Ysaline Bonaventure a également été harcelée sur les réseaux sociaux: "Je reçois 25 messages haineux à chaque match"

Ysaline Bonaventure, 144e joueuse mondiale de tennis, raconte les messages de haine reçus quotidiennement et la façon dont elle gère ce harcèlement.

Lecaillon Stéphane
Ysaline Bonaventure a également été harcelée sur les réseaux sociaux: "Je reçois 25 messages haineux à chaque match"
©BELGA

À 27 ans, Ysaline Bonaventure roule sa bosse sur le circuit féminin de tennis depuis un moment maintenant. Comme de nombreuses autres joueuses (et joueurs), la Liégeoise reçoit des messages d'insultes via les réseaux sociaux après chaque rencontre qu'elle dispute, essentiellement envoyés par des parieurs frustrés de ne pas avoir misé juste. Une situation que la 144e joueuse mondiale dénonce depuis plusieurs années, maintenant. Mais qui perdure.

Ysaline, depuis votre première sortie publique au sujet du harcèlement en 2019, les choses ont-elles changé ?

"Non, pas grand-chose n’a changé. Ni la WTA ni l’AFT ne m’ont contactée. Elles connaissent le problème et tous les joueurs professionnels sont dans la même situation, mais elles sont impuissantes par rapport à l’acharnement dont on fait l’objet, surtout à cause des paris sportifs. C’est réellement un problème, mais personne n’a la solution. Tous les joueurs pros en parlent autour d’eux, postent des messages à ce sujet sur leurs réseaux. Je vois bien que je reçois le même type de messages. Mais on ne peut rien y faire."

Avez-vous l’impression d’y être ciblée comme femme ?

"C’est sûr que les messages que je reçois véhiculent des injures très sexistes. Mais je sais que les hommes sont attaqués également, mais sur d’autres thèmes. Le sujet commun, c’est la famille, qui se fait insulter, à qui on souhaite des maladies, etc. (NdlR : elle avait confié avoir reçu un message souhaitant la mort de sa mère). Mais je ne me sens pas plus visée en tant que femme puisque les hommes vivent la même chose."

Y a-t-il des "pics de haine", liés à des tournois plus médiatisés comme les Grands Chelems, par exemple ?

"Le niveau du tournoi ne change rien vu que les parieurs peuvent miser sur les tournois de plus bas niveau, aussi bien que sur un Grand chelem. Télévisé ou non, médiatisé ou non : c’est pareil. Et je reçois des messages aussi bien en cas de victoire qu’en cas de défaite. Pour chaque match, j’en reçois environ 15 sur Instagram, 10 sur Facebook et même, de temps en temps, des e-mails."

Certaines plateformes sont-elles plus agressives ?

"C’est sur Instagram que je reçois le plus de messages, car c’est le réseau qui est le plus utilisé me semble-t-il et, à la différence de Twitter, il ne faut pas être abonné à mon compte pour pouvoir m’envoyer des messages. Instagram est aussi le réseau où je suis la plus active. Donc les gens vont y commenter plus et y trouver plus facilement mon profil. Mais je ne partage plus ma vie privée, je sélectionne beaucoup plus ce que je publie, je n’indique pas l’endroit exact où je me trouve. Ou alors je crée des stories à destination de mes amis proches uniquement."

On imagine que la répétition de ces messages haineux doit inévitablement finir par vous toucher le moral…

"Au début, je ne les lisais pas trop. Puis les réseaux sociaux et les messages qui vont avec ont pris une telle ampleur qu’on n’a pas le choix : il faut les lire. On est curieux de voir ce qui a été écrit. Et oui, à un moment ça peut impacter le moral. Je m’y suis habituée. Je ne les lis plus. J’ai des proches qui gèrent mes réseaux et essaient de supprimer ces messages. Je me suis construit une carapace, même si c’est sûr que certains messages m’ont fait plus mal que d’autres. Je sais que je ne peux rien y faire : que je gagne ou que je perde, que je sois mince ou grosse, que je sois la plus belle femme du monde ou la plus moche, je recevrai toujours des insultes. Les réseaux sociaux sont à la fois devenus un outil de travail… mais aussi une grosse problématique pour les sportifs de haut niveau."

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