En Floride, Justine a épousé les méthodes US en ce qui concerne la préparation physique

SADDELBROOK Bienvenue à Saddelbrook, un resort comme il en pleut en Floride, c'est-à-dire un petit coin de paradis pour les nantis qui recherchent calme et sécurité. Des allées tortueuses bucoliques où pas un brin d'herbe ne dépasse des rangs, deux dix-huit trous où s'ébrouent des retraités ventripotents, des salles de conférence pour golden boys cravatés... Mais, surtout, 45 courts (toutes surfaces confondues) où le chaland peut côtoyer la crème, à condition d'y mettre le prix. C'est dans cet univers propret qu'opère Pat Etcheberry, le préparateur physique de Justine Henin. Dès qu'elle a compris qu'il lui manquait un peu de puissance pour rivaliser avec les Williams, Clijsters, Davenport et Cie, la Rochefortoise s'est adressée à cet ancien lanceur de javelot.

Il faut dire que du haut de ses 60 balais, Pat Etcheberry présente une carte de visite bien achalandée: Agassi, Sampras, Courier, Seles, Capriati, Hingis, Sabattini, Bruguera, Medvedev... sans compter les stars du Cart Al Unser Jr. et Eddie Cheever ou encore Jason Williams, le joueur NBA (Memphis Grizzlies), tous ont sué entre ses immenses paluches.

En avril 2002, alors que Justine venait juste de convenir d'un programme d'entraînement à Saddelbrook Tennis Center (ex-Hopman Tennis), Pat Etcheberry nous avait accordé une interview. Morceaux choisis:

Dans quels domaines Justine doit- elle surtout progresser?

«Vous comprendrez que je veuille garder une certaine discrétion à ce sujet mais un travail au niveau du renforcement des épaules et des jambes me semble primordial. Ce que je peux dire, c'est qu'il y a tout en Justine pour en faire une joueuse encore plus performante qu'à l'heure actuelle. Mais ce qui est primordial, c'est la communication entre les entraîneurs pour qu'il y ait une continuité et une unité dans le travail. Carlos Rodriguez doit dire à Justine où et comment jouer la balle, moi je dois lui donner les jambes pour y arriver.»

Quel est votre secret?

(Rires.) «J'ai un gros truc qui consiste à dire aux joueurs ce qu'ils ont besoin d'entendre et pas ce qu'ils ont envie d'entendre...»

Mary Pierce a fait scandale en Europe quand elle a avoué prendre de la créatine, quel est votre point de vue à ce sujet?

«La créatine, c'est légal... Je ne vois donc pas de problème par rapport à ça. Vous savez, l'entraînement, c'est un tout entre le physique, la technique, la compétition, les massages, l'alimentation, etc. Pour moi, on peut prendre de la créatine mais pas n'importe comment et bien souvent les joueurs de tennis n'ont aucune idée de ce qu'ils doivent manger. Un gars comme Jeff Tarango n'hésitait pas à avaler des hamburgers avant un match, c'est une catastrophe. Mais son cas n'est malheureusement pas unique sur le circuit. Prendre de la créatine peut s'avérer efficace mais il faut en prendre à bon escient, notamment en s'hydratant beaucoup.»

Jusqu'à preuve du contraire, la créatine n'est pas répertoriée dans la liste des produits interdits publiée par le CIO. Comme nous avons pu le vérifier sur place avec une joueuse comme Clarissa Fernandez, Pat Etcheberry ne badine pas avec la préparation physique mais rien ne permet de dire que ses méthodes soient douteuses, absolument rien.

© Les Sports 2003