Il voudrait qu’on arrête l’hyprocrisie qui règne

BRUXELLES Vous avez été le premier à dénoncer le dopage dans le tennis. Cela vous a-t-il joué des tours ?

“Oh, oui ! J’ai notamment reçu une lettre de menaces de l’ATP qui m’a encore fait des misères par la suite, mais ce n’est pas un souci. C’est juste la preuve que le système est pourri...”

Vous avez vu des choses pas clean durant votre carrière à ce niveau?

“J’ai vu des choses comme tout le monde. Pour moi, il est inconcevable de pouvoir jouer 5 heures en plein soleil un jour et de courir encore comme un lapin le lendemain.”

Vous souvenez-vous d’un exemple en particulier ?

“Oui, je me rappelle de ce match contre un gars dont je ne citerai pas le nom. Je gagne le premier set 6-1, très facilement. Il s’en va aux toilettes et revient sur le court comme métamorphosé. Il mène 5-3 dans le deuxième set et lorsque je recolle à 5-5 après m’être accroché, il a commencé à saigner du nez. Je me suis dit là que c’était tout de même très bizarre.”

Le dopage est-il un sujet tabou dans le milieu ?

“Oui. C’est comme les paris. Il y a beaucoup de tricherie. Simplement, personne n’aime en parler. Maintenant, moi, cela ne me choque pas. Je voudrais simplement que l’on arrête de faire semblant. Cette hypocrisie est exaspérante...”

Vous seriez pour une légalisation du dopage ?

“En tout cas, je ne serais pas contre. De toute façon, il existe. Les gens qui prennent ce genre de produits savent très bien qu’ils jouent avec leur santé. Mais ils assument en connaissance de cause car cela peut leur permettre de faire vivre toute leur famille. C’est le cas de Canas par exemple. Je peux citer son nom, car il a tout de même été pris deux fois et on peut donc supposer qu’il s’est dopé. À la limite, il s’est sacrifié pour faire vivre durant plusieurs générations sa famille. Sa cause est presque noble...”

Combien de fois avez-vous été contrôlé dans votre carrière ?

“Je ne sais pas. Je dirais que j’ai dû l’être environ 10 à 15 fois par an pendant dix ans.”

Comment se fait-il que les cas positifs soient si peu nombreux en regard au cyclisme, par exemple ?

“A priori, c’est dû à la qualité des contrôles. En cyclisme, ils ont l’aide de vrais laboratoires. Mais là aussi, je me pose des questions. Contador qui a mangé de la viande au clenbutérol, les frères Schleck qui ont fait un virement de 6.000 € à un médecin pour une soi-disant planification d’entraînement. Et tout cela passe. Soyons sérieux...”

Des rumeurs ont même pesé sur Justine Henin au moment de son départ à la retraite. Pensez-vous qu’elles étaient fondées ?

“Je les ai entendues comme vous. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai été surpris par son soudain arrêt de la compétition, sans raison apparente. Un grand champion, généralement, l’annonce plusieurs mois à l’avance et fait une sorte de tour d’honneur...”



© La Dernière Heure 2010