Il n’y a aucune garantie de revoir Roger Federer, 39 ans, à Roland-Garros l’an prochain ou les années suivantes, alors son apparition cette saison a produit l’effet attendu. Absent du tournoi de 2016 à 2018, demi-finaliste en 2019, et encore absent l’an passé, le Suisse n’a pas du tout semblé rouillé, porte d’Auteuil. Vainqueur très sereinement de Denis Istomin (6-2, 6-4, 6-3), le 8e joueur mondial a ainsi pu régaler l’assistance du court Philippe-Chatrier dans une sorte de procession où chacun de ses mouvements provoquait l’euphorie.

Dans le jeu, sur la terre battue rapide de ce début de tournoi, il a plutôt rassuré par rapport à sa précédente sortie à Genève, même si on a vu, depuis, que Pablo Andujar, tombeur dimanche de Dominic Thiem, en avait pas mal sous le pied en ce moment ! Federer, pour seulement son deuxième match sur terre battue cette année et seulement son quatrième match de la saison, a pu jouer le jeu agressif qu’il affectionne et écourter les échanges autant que possible. Il avait aussi gagné au tirage en n’héritant pas d’un joueur qui allait l’entraîner dans une filière trop longue et qu’il a désormais dominé huit fois en autant de duels.

"J’avais un adversaire qui me donnait l’occasion de gagner le point de plein de manières différentes : venir au filet, jouer des amorties, prendre la balle tôt de manière agressive ou engager l’échange du fond du court."

Très en verve au service, aérien sur le jeu de jambes, on a pu voir que Federer tirait déjà le bénéfice de la hausse du nombre d’heures passées sur le court depuis la fin de sa rééducation et de sa préparation quelques jours seulement avant le tournoi de Genève. "Je me sentais bien plus au clair qu’à Genève, mieux dans le jeu. Je pense surtout que je m’habitue de nouveau à l’ambiance de la compétition, à prendre plus mon temps entre les points au lieu de les enchaîner comme à l’entraînement. Cela peut sembler idiot mais juste le fait d’aller chercher la serviette, de respirer quelques secondes de plus, ça me remet dans mon mode tournoi."

Federer ne s’en cache pas : il n’est pas revenu de cette nouvelle blessure au genou pour regarder le paysage et là l’entraînement ne suffit plus. "Pour se rassurer, il faut gagner", a-t-il lancé lundi. S’il veut remporter un 21e titre du Grand Chelem dans les semaines qui viennent, il sait qu’il doit enchaîner les victoires. Il ne va pas prendre ce Roland-Garros à la légère, même si son grand objectif reste Wimbledon. À Paris, il a une occasion en or de non seulement remettre son jeu en ordre de marche mais aussi de montrer à la concurrence qu’il va encore falloir compter avec lui dans le "Big 3". L’avantage psychologique à ce niveau-là, ça n’est pas une donnée négligeable. Il retrouvera désormais Marin Cilic au deuxième tour : il mène 9-1 face au Croate avec pour seule défaite la demi-finale de l’US Open 2014. Si Cilic, 47e cette semaine, a eu beaucoup de mal cette année, Federer ne s’attend pas à une promenade de santé. "Franchement, j’ai tapé avec lui à Genève et il me collait des points gagnants de partout même sous la pluie… C’est vrai qu’en match il semble plus tendu mais ça restera un match compliqué." Il ne s’attendait de toute manière à rien d’autre en se lançant ce défi de l’ocre.