Danielle Collins : “Pro à 18 ans, je n’aurais pas été heureuse”

L’Américaine, qui a été opérée d’une endométriose l’année dernière, a d’abord privilégié ses études universitaires avant de penser au tennis. Un parcours atypique et intéressant…

C. V. et Th. V.
Danielle Collins : “Pro à 18 ans, je n’aurais pas été heureuse”
©AFP

Trois ans après l’unique demi-finale de sa carrière en Grand Chelem, déjà à Melbourne où elle s’inclina contre Petra Kvitova, Danielle Collins est de retour dans le dernier carré d’un Majeur après avoir écarté en deux sets la Française Alizé Cornet : 7-5, 6-1. L’Américaine, tête de série n°27, n’est pas une grande habituée de ces matchs de deuxième semaine en Grand Chelem. Elle est reconnue pour ses frappes sèches et son volume sonore. Elle brille également par son irrégularité. Elle est capable d’envoyer des missiles selon son plan A. Elle possède aussi une “main”, comme on dit, et une grande capacité d’adaptation.

"J'aime bien transformer un match en guerre. J'apprécie quand la foule est contre moi parce que j'ai envie de lui prouver qu'elle a tort", expliquait-elle, il y a deux ans.

Malgré ses 28 ans, la native de Floride n’est présente sur le circuit de manière régulière que depuis 2018. Un fait qui trouve son explication dans ses choix de vie. Collins s’est lancée sur le tard dans le circuit car elle a suivi un long cursus universitaire, deux titres NCAA à la clé. En 2014 et en 2016, elle a remporté l’autre combat de sa vie en étant diplômée en journalisme et en commerce. Selon elle, l’université a sauvé sa carrière.

"Je n'aurais pas été heureuse si j'étais devenue professionnelle à 17 ou 18 ans. Je n'étais pas assez mature, explique-t-elle. Je voulais faire des études."

Elle revient sur une réalité qui frappe la plupart des joueurs et des joueuses du circuit. "Beaucoup, alors qu'ils étaient encore très jeunes, ont pris la voie du tennis professionnel. Leurs parents en ont fait des enfants prodiges, mais ce n'était pas leur choix. C'est ainsi qu'ils ont été élevés."

L'Américaine a osé poser de choix majeurs alors qu'elle était encore une adolescente. "Je suis heureuse que tout se soit déroulé autrement pour moi."Issue d'une famille de la classe moyenne, elle ne pouvait pas se permettre de tout miser sur le tennis sans avoir un plan B. "Si, comme moi, vous ne venez pas d'une famille aisée, prendre ce pari n'est pas à mon avis la bonne décision."

Elle se souvient du chemin parcouru ces treize dernières années. Elle a vécu des moments durs. En 2009, elle arpentait les courts sur le circuit ITF. Elle avait 15 ans et plein de questions.

"Vous savez, perdre au premier tour d'un ITF et repartir avec un chèque de 180 dollars, ça arrive six ou sept fois dans une année, confiait-elle à l'époque. Ce n'est pas un sentiment agréable. Vous devez surmonter le processus et comprendre que la route est longue."

Après un détour par les bancs de l’université, elle a réussi à tracer sa voie. Danielle Collins a un diplôme en poche et de solides références sur le circuit avec trois titres, deux demi-finales à l’Open d’Australie et un quart à Roland-Garros. Et surtout, elle revit après une saison 2021 marquée par une opération pour soigner une endométriose, une maladie gynécologique fréquente qui touche près de 10 % des femmes et qui se manifeste, entre autres, par des règles extrêmement douloureuses.

“Il y a eu des moments où j’ai été obligée de déclarer forfait lors de mes matchs parce que j’avais cette douleur lancinante du dos jusqu’au pied car mon utérus s’était retourné et avait exercé une pression sur le nerf sciatique. Tout cela signifiait se retirer régulièrement des tournois parce que mon corps ne me permettait tout simplement pas de m’entraîner ou de concourir correctement.”

La joueuse a alors décidé d’être examinée pour être sûr qu’il s’agissait bien d’endométriose et a expliqué qu’un kyste de la taille d’une balle de tennis avait été détecté et permis de confirmer sa maladie. Elle a alors décidé de faire une chirurgie laparoscopique afin d’enlever une partie du tissu de l’endométriose, ce qui impliquait une rééducation de plusieurs semaines.

Désormais, la joueuse se bat pour faire connaître la maladie et peut aborder sa carrière de manière sereine : "C'est le jour et la nuit par rapport à ce que j'ai connu : ne pas avoir à s'inquiéter de l'arrivée de mes règles et penser à tous les scénarios d'impact sur mes performances, comment je devais ajuster mon entraînement, combien de temps de sommeil j'avais besoin. Être capable de revenir à ce niveau et de me battre comme je le fais en étant aussi forte physiquement, est une belle récompense. En particulier quand on joue contre des joueuses aussi fortes que celles que j'ai affrontées ces deux derniers matchs (NdlR : Alizé Cornet et Elise Mertens), de vraies compétitrices, de vraies grandes athlètes."

Ce jeudi en demi-finale, c’est un autre gros morceau qui attend Collins avec de l’autre côté du filet la Polonaise Iga Swiatek.

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