En écartant Lleyton Hewitt en quatre sets ce mercredi à Wimbledon, Dustin Brown a pris une nouvelle dimension. Le court n°2 s'est enflammé pour l'homme aux dreadlocks, au même titre qu'une twittosphère bien aidée par le t-shirt sans manches de cet Allemand pour le moins atypique. Un t-shirt sur lequel son compte Twitter @Dreddytennis figure en bonne place.

Dreddy, c'est le surnom de Dustin Brown depuis le début de sa carrière. Un parcours que le joueur a commencé sous les couleurs de la Jamaïque. Né en Allemagne d'une mère couleur locale et d'un père jamaïcain, Brown débarque sur l'ile de Bob Marley et d'Usain Bolt en 1996. C'est donc à douze ans, au coeur des Caraïbes, que l'aventure commence.



Un camping-car jusqu'à Wimbledon

Les premières années de la carrière de Dustin ne sont pas roses. Il faut dire qu'en Jamaïque, le tennis n'est pas véritablement une priorité nationale. Pas de subsides, pas d'encadrement... Bref, rien à se mettre sous la dent pour Dreddy, qui décide donc de tenter sa chance de l'autre côté de l'Atlantique. Ses parents lui offrent un camping-car pour partir à l'assaut du Vieux Continent.

À bord de son bolide, Dustin écume les tournois Futures et Challengers aux quatre coins de l'Europe. Les succès viennent peu à peu, le Jamaïcain remporte deux tournois et finit par décrocher une wild-card pour son premier tournoi du Grand Chelem en 2010. Dreddy débarque à Wimbly, sur un gazon qui convient à merveille à son jeu tout en service-volée.

Battu d'entrée par un Jurgen Melzer en plein boom, Dustin Brown marque cependant les esprits au coeur du temple des fraises à la chantilly. La fédération britannique est sous le charme, se renseigne sur le joueur et apprend que ses grands-parents paternels sont anglais. Une aubaine pour un pays qui cherche désespérément un soutien de qualité pour Andy Murray en Coupe Davis - enfin, quand Murray joue - et qui propose donc une naturalisation à Brown.

Fin 2010, Brown change effectivement de nationalité et devient...allemand. Le pays de sa mère, son pays natal. Un choix logique pour un joueur qui a l'habitude de jurer dans la langue de Goethe sur les courts. Une coutume qui aurait sans doute fait avaler plusieurs tasses de thé de travers dans l'enceinte du All England Club.



Le tour du monde avec Air Berlin

Fini le camping-car. Dustin est maintenant sponsorisé par Air Berlin, et déplace ses dreads aux quatre coins du globe. Dès l'US Open 2010, il passe pour la première fois un tour en Grand Chelem avant d'échouer au stade suivant face à Andy Murray. À force d'écumer les tournois de moindre importance et d'y gagner de plus en plus souvent, il fait même son entrée dans le top 100 mondial début 2011.

La popularité commence à coller aux baskets d'un joueur dont le style atypique, aussi bien physiquement que tennistiquement, plait aux observateurs. Brown propose un mélange de maitrise technique et de hourra-tennis, basé sur un culot énorme, des volées acrobatiques et gagnantes à foison et un service surpuissant sorti d'un bras pourtant loin du gros biceps gauche de Rafa

Le longiligne Allemand empile peu à peu les fans sur Twitter. Ils sont à ce jour un peu plus de 16.000 à suivre @Dreddytennis entre photos Instagram et partage de bon son US via Youtube. 



Wimbledon 2013, l'explosion ?

Drake, Ludacris et les autres rythment donc les échauffements et les phases de concentration d'avant-match de Dreddy. La recette miracle pour l'explosion tardive d'un joueur dont la carte d'identité affiche aujourd'hui 28 ans ?

Toujours est-il que depuis son retour sur le gazon londonien, Dustin se rappelle qu'il a la main verte. Oubliée, sa place peu glorieuse de 189e mondial: Dreddy ne laisse pas un set en route lors des qualifications, et récidive pour son premier tour, bouclé en trois manches.

Rappelé à l'ordre par l'organisation du tournoi pour ses lacets un tantinet excentriques - il faut dire qu'un lacet jaune fluo et un autre orange fluo, ça jure un peu avec le vert du gazon british -, Dustin Brown n'est pas déstabilisé pour autant. Puisqu'il ne peut plus faire vibrer le public avec son look, il le fait avec son jeu : amorties en plongeon, volées surpuissantes en revers à une main, services sur le "T" et montées au filet incessantes. Un cocktail détonant qui a fait plier Lleyton Hewitt en quatre manches, et jeté un fameux coup de projecteur sur les dreadlocks de l'Allemand.

La suite, c'est un troisième tour a priori abordable face à Adrian Mannarino. Si le Français craque sous les coups de génie de Dreddy, un huitième de finale face à un Benoit Paire qu'on sait inconstant pourrait se profiler. Avant un quart de finale de rêve contre Federer ? Cela semble tellement loin. Mais pour le Dustin Brown actuel, rien ne semble impossible. Et de toute façon, son attitude ne changera pas : il se la jouera cool, sourira à chaque point un peu fou, et éclatera en sanglots à la fin de la rencontre, après avoir balancé sa raquette avec nonchalance. Le tennis aussi a droit à la différence.