À 20 ans à peine, le Serbe Novak Djokovic brigue désormais le trône de numéro un

MELBOURNE Mine de rien, Novak Djokovic, 20 ans, est en train de se constituer une solide carte de visite. Révélé en 2006 lorsqu'il se hissa en quart de finale à Roland-Garros, le Serbe a réellement explosé l'année dernière en s'adjugeant cinq tournois (dont les Masters Series de Miami et Montréal) et en atteignant la finale à l'US Open et les demi-finales à Roland-Garros et à Wimbledon.

En remportant dimanche son premier Grand Chelem lors de l'Open d'Australie, il a franchi un nouveau palier et s'érige, plus que jamais, en futur candidat au trône de numéro un mondial.

Longtemps considéré comme le "troisième homme" du circuit ATP derrière les incontournables duettistes Roger Federer et Rafael Nadal, Novak Djokovic ne se contente visiblement plus de ce statut de simple outsider. Ambitieux, il revendique désormais la plus haute marche. Et il en a les moyens !

Naturellement doué, à l'aise sur toutes les surfaces, maître tacticien, il possède un arsenal de coups très complet. Et, surtout, sa marge de progression est encore très grande. Avec son mètre nonante sous la toise et ses 79 kilos sur la balance, il a le profil type de l'athlète idéal. Sur le court, ses jambes sont aussi rapides que son cerveau : il voit tout, il anticipe, il impose. Au gré des circonstances, il peut asséner des aces, tenir l'échange du fond du court, réussir une amortie ou un passing shot . Bref, il n'a pas de réel point faible et possède cette faculté innée de pouvoir varier de stratégie en fonction du déroulement d'un match.

À Melbourne, il n'en a pas eu besoin. Impressionnant durant toute la quinzaine, il a remporté toutes ses rencontres en trois sets, hormis la finale face à Jo-Wilfried Tsonga où il perdit la manche initiale. Même Roger Federer plia en demi-finale face au natif de Belgrade. De là à imaginer une prochaine passation de pouvoir entre le Serbe et le Suisse, il n'y a évidemment qu'un pas que certains ont déjà franchi...

Fût-il du genre sûr de lui, Djokovic se garde cependant de vendre trop tôt la peau de l'ours helvète. "Federer reste le n° 1 et va encore souvent le prouver", dit-il, la voix teintée à la fois de sagesse et de prudence. Il reste que Djokovic a mis fin, à Melbourne, à une sorte de cycle. Federer avait disputé les dix dernières finales du Grand Chelem. Ni plus, ni moins ! Un sacré bail dont la résiliation va inévitablement laisser des traces dans les esprits des uns et des autres.

Ne comptez pas, d'ailleurs, sur Nole (c'est son surnom en Serbie) pour freiner sa marche en avant. Ce n'est pas le genre de la maison ! Très solide mentalement, Novak Djokovic est issu d'une famille de sportifs (ses parents sont férus de ski alpin et ses jeunes frères Marko et Djorje veulent également devenir pros du tennis). Son ambition à lui est sans limite.

Et si, pour amuser la galerie, on le surprend souvent à imiter - avec talent et beaucoup d'ironie - les tics de Maria Sharapova, Rafael Nadal ou Andy Roddick, c'est sans doute pour évacuer la pression et mieux se concentrer sur son propre personnage. Un homme qui monte et qui ne veut ressembler à personne...



© La Dernière Heure 2008