Tennis Steve Darcis est parti pour réussir un nouveau come-back. Quel est son secret ?

Il a pris une semaine de vacances pour se remettre de ses émotions après sa victoire au tournoi Challenger de Rennes. Steve Darcis (ATP 172) est en train de réaliser un brillant come-back sur le circuit. Il y a tout juste an, le Liégeois était chez lui, le moral dans les chaussettes et l’épaule en compote, après une opération douloureuse qui laissait craindre le pire pour la suite de sa carrière. Désormais, il semble plus fringuant que jamais après avoir gagné plus de 300 places en trois mois. Mais au fond, comment a-t-il fait ?

Steve, vous revenez de loin. Quel sentiment vous habite à l’heure actuelle ?

"C’est miraculeux ! Les médecins, les kinés n’imaginaient pas que je puisse revenir si vite sur le terrain. Pour l’instant, cela se passe vraiment bien. Même si mon épaule n’est pas encore comme je le voudrais, je réussis à disputer d’excellents matches et à battre à nouveau des joueurs du Top 100 . J’en profite un maximum, mais je ne veux pas crier victoire."

Quel a été le moment le plus pénible de vos douze derniers mois ?

"Les deux premiers mois qui ont suivi l’opération ont été particulièrement difficiles. J’avais des douleurs atroces. Je ne parvenais pas à dormir, j’avais perdu l’appétit. Je passais mes journées, assis dans le fauteuil, en pyjama, car j’étais incapable de m’habiller. Bref, c’était affreux. J’en étais arrivé à me dire que si j’avais su que cela faisait si mal, je ne me serais pas fait opérer. La reprise aussi a été compliquée. J’ai eu beaucoup de hauts et de bas."

Quel est le secret de votre come-back ?

"J’ai beaucoup travaillé avec mon kiné Eric Houben pour renforcer mon épaule. Cela a été très long. Au début, il y avait peu d’évolution. Ensuite, il y a eu des semaines où je progressais bien et puis d’autres où je rechutais. C’est ce qui rendait la situation difficile à gérer. J’ai dû mordre sur ma chique."

Vous n’êtes pas à votre coup d’essai. Pourquoi Steve Darcis réussit-il toujours à revenir ?

"Je n’ai pas encore réussi. (sourire) Je suis sur la bonne voie, mais ce n’est pas fini. J’étais déjà retombé 500e alors que je ne figurais pas loin du Top 100 (NdlR : fin 2006) . Je sais ce que je dois faire pour revenir. Je connais la somme de travail à accomplir. Il faut se battre, faire beaucoup d’efforts et preuve de beaucoup de caractère. C’est sans doute ma force. Je suis quelqu’un qui ne baisse pas vite les bras."

Bref, vous êtes peut-être plus fragile physiquement, mais vous êtes plus fort mentalement…

"Je ne sais pas si je suis plus fort. Il y a beaucoup de machines de guerre sur le circuit. (sourire) Haas et Robredo sont aussi revenus de loin. Moi, je suis un battant et c’est ce que je garde à l’esprit. Le jour où j’arrêterai, je ne veux pas avoir de regrets."

Qu’est-ce qui est le plus dur quand on se voit retomber 450e mondial alors qu’on a été 42e ?

"J’avoue que je n’ai jamais vraiment regardé le classement. J’ai surtout tâché de bien m’entraîner et de bien me soigner. Je savais de toute façon que mon niveau de jeu n’était pas 400. J’essaie de jouer match par match et de prendre du plaisir car c’est également important."

Quel a été le déclic ?

"Je dirais ma qualification pour le tableau final de l’US Open. Cela m’a fait un bien fou moralement. Jusque-là, j’avais surtout disputé des tournois Futures. Je partais dans l’inconnu et cela m’a donné le sentiment que j’avais à nouveau ma place sur le circuit. En outre, c’est à partir de ce moment que l’évolution est devenue constante. J’ai pu enchaîner avec la Coupe Davis, même si j’ai perdu mon simple. Et puis, il y a eu Mons. Ce n’est sans doute pas un hasard si j’y ai atteint la finale. Cela faisait longtemps que je n’avais plus joué devant un aussi nombreux public."

Servirez-vous à nouveau un jour à 200 km/h ?

"Je n’étais pas loin lors de mon premier tour contre Sela à Mons. Le radar a affiché 199 km/h. Le problème, c’est qu’à ce moment-là, le tendon se met à vibrer et cela me fait un peu mal. Il faut donc que je dose mes efforts. Maintenant, ce qui est positif, c’est que j’ai l’impression de mieux jouer au tennis. Je suis plus agressif et plus fort mentalement. J’ai une envie folle de mordre dans la balle et je ne lâche rien."

Qu’attendez-vous encore de la fin de 2014 ?

"Rien du tout. J’ai déjà eu plus que ce que j’espérais. Mon objectif était d’être prêt pour la saison 2015 et je suis largement en avance sur mon programme. Je vais encore jouer un ou deux tournois, à Genève et à La Roche-sur-Yon. Si je prends 15 points, je serai content, et si je n’en prends plus aucun, ce sera bien aussi."

Vous êtes 172e. Vous sentez-vous déjà un joueur du Top 100 ?

"Si le physique tient, je reviendrai certainement dans le Top 100 . Il faudra que je continue à bien travailler cet hiver pour que mon épaule redevienne comme avant. C’est un peu ce qui me manque. J’ai le niveau. Je pense que je l’ai prouvé ces deux semaines en battant des joueurs comme Sela, Vesely et Brown. Je touche du bois… (sourire) "