Marc Wickmayer, le papa de Yanina, revient sur l'itinéraire hors norme de l'héroïne belge de Fed Cup

DEURNE Marc Wickmayer a suivi avec passion le périple ukrainien de sa fille. "Je me plais à rappeler que je ne suis que le papa. Je ne suis pas son coach . Je ne veux pas changer mes positions; je reste en dehors du terrain, où je suis son premier supporter." Retour sur un itinéraire hors norme.

Marc Wickmayer, comment votre fille a-t-elle réagi en fin de week-end ? Quelle émotion prédominait ?

"Après le double, elle était très déçue, mais se focalisait plus sur ses deux victoires en simple qui doivent la porter dans les semaines à venir que sur la défaite. Elle regrettait l'absence de Justine Henin qui aurait pu apporter toute son expérience à ce type de rendez-vous. Il faut reconnaître que ce n'est pas évident de disputer ce genre de rencontres. Elle a gagné deux matches contre des joueuses du Top 50 et cela ne rapporte strictement rien au classement WTA. Mais elle était surtout fière de sa progression et d'avoir représenté son pays avec succès."

D'autant que rien ne prédestinait votre fille à jouer les premiers rôles du tennis belge. Comment se sont déroulés ses premiers pas dans les milieux sportifs ?

"Née le 20 octobre 1989 à Lier, elle a appris durant trois ans le taekwondo, car je voulais qu'elle soit capable de se défendre. À 8 ans, elle a arrêté ce sport puisque nous ne pouvions plus, sa maman et moi, la conduire à l'entraînement. Je n'avais pas le temps de la déposer et sa maman était grièvement malade. Ensuite, voyant durant un an qu'elle se morfondait dans la maison et qu'elle assistait impuissante à la souffrance de sa maman, Daniella, qui était atteinte d'un cancer, j'ai voulu qu'elle retourne pratiquer un sport. Avec une amie, à neuf ans, elle a commencé à jouer au tennis par pur hobby. Au décès de sa maman, nous sommes partis vivre durant trois ans à Saddlebrook."

Après la Floride, elle est revenue en Belgique où la VTV lui tendait les bras...

"Effectivement, à Saddlebrook, elle a pris goût au tennis. Ensuite, lors de notre retour en Belgique, elle a suivi la voie de la VTV (aile néerlandophone du tennis) durant deux ans. Par la suite, elle a progressé aux côtés d'Anne Devries et de Michel Bouhoulle. Pour le moment, Anne Devries a accepté de lier son destin à celui de Yanina. Mais, pour des raisons familiales, il lui est délicat de l'accompagner lors de longs déplacements comme lors de la tournée australienne. De plus, nous ne sommes pas aidés financièrement par la VTV. Nous payons l'ensemble des frais de la carrière de Yanina sans aucun subside."

Revenons au plan sportif. Comment décrivez-vous votre fille ?

"Elle tient de sa maman, qui n'était pourtant pas sportive du tout, le calme et la concentration. Je lui ai transmis sa combativité. J'étais actif dans le milieu du motocross. Volontaire, je n'étais pas très doué. Aux USA, tous louaient sa capacité énergétique. Sur 180 élèves, elle avait la meilleure condition physique. Elle est assidue aux exercices de fitness ou au footing."

Ses matches sont-ils le reflet de sa personnalité ?

"Oui, elle est rigoureuse et engagée. Vous savez, Yanina est une fille très sérieuse. Elle se lève à 6 h 30 tous les jours pour s'entraîner et elle se couche à 21 h 15 pour rester en forme."

Quels sont les atouts de son jeu ?

"Elle a un revers à deux mains d'autant plus prodigieux qu'il est naturel. Elle distille des frappes lourdes et puissantes. Son service est sa première arme. Sa première frappe atteint les 190 km/h, même en fin de rencontre. Et son second service fait des ravages."

A contrario, quel est le secteur de jeu qu'elle doit améliorer pour grimper dans le classement ?

"Comme elle a de très longues jambes, elle doit soigner sa position sur le terrain quand elle touche la balle. Elle a aussi besoin d'un jeu de rechange plus orienté vers la défensive."

Quel est le plus grand exploit de sa jeune carrière ?

"Je dirais ses 28 matches consécutifs sans défaite au Japon et en Chine en fin de saison dernière. Je retiens aussi ses tournois d'Anvers et l'Open Gaz de France en 2007. Certes, elle avait perdu, mais elle avait réalisé que son niveau se rapprochait de celui des joueuses du Top 100. Aujourd'hui, elle récolte le fruit de tant d'années de travail."

Quel est l'objectif chiffré de 2008 ?

"Elle veut être dans le Top 100. Mais, secrètement, une petite lumière s'est allumée le week-end dernier. Elle a réalisé que le Top 50 est envisageable."

À quelle joueuse se compare-t-elle ?

"À Sharapova. Elles ont un coup droit puissant et un jeu offensif. Elle veut maintenant avoir le jeu défensif de Kim Clijsters sans le grand écart."

Quelle est son idole sur le circuit ?

"Sans l'ombre d'une hésitation : Kim Clijsters pour son caractère et sa gentillesse. Elles jouaient dans le même club et se voyaient très souvent. Elle a souvent logé chez elle. Bien sûr, elle a beaucoup de respect pour ce que réalise Justine Henin. Mais, Kim Clijsters est comme sa grande soeur sur le circuit, un exemple à suivre."



© La Dernière Heure 2008