Le Bruxellois défiera Gustavo Kuerten sans complexe

PARIS Pour son premier Roland-Garros, Gilles Elseneer est un homme comblé. Au deuxième tour du tournoi, il défiera, cet après-midi, Gustavo Kuerten, triple lauréat de l'épreuve. «C'est une légende, je le sais. Mais je prendrai ma chance. Le Brésilien a souffert pour passer le premier tour face à Nicolas Almagro, un qualifié. Il n'est pas imbattable. C'est un être humain avec deux jambes et deux pieds, comme moi. J'ai beaucoup de respect pour lui. Mais ce n'est pas une machine à tuer...»

Agé de vingt-cinq ans, Gilles Elseneer est un joueur déroutant. Côté court et côté coulisses. «Tout le monde dit que je ne vaux rien sur terre battue. Que je ne peux être performant que sur surface rapide. C'est vrai, mon jeu est dirigé vers l'attaque. Mais cela ne veut pas dire que je ne peux pas gagner sur brique pilée...»

Elseneer l'a prouvé lors de son premier tour face l'Espagnol Ruben Ramon-Hidalgo, un vrai spécialiste des surfaces lentes. «J'ai joué mon jeu en étant le plus agressif possible dans l'échange, quitte à accepter de nombreuses fautes directes. J'ai donné tout ce que j'avais et je ferai la même chose face à Kuerten. Si je prends une raclée, ce ne sera pas grave à condition d'avoir pu tout donner sur le court...»

Professionnel depuis 1998, Gilles Elseneer a eu un parcours atypique dans la jungle du tennis. «Mon père Gilbert est le propriétaire du Tennis Club de Belgique, rue du Beau Site, à Bruxelles. C'est lui qui m'a, bien sûr, initié aux choses du tennis. Aujourd' hui encore, il est mon coach attitré. Mais, dans un premier temps, le tennis n'était qu'un passe-temps. Après mes humanités, je me suis même lancé dans des études universitaires d'ingénieur commercial...»

Il revint au tennis lors d'un tournoi satellite en Israël où il signa quelques bonnes performances. «Je me suis dit: après tout, pourquoi pas? Et j'ai décidé de me lancer dans la grande aventure...»

Pas beaucoup d'amis

Il ne le regrette pas. Actuellement pointé à la centième place de la hiérarchie mondiale, il espère encore progresser. «L'objectif est d'atteindre le Top 75 le plus vite possible...»

Pour avoir grandi sur une surface rapide («les courts du TC Belgique sont en vinyle suédois, une matière proche du gazon», rappelle-t-il), ce grand admirateur de Pete Sampras a pris des habitudes de véritable attaquant. Avec lui, ça passe ou ça casse! «C'est pourquoi face à Kuerten, je n'aurai vraiment rien à perdre. Je jouerai sans pression, pour m'amuser...»

Gilles Elseneer avoue ne pas avoir beaucoup d'amis sur le circuit. «Je sais que lorsque j'arrêterai ma carrière, je ne reverrai quasiment plus personne de ce milieu...»

Plutôt intellectuel, ce passionné de jeu d'échecs rêve de réussir un échec au roi Guga ! «Longtemps, j'ai cru qu'il fallait aussi user de mille stratégies pour gagner en tennis. En fait, il n'est pas nécessaire d'être intelligent. Il suffit d'être malin. L'important est de deviner les points faibles de l'adversaire et d'en tirer profit avec ses points forts. Il n'est pas indispensable de réfléchir six coups à l'avance...»

Quoi qu'il arrive ce jeudi, Gilles Elseneer aura marqué de bons points à Roland-Garros. Au propre comme au figuré.

Voilà qui pourrait lui donner des ailes pour la saison sur gazon...

© Les Sports 2004