Carlos Rodriguez analyse sans concession la défaite de sa protégée

PARIS A l'image de tout le clan de Justine Henin, Carlos Rodriguez ne masquait pas une légitime déception. Mais le coach de la première joueuse analysait néanmoins, avec une grande lucidité, la défaite de sa protégée. «Après sa victoire, lundi, face à Sandrine Testud, Justine était plutôt rassurée. Mais ce match face à Garbin était un piège et elle est tombée dedans. C'est une vraie claque dont il faudra tirer les leçons», expliqua-t-il d'entrée.

Pour Carlos Rodriguez, le doute n'est pas permis: c'est d'abord dans sa tête que Justine a perdu cette rencontre face à l'Italienne. «Elle était stressée. Très stressée. Cela se voyait même dans ses attitudes sur le court. Elle avait le regard tourné vers le sol. Il fallait tout le temps la motiver. Ce sont des signes qui ne trompent pas...» Sans vouloir être trop critique, le mentor argentin poursuivait, sans concession, son discours. «A l'entraînement, tout allait bien. Elle ressentait de bonnes sensations. Elle se débrouillait bien. J'étais moi-même plutôt optimiste. Mais un match, c'est différent. D'autres paramètres interviennent...»

Trop nerveuse, visiblement mal à l'aise, Justine n'a jamais trouvé ses marques. On la devinait impuissante. «Physiquement, c'est sûr, elle n'était pas au meilleur de sa forme. Et cela a rejailli clairement sur son état d'esprit. Elle avait des attitudes négatives sur le court, comme si elle n'assumait pas son rang, comme si elle était dépassée par les événements. Je la sentais crispée, tendue, sans ressource. Je crois que ses récents pépins physiques l'ont poussé très loin. Elle s'est ensuite mis une grosse pression, un peu comme elle avait envie de se punir.»

Dès les premiers échanges du match face à Garbin, Carlos Rodriguez a compris que la tâche serait très difficile. «Durant sa carrière, elle s'en est souvent sortie de peu, grâce à son obstination, à sa rage de vaincre, à son talent naturel. Mais, là, elle n'était pas dans le coup. Lorsqu'elle a mené 4-2 dans le deuxième set, j'y ai cru un moment. Mais à la façon dont elle a gaspillé une balle de 5-2, j'ai compris que ce n'était pas son jour.»

Carlos Rodriguez s'efforçait pourtant d'être le plus positif possible. «Justine n'était plus habituée à être battue dans les premiers tours. C'est pourtant le lot de tous les sportifs de haut niveau. Un jour, on gagne; un jour on perd. Il faut apprendre de tout. A ce titre, cette défaite est peut-être une bonne expérience pour la suite de sa carrière...»

Pas question donc pour le coach de regretter cette participation à Roland-Garros. «Si c'était à refaire, nous referions la même chose. C'est Justine qui a, en âme et conscience, décidé de participer à ce tournoi. Elle avait le feu vert médical et elle se sentait prête. De toute façon, il fallait bien renouer avec la haute compétition à un moment donné...»

Pas vraiment prévu, ce revers chamboule, bien sûr, les plans à court terme du numéro un mondial. «Je vais la laisser tranquille dans les prochains jours. Elle a besoin de décompresser. Nous tirerons, ensuite, à froid, les leçons en essayant d'être constructifs pour la suite et, en particulier, pour Wimbledon."

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