Louis Borfiga, l'architecte de la folle réussite du tennis canadien

En 2006, Tennis Canada a remis les clefs à un Français qui est parti d’une page blanche.

Canada�s Felix Auger Aliassime celebrates after winning the men's single final tennis of the Davis Cup tennis tournament match between Canada and Australia at the Martin Carpena sportshall, in Malaga on November 27, 2022. (Photo by Thomas COEX / AFP)
Les stars se succèdent au Canada. Felix Auger-Aliassime est le dernier prodige issu de l'école canadienne. ©AFP or licensors

Le hasard n’y est pour rien. Le Canada s’est offert les deux trophées collectifs de la saison : l’ATP Cup en janvier, en dominant nettement l’Espagne, et la Coupe Davis en novembre.

Le secret de cette réussite réside d’abord dans la capacité du Canada à mobiliser ses stars lors de tels événements. Félix Auger-Aliassime et Denis Shapovalov répondent toujours présent, ce qui n’est pas forcément le cas en Espagne, en Australie, en Serbie ou encore en Suisse.

Cette présence assidue s’explique par le lien que le Canada entretient avec le tennis. Leur idylle n’en est qu’à ses débuts. Le Canada était surtout connu pour le hockey sur glace, le football américain ou encore le baseball. Le tennis s’est invité à la table des sports les plus populaires au pays de l’érable.

Avant l’an 2000, les rares pratiquants devaient se contenter de suivre Daniel Nestor en double ou encore Frederic Niemeyer et Sébastien Lareau.

Quand Vasek Pospisil a débarqué à la 25e place en 2014, le Canada surfait déjà sur la vague Milos Raonic, le premier Canadien à entrer dans le top 10.

Ses compatriotes ignoraient encore que son nom serait vite remplacé par une génération plus que dorée composée de Shapovalov et Auger-Aliassime. La réussite s’accordait aussi au féminin avec Bianca Andreescu et Leylah Fernandez.

Construction de centres et de terrains en terre battue

Cette génération de joueurs et joueuses de plus ou moins 20 ans est le produit d’un travail de formation entamé en 2006.

À l’époque, Tennis Canada s’est inspiré du système français qui avait fait ses preuves depuis des décennies. Un Français a été intégré dans l’organigramme de la fédération canadienne : Louis Borfiga. Il a entamé une véritable révolution au niveau de la formation des jeunes Canadiens. Borfiga a pris l’avion pour le Canada avec, dans ses valises, 20 ans d’expérience à la Fédération française de tennis et une modeste carrière de joueur. Il avait été le partenaire d’entraînement de Bjorn Borg.

Il avait côtoyé la performance au plus haut niveau. Il a pris les habits de vice-président du développement de l’élite à la fédération canadienne. Il a reçu les clefs d’un livre qu’il restait à écrire dans sa totalité. Une page blanche.

Une page qui s’est noircie avec l’arrivée d’entraîneurs à la pointe et surtout de centres d’excellence disséminés dans différentes villes comme Vancouver, Toronto, Montréal ou encore Calgary et Halifax. Le Français impose que les jeunes évoluent autant sur dur que sur terre battue. Les plus jeunes démarrent sur la surface ocre, qui nécessite une meilleure gestion technique du mouvement de la raquette.

La culture française s’est imposée en douceur dans le système outre-Atlantique. L’entraîneur d'Andreescu ne tarissait pas d’éloges sur la méthode Borfiga. “Louis est quelqu’un de très ambitieux qui a réussi à installer un travail d’équipe, une mentalité très forte axée sur le travail d’équipe, la coopération, le respect entre les entraîneurs et tout le monde le respecte énormément. Tous les bons résultats qu’on a en ce moment, c’est grâce à lui”, narre Sylvain Bruneau.

Après les années passées à semer est venu le temps de la récolte. En 2019, le rêve absolu était déjà devenu une réalité. Andreescu, 19 ans à peine, bat Serena Williams en finale de l’US Open, le premier trophée du Grand Chelem pour le Canada. Shapovalov et Auger-Aliassime débarquaient aussi avec des ambitions plein la raquette.

Même Louis Borfiga était surpris par cette réussite si rapide. “C’était l’un de mes rêves de pouvoir gagner un Grand Chelem”, expliquait le Français qui glissait en 2019 qu’il fallait suivre un autre jeune, Félix Auger-Aliassime, qui était déjà un joueur du top 20. Avec Shapovalov, Auger-Aliassime et Andreescu ont suivi la voie tracée par le duo Raonic-Bouchard.

Le Français a réussi son défi. Il a placé le Canada au rang des grandes puissances du tennis mondial. “Ce n’est pas nous qui le disons, ce sont les autres fédérations, dit Borfiga. Le Canada est même cité en exemple. C’était l’un des objectifs au début de mon parcours au Canada : mission accomplie. On n’aurait pas pu réussir s’il n’y avait pas eu une osmose entre les directions et nous, c’est ça qui fait le succès, cette même ambition de vouloir faire du Canada une nation forte sur la scène internationale.”

Après quinze ans de succès aux manettes du tennis canadien, Borfiga, à l’âge de la retraite, est rentré en France où il occupe la fonction de conseiller spécial à la FFT.

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