Emotions, ambiance et fête: la Belgique tenait salon à Paris

PARIS Justine Henin reprit sa respiration et, levant les yeux vers le ciel, dédia sa victoire à sa maman. "Je sais qu'elle veille sur moi depuis le paradis» déclara-t-elle, des trémolos dans la voix. Avant d'ajouter: «J'espère que t'es fière de moi, maman...»

En 1992, du haut ses dix ans, Justine avait emmené sa maman à Roland-Garros pour assister, en spectatrice, à la finale entre Steffi Graf et Monica Seles. "Un jour, c'est moi qui serai sur ce court et qui gagnerai cette finale» s'était-elle exclamée. La parole d'enfant est devenue, samedi, parole de femme...

Comme en 2001, lors de la finale entre Kim Clijsters et Jennifer Capriati, toute la Belgique s'était donné rendez-vous Porte d'Auteuil pour cette finale aux allures de fête nationale. La famille royale avait montré la voie à suivre avec le roi Albert II, casquette de gentleman golfeur sur le crâne, et la reine Paola, tout de rouge habillée. Le prince Philippe, la princesse Astrid, l'archiduc Lorenz et leurs enfants Joachim et Maria Laura, le prince Laurent et la princesse Claire étaient également présents dans une tribune d'honneur!

L'espace d'une après-midi, c'est l'ensemble des autorités politiques belges qui avaient élu résidence près du bois de Boulogne. À midi déjà, dans le Village VIP, le Premier Ministre formateur Guy Verhofstadt, en polo sport, avait notamment retrouvé, à sa table, Louis Michel et Elio Di Rupo. L'histoire ne dit pas si, entre deux analyses du revers de Justine Henin, ils en ont profité pour évoquer la construction du futur gouvernement!

Dans les tribunes, aussi, l'accent belge était à l'honneur, une fois! Certains supporters n'avaient pas hésité à casser leur tirelire pour s'offrir, au marché noir, le précieux sésame. Les revendeurs réclamaient 300€ à une heure du début du match mais, à cinq minutes du premier échange, l'affaire se concluait deux fois moins cher!

Les drapeaux belges flottaient, en tout cas, aux quatre coins du stade, portés fièrement par des supporters souvent maquillés des couleurs nationales. Certains portaient le maillot des Diables sans que l'on sache s'ils s'étaient, par erreur, d'abord arrêtés au stade de France! «Allez la Belgique" s'écria un pacifiste qui, à l'évidence, ne voulait pas prendre parti!

Il n'avait pas tort. Avec deux joueuses belges sur le court, la victoire était assurée. L'ambiance s'en ressentit. Sous la chaleur tropicale, il n'y avait pas place pour les frissons! Le match, largement dominé par Henin, accentua encore, à l'heure de la sieste, l'impression de somnolence. Lorsque Clijsters, dans un sursaut d'orgueil revint à 4-4, certains inversèrent leur pancarte pour passer du "Allez Juju au Allez Kim. Mais l'hésitation dura quelques minutes à peine, le temps pour la Rochefortoise de porter l'estocade et de sceller son couronnement. A peine commencé et le match était déjà terminé. Placée en plein soleil, la tribune d'honneur avait à peine eu le temps de soigner son bronzage! Et quelques supporters, encore imbibés de bière ou peu habitués aux us et coutumes du tennis, se demandaient à quelle heure, diable!, allait commencer la deuxième mi-temps...

Libérée, radieuse, Justine fila, sitôt le match terminé, vers la tribune pour embrasser son mari Pierre-Yves et son coach Carlos Rodriguez. Ceux-ci avaient empruntés un autre chemin! Les retrouvailles, côté court, n'en furent que plus intenses. «Je t'aime" glissa la lauréate à Pierre-Yves. Moi aussi répondit ce dernier.

C'est le roi Albert II, accompagné par Gabriela Sabatini, qui remit les trophées aux deux finalistes. Kim, si naturelle, le remercia par une bise inédite que le protocole n'avait sans doute prévu! Un peu plus tard, pour ne pas faire de jalouse, Justine eut aussi droit, bien sûr, au royal baiser.

La championne se lança alors dans un véritable marathon, médiatique, enchaînant conférence de presse, séance photo et directs sur les plateaux télévisés. Elle termina sa folle journée en toute simplicité, donnant congé au chauffeur que la direction du tournoi avait mis à sa disposition pour se rendre à pied, avec quelques amis, au restaurant italien La Famiglia, près de son hôtel de la Porte Maillot. Le patron avait mis le champagne au frais...

© Les Sports 2003