Toujours détestée par le public parisien, l'Américaine relativise

PARIS Elles sont toujours là, fidèles au poste, parées de leurs plus beaux habits! Serena et Venus Wil- liams prêtent une grande importance à leur apparence vestimentaire. Alors, à Paris, capitale de la mode, elles s'en donnent à coeur joie. Jeudi, pour leur match de deu- xième tour, les deux soeurs avaient sorti un nouveau costume de scè- ne: un ensemble fushia ultra-moulant digne du bois de Boulogne voisin pour Serena, une robe courte verte et printanière pour Venus. Et il ne faut pas avoir la clé de la garde- robe de leur suite pour deviner que les deux demoiselles d'ébène nous réservent d'autres surprises d'ici la fin de la quinzaine.

Car n'en doutez pas: les deux sculpturales championnes entendent bien aller le plus loin possible dans le tournoi! Pour l'heure, elles n'ont pas vraiment convaincu. Mais elles ont gagné. Et ce samedi, Serena affrontera la Croate Talaja tandis que Venus défiera la Française Mary Pierce. «On n'a pas très bien joué jusqu'ici, c'est vrai. On a commis de nombreuses fautes directes. Il faut nous laisser le temps de nous adapter à la terre battue, au tournoi», confient-elles à l'unisson lors des conférences de presse.

Face à la jeune Russe Maria Kirilenko, Serena a même perdu un set et s'est retrouvée menée 4-2 dans la deuxième manche. Elle s'est finalement imposée dans la douleur et sous les critiques du public, toujours aussi cruel avec elle. «Sur le terrain, j'essaye de me concentrer sur mon jeu. Je n'entends pas ce qui se passe dans les tribunes», dit-elle sans convaincre.

Au vrai, depuis la demi-finale de l'année passée face à Justine Henin, le public de Roland-Garros a pris Serena en grippe. Il ne lui pardonne rien, n'apprécie pas ses airs altiers, sa suffisance naturelle. On n'ose imaginer l'ambiance si, d'aventure, la finale opposait l'Américaine à Amélie Mauresmo.

Ah! cette demi-finale de 2003 face à Justine. Elle est encore dans toutes les mémoires. Même dans celle de Serena. «Je me souviens surtout d'avoir perdu. Et si je fais un petit effort, d'avoir quitté le court sous les sifflets...»

A l'époque, les yeux rougis par l'émotion, elle avait expliqué que l'attitude des spectateurs à son égard était le résumé de toute sa vie, faisant référence aux multiples embûches qu'elle avait dû surmonter pour arriver au sommet, notamment en raison de la couleur de sa peau. Son discours n'a pas vraiment changé. Elle nuance cependant. «Lorsque je dois affronter des situations de ce genre, je me dis que c'est une péripétie en regard de ce qu'endurent d'autres gens. Je pense notamment à ces millions d'enfants qui, en Afrique, en Inde ou ailleurs, perdent leurs parents ou naissent avec le sida. A côté, mes petits problèmes personnels sont sans importance. Je suis une femme gâtée», confiait-elle récemment dans les colonnes de L'Equipe.

Implacable. Il reste que Serena, qui rêve toujours de devenir actrice de cinéma après sa carrière sur les courts, est en manque de reconnaissance. Et donc de belles victoires. Son dernier succès dans un tournoi du Grand Chelem remonte au Wimbledon de l'année dernière. Depuis, à cause de ses nombreuses blessures et de son opération au genou, elle a dû laisser les feux de la rampe à sa copine Justine. Henin partie, Serena va-t-elle danser à Paris? «Je devrai être beaucoup plus régulière que contre Kirilenko pour avoir une chance. J'ai très mal joué. C'était la totale», admet-elle.

Et si, en plus, elle devient lucide...

© Les Sports 2004