eu plus d'amour, même si lors de ma finale de Roland-Garros contre Mats Wilander, je n'ai pu bénéficier d'un soutien inconditionnel (NdlR: un supporter hurla même Allez Henri, dans un quart d'heure tu as fini!» alors qu'il était mené deux sets à rien). Et puis, cela s'est tout de même bien terminé avec la victoire en Coupe Davis en 1991.»

Quel sont le joueur et la joueuse pour lesquels vous nourrissez le plus d'amiration?
«Je vais tâcher de ne pas dire de conneries. (sourire) . Je pense à Andre Agassi. Ce qu'il réalise à 33 ans est incroyable. Chez les femmes, c'est plus difficile. Ce n'est pas que je sois mysogine... (Il réfléchit) Je dirais Steffi Graf, bien entendu, et puis j'avoue que j'ai un petit faible pour le jeu de Justine Henin. Elle a un beau petit revers...»

Une dernière question. Si votre carrière, que chageriez-vous?
«Je gagnerais ma finale de Roland-Garros. Mais bon, avec des si...»

© Les Sports 2003

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